La première pensée qui vient à l’esprit devant les réactions au discours prononcé par Benoît XVI à l’université de Ratisbonne concerne le fonctionnement de la presse quotidienne. La presse, si l’on peut se permettre un calembour, est toujours... pressée, puisqu’elle ne peut pas se laisser distancer par l’actualité. On commente d’abord, à chaud ; si on en a le temps, on lira ensuite ce qu’on a commenté. En, réalité, on sait bien qu’on n’en n’aura jamais le temps, puisqu’il se passera autre chose avant qu’on ait eu le temps de lire. Pour les francophones, c’est seulement ce matin que le texte était disponible en traduction dans sa totalité, alors qu’on en parle depuis deux jours. On ne risque pas de se tromper en disant que la plupart des journalistes n’avaient pas lu le texte auquel ils ont réagi ou, au mieux, l’avaient lu en diagonale. Ce qui entraîne une seconde réflexion : dans ce monde de communication instantanée, l’événement n’est pas ce qui se passe réellement, mais ce qui en est dit. Le public ne réagit pas à l’événement, sur lequel il n’a pas d’information directe malgré les apparences, mais sur ce qu’il en entend. À l’échelle mondiale, on voit le résultat... Et on le voit particulièrement ici, où des églises chrétiennes, même orthodoxes, sont déjà attaquées dans les territoires de Gaza et de Cisjordanie.
Seconde remarque préliminaire, d’un tout autre ordre. Beaucoup s’imaginent que, pour les catholiques, le pape est « infaillible » chaque fois qu’il prend la parole. En réalité, depuis la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale par le premier concile du Vatican en 1870, il n’est arrivé qu’une fois, le 1er novembre 1950, qu’un pape y fasse appel solennellement. Ici, il faudrait des livres entiers pour dissiper les malentendus. À vrai dire, les livres existent déjà, mais on peut douter que beaucoup sachent où les trouver et prennent la peine de les lire. Ce n’est pas ici le lieu d’expliquer tout le catéchisme de l’Église catholique. En tous cas, il serait erroné à plus d’un titre de dire, comme on a pu le lire, que le pape aurait engagé son infaillibilité pour condamner l’islam.
Cela dit, ce n’est pas seulement en tant que personne privée que Benoît XVI s’est exprimé mardi dernier à Ratisbonne. Même si l’ancien professeur Ratzinger était manifestement heureux de donner une leçon magistrale (et non un sermon, comme on a pu le lire ici ou là) dans l’université où il avait commencé sa carrière académique, il est évident qu’il était conscient de sa responsabilité et de la portée des paroles qu’il prononçait.
Cette conférence doit être lue crayon à la main et ne peut en aucune manière faire l’objet de comptes-rendus hâtifs et superficiels. Qu’a-t-il dit exactement ? Que l’un des plus graves dangers de notre époque était le divorce entre la foi et la raison.
Citant l’empereur byzantin Manuel II Paléologue, le pape affirme que ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu : « Dieu n’apprécie pas le sang - dit Manuel II. Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace... Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort... » C’est dans ce contexte qu’il rapporte un autre propos de l’empereur - en enveloppant la citation de précautions oratoires qui n’ont guère retenu l’attention des chasseurs de scoops : « Montre-moi donc, dit Manuel, ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». Citation qui était équilibrée par un passage du Coran cité quelques phrases plus haut par le pape : « Nulle contrainte en religion ».
La pointe de l’argumentation était que la foi ne peut aller sans la raison. Se référant à un universitaire allemand, T. Khoury, le pape poursuit : « Pour la doctrine musulmane, en revanche, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable. Dans ce contexte, Khoury cite une œuvre du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui explique que Ibn Hazn va jusqu’à déclarer que Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l’obligerait à nous révéler la vérité. Si cela était sa volonté, l’homme devrait même pratiquer l’idolâtrie. »
Pour être complet, il faut souligner que le pape poursuit en rappelant que la théologie chrétienne, à la fin du Moyen-Age, a connu un tentation comparable, celle d’un Dieu-Arbitraire dont la liberté ne serait même pas liée par le vrai et par le bien.
