Jeudi en milieu de matinée, la rue de Jaffa évoquait un peu le même site le jour de kippour : aucune circulation automobile, et des piétons déambulant librement au milieu de la chaussée. Un peu après dix heures et demie, on a pu voir passer le véhicule transportant le corps de Teddy Kollek, un simple fourgon mortuaire décoré de la bannière de Jérusalem et sur lequel flottaient deux drapeaux israéliens. Un peu plus tard, Teddy était honoré de funérailles nationales sur le mont Hertzl, dans le cimetière des « grands de la nation ».
Né à Vienne en 1911, Théodore Kollek était monté en Israël en 1934. Il participa à la fondation du Kibboutz de Ein-Guev, sur la rive orientale du lac de Tibériade, puis exerça des fonctions importantes dans la Haganah et la section politique de l’Agence juive. Il fut mêlé à des contacts avec les nazis pour tenter de sauver des Juifs. Il coopéra avec les services de renseignements américains et fut nommé ministre plénipotentiaire à Washington, après la déclaration d’indépendance. De 1952 à 1964, il fut directeur général du cabinet du Premier ministre et collabora avec Ben Gourion pour la fondation du parti Rafi. On lui doit la création du Musée d’Israël.
En 1965, il fut élu maire de Jérusalem à la tête de la liste du Rafi et fut constamment réélu jusqu’en 1993. Pendant ces vingt-huit ans, il a profondément marqué de son empreinte la ville à laquelle il s’était totalement dévoué. Il eut à gérer la réunification de la ville à partir de juin 1967, puis à veiller à l’équilibre délicat entre les communautés, religieux, laïcs, juifs, musulmans, chrétiens... Il était de ces élus locaux qui ont renoncé à tout cumul et à toute carrière politique nationale - alors que son expérience, ses capacités et son prestige le lui permettaient - pour se consacrer exclusivement à sa ville. On le voyait à la mairie dès 5 heures du matin et il en repartait à 11 heures du soir, allant voir les balayeurs de rues et ne sortant jamais en ville, avant l’invention des téléphones cellulaires, sans avoir en poche une poignée de jetons de téléphone pour pouvoir à tout moment appeler la mairie depuis une cabine et signaler tel ou tel problème de voirie ou d’urbanisme.
De son vivant, il aura été honoré par le prix d’Israël, qui lui fut décerné en 1988, et par l’attribution de son nom, ou plutôt de son diminutif, au stade qu’il avait fait construire, le « Stade Teddy ». Dans ce pays où il existe des clubs sportifs de gauche et de droite, le très nationaliste Bétar de Jérusalem joue ses matches à domicile dans un stade portant le nom d’un laïc de gauche...
L’erreur de Teddy Kollek fut de ne pas prévoir sa succession. Lorsqu’il se présenta aux élections de 1993, à quatre-vingt deux ans, il fut battu par Éhud Olmert.
Teddy Kollek était l’un des derniers représentants d’une génération que l’actuelle n’a guère de chance d’égaler ni de faire oublier.
mis en ligne : samedi 6 janvier 07.