Les fouilles entreprises en vue de l’agrandissement de la prison de Megiddo, tout en révélant la présence sur le site d’une mosaïque chrétienne ancienne, ont aussi fait venir au jour les sentiments complexes de certains chroniqueurs de presse dès qu’il est question d’Israël. À l’attrait du sensationnel qui accompagne toute découverte d’une certaine importance se mêlent, selon des dosages variables, scepticisme, ironie, politique et insinuations plus ou moins malveillantes. Comme par hasard, la presse catholique est celle où s’expriment, du moins jusqu’à maintenant, les commentaires les plus tendancieux.
Les auteurs des articles, qui ne sont évidemment pas venus voir sur place, ne font pas toujours montre de cette rigueur dont ils laissent entendre qu’elle ferait défaut aux archéologues israéliens. Que penser de cette description de deux prisonniers israéliens, perdus au milieu de centaines de détenus palestiniens, grattant le sol et convoquant la presse après leur découverte ? Le profane aimerait aussi qu’on lui explique comment l’âge d’éventuels vestiges qui se trouveraient sous la mosaïque constituerait un terminus ad quem pour la datation de la couche supérieure...
Ce ne sont pas ces à-peu-près qui mettent le plus mal à l’aise à la lecture de ces comptes-rendus. On est plus gêné par une manière quelque peu arrogante d’opposer les « spécialistes » aux archéologues israéliens - comme si les archéologues israéliens n’étaient pas eux-mêmes des spécialistes. Mais laisser entendre que toute cette affaire ne viserait qu’à faire entrer l’argent des chrétiens dans les caisses israéliennes nous rappelle de tristes procès d’intention. Que l’on se soit emballé devant l’âge présumé de cette mosaïque avant d’avoir procédé à toutes les expertises techniques, on le concèdera volontiers. Le phénomène n’est d’ailleurs pas propre à Israël. Qu’on ait pu y voir une aubaine pour l’industrie du tourisme, qui a connu des années de marasme ayant entraîné une grave crise économique dont le pays n’est pas encore sorti n’a rien d’invraisemblable. Et alors ? Faut-il pour autant laisser entendre que ce serait là le fin mot de l’histoire ? L’intérêt des archéologues israéliens serait-il aussi bassement économique ? On reproche aux Israéliens de vouloir mettre en valeur un site chrétien ; que ne dirait-on s’ils faisaient le contraire ? Même si des questions scientifiques restent en suspens tant que les fouilles ne sont pas terminées, comment nier l’intérêt de la découverte d’un site lié à la communauté chrétienne ancienne et particulièrement bien conservé ? Et faut-il mélanger archéologie et politique, en soulignant qu’on n’aurait pas fait cette découverte si Israël n’avait des milliers de Palestiniens à incarcérer ?
Ce pays est la terre natale du peuple juif, qui y retrouve ses racines après des siècles d’exil, et la patrie du christianisme, qui se sent quelque peu délogé par ce retour. Qu’on le veuille ou non, les deux communautés sont condamnées à y coexister, chacune à sa manière. Après des siècles de querelles, une nouvelle ère s’est ouverte il y a quarante ans, avec des hauts et des bas, des progrès et des rechutes. Peut-on enfin réaliser que les intérêts bien compris des uns et des autres ne sont pas antagonistes et qu’il est non seulement stérile, mais, pour les chrétiens, contraire à leur vocation, de souffler à chaque occasion sur les vieilles braises ?
Voir sur le sujet :
Découverte d’une des plus vieilles églises du monde à Megiddo
La croix et le poisson