La suite du discours traite de la tentation symétrique : celle d’une raison positiviste qui exclurait comme non scientifiques « les interrogations proprement humaines, c’est-à-dire celles concernant les questions sur “d’où” et “vers où”, les interrogations de la religion et de l’ethos. » Et le pape de poursuivre : « Dans le monde occidental domine largement l’opinion que seule la raison positiviste et les formes de philosophie qui en découlent sont universelles. Mais les cultures profondément religieuses du monde voient précisément dans cette exclusion du divin de l’universalité de la raison une attaque à leurs convictions les plus intimes. Une raison qui reste sourde face au divin et qui repousse la religion dans le domaine des sous-cultures, est incapable de s’insérer dans le dialogue des cultures. »
On pourra se référer au texte même de la conférence, dont la richesse et les nuances ne peuvent être condensées dans ces quelques lignes. Le cardinal Ratzinger en livrait sans doute une clef de lecture lorsqu’il disait, lors d’une conférence prononcée en Normandie pour le soixantième anniversaire du débarquement : « Il existe des pathologies de la religion - nous le voyons, et il existe des pathologies de la raison - et cela aussi nous le voyons ; et les deux pathologies constituent des dangers mortels pour la paix, et je dirais même, à l’époque de nos structures globales de puissance, pour l’humanité dans son ensemble. »
Comme vous le précisez en introduction, le rôle néfaste de la presse occidentale est accablant dans cette fausse polémique ("fausse" parce que je doute que la "rue musulmane", toute hurlante qu’elle soit, ait lu la moindre ligne de ce discours).
Il faudra bien que les prétendus journalistes qui lancent dans le monde, comme des grenades dégoupillées, des nouvelles tronquées et falsifiées propres à alimenter les haines rendent compte un jour de leurs méfaits devant la justice. L’inculture religieuse de soi-disant commentateurs spécialisés est abyssale. Pas plus tard que ce midi, j’écoutais avec ahurissement un commentateur (arabe) de TV5 monde, opposer Benoît XVI au concile Vatican II à propos de la "vraie religion". J’ai dû envoyer l’extrait du texte conciliaire à TV5 pour prouver l’inanité de ce commentaire. Mais le mal est fait et je ne m’attends à aucune rectification. La calomnie vole comme la plume au vent. Qui peut la rattraper ?
Certains journalistes sont non seulement des pyromanes, mais au lieu de s’habiller en pompiers pour éteindre le feu qu’ils ont allumé, ils regardent brûler l’incendie et en font de jolies photos... qu’ils nous vendent.
La presse ne peut pas remettre en question le dogme de sa propre infaillibilité. On ne doit donc pas s’attendre à des excuses ni même des regrets pour les ravages causés.
Il est désolant de constater le reflexe de prétendus intellectuels de gauche, qui aiment mieux se trouver du côté de l’irrationalité que de celui du pape.
En lisant que le Professeur Khoury est un "universitaire allemand" je me suis rendu compte que dans aucun des millions d’articles écrits en ces jours l’auteur du livre cité par Bénoit XVI n’est presenté. Il s’agit bien d’un "Arabe". C’est le père Adel Théodore Khoury, prètre maronite libanais, qui est devenu professeur des sciences religieuses à l’université de Münster (la même université ou le professeur Ratzinger avait enseigné la théologie). Il est un des islamologues les plus connus de notre époque. Il a fait beaucoup d’efforts devant l’opinion allemande pour gagner des sympathies pour les musulmans. Est-il un paradoxe ou est-il un symbole que son oeuvre soit devenu l’occasion pour ce grand scandale ?
Ce que dit le Pape vole trop haut pour des masses populaires, ici ou là-bas dont le bon sens et l’intelligence sont obscurcis par tant d’années de décadence de l’esprit humain. Pour des Musulmans fanatisés ou non, il est trop difficile de comprendre des discours aussi longs, profonds et riches à des masses qui sont constamment dans l’émotionnel, le sensationel, en surface et qui ne font plus l’expérience de la méditation, de l’oraison, du transcendant...
C’est la grande maladie de notre siècle de "civilisation" consumériste, matérialiste d’un côté et de l’autre, de masses encore plus considérables qui se réveillent sans pouvoir s’apaiser dans l’exaspération et les frustrations. Ces haineux veulent résoudre leurs souffrances par la guerre sale d’abord, guerre dans la paix et paix dans la guerre, guerre sans visage, le terrorisme,qui déclenchera une guerre apocalyptique où Allah trouvera enfin son compte et sera repu. Et de l’autre côté, ceux qui mènent une guerre économique sans pitié pour contrôler leurs sources d’approvisionnement.
je suis quand même étonné de l’attaque en règle que vous faites des médias. j’ai moi-même écouté France-inter et France culture et j’ai bien entendu chez les présentateurs, la subtilité théologique d’un Dieu transcendant qui serait exhonéré de toute démarche raisonnante et que c’est à ce titre que la violence pour l’Islam serait potentiellement légitime.
Il n’empèche que sur cette question de la violence l’Eglise catholique n’est pas en reste tout au long de l’histoire passée (l’inquisition, certaines pratiques missionnaires...) et aujourd’hui (l’église d’Argentine ou du Chili...).
Cela dit, non pour se taire, mais plutôt pour inviter à rester solidaire de la souffrance des hommes qui chacun dans leurs ritualités vivent des dérives qui sont toujours à repérer et à condamner.
Oui à une parole qui accepte de se mettre en cause tout autant que de mettre l’autre en cause.
Dans mon quartier, il y a une mosquée de 400 places.
Quand le frère de T. Ramadan est venu pour l’inauguration de l’édifice,
tout accès de la mosquée a été interdit aux journalistes.
A Ratisbone, rien de secret, d’interdit...
Le pape dit ce qu’il veut.
Personne n’est obligé d’être catholique,
ou d’accord !
La liberté existe.
Pourquoi ces menaces verbales et physiques ?
La leçon du pape aura eu le mérite de révéler ce phénomène.
Françoise Lovsky
BIENVENUE a toutes et a tous dans le PLAN de lucifer par la mondialisation la fumé apparait avant meme la premiere flamme, triste realité l antechriste est née et le nouvel ordre mondial et son bouclié qui seme la haine et la discorde entre tous je n accuse pas le pape de sa personne j accuse le systeme.. bien que les citations du Pape ont ete mal choisit il est bien evident que cela etait politiquement incorrect de sa part pour la responsabilité qu il a engagé peut etre je dis bien peut etre a son en contre.
Un musulman qui aurait aimer vivre l epoque du prophete ou choabitation religieuse et paix etait d actualité
Bonjour, Frère,
N’oublie pas que le Prophète a dû se battre les armes à la main pour défendre sa Foi. Jusqu’à son arrivée en Terre Sainte.
La cohabitation et la paix n’était pas d’actualité !
Ne confonds pas Lucifer et ses armes.
S’il est vrai que Benoit XVI aurait dû s’expliquer sur son "discours",, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas insultant pour nous, musulmans.
C’est un discours d’universitaire qui cite un personnage historique, qui, lui, a un discours insultant.
Dis-moi comment citer l’histoire, avec toutes les injustices qu’elle comporte sans citer des discours offensants pour les uns ou les autres ?
Je regrette, simplement, que, débordé par toutes les réactions, un personnage aussi important n’ait pas jugé bon de s’expliquer (non de s’excuser).
Mais un pape, n’est ni Jésus ni Le Prophète, il reste un "pauvre humain". il devrait lire le Livre saint pour voir l’Amour qu’il contient.
Mais avons-nous lu le Nouveau testament ? (le livre des "roumis").
Allah ouakhbar !
Soyons tous frères contre les Forces du Mal.
depuis pas mal de temps ,notre monde religieux donnait l’impression que Islam n’avait pas de différence avec nous, cela explique probablement le grand nombre de conversions , et de plus, tellement plus facile. Pas étonnant que les eglises soient vides.Il faut écouter les gens parler entre eux , et pourtant ils auraient envie d’y aller au final de leurs conversations.
Sans être une intellectuelle ,je ne vois pas ce qui a pu offenser les musulmans,
ne font ils pas l’âne pour avoir du foin ? c’est à dire immaginer une offense pour mettre à genoux le Pape et exiger des excuses ?
Merci au St. Père d’avoir rappellé a ses brebis notre chemin, malgré les menaces.
La responsabilité des radios, des journaux, est énormes.
"Aimer son prochain" est la base du Christianisme ; C’est en tout cas ce que l’on m’a enseigné. De ce point de vue, Benoît XVI n’a pas sa place à la tête de l’Église. Nous avons besoin d’homme de dialogue, de partage, d’Amour. Les Croisades sont terminées...
A quelque chose malheur est bon. Comme cette polémique n’en finit pas, ça laisse aux journalistes le temps de lire le texte. On commence à voir des commentaires et des éditoriaux qui disent qu’il faut prendre le temps de lire le discours attentivement, qu’il faut remettre les paroles du pape dans leur contexte, qu’il n’a pas dit ce qu’on lui a fait dire, etc.
A côté de ça, quand on lit les déclarations du grand mufti d’Arabie saoudite (http://www.la-croix.com/afp.static/...), on se demande si toute cette histoire ne va pas provoquer un débat à l’intérieur du monde musulman.