Un journaliste israélien a écrit, il y a déjà bien des années, qu’il était heureux que le messie doive arriver à Jérusalem sur un âne. S’il devait faire son entrée en voiture, il devrait aussitôt repartir, faute d’avoir pu trouver une place de stationnement. Que dirait-il aujourd’hui ?
Les principales rues du centre sont désormais réservées aux transports en commun. D’autres sont le domaine des piétons, soit en totalité, soit sur la moitié de leur largeur, la partie restante étant maintenant en sens unique, ce qui oblige à faire d’immenses détours pour se rendre d’un point à un autre. Pour aller par exemple du Gan Sakher à l’École Biblique, soit deux kilomètres, il est imprudent d’utiliser sa voiture si on n’a pas une demi-heure devant soi.
Encourager l’usage des transports en commun ne serait pas en soi une mauvaise idée, si on n’avait pas mis la charrue avant les bœufs. Il y a plusieurs mois, la télévision nous a montré le ministre des Transports Shaoul Mofaz, un casque sur la tête, posant solennellement le premier rail du tramway de Jérusalem. Ce premier rail symbolique était démonté dès le lendemain, mais les travaux ont bien avancé depuis et, entre Beth-Ha-Kerem et le mont Herztel, on peut voir désormais sur plusieurs kilomètres de vrais tronçons de voie ferrée. Sans doute, il s’écoulera encore de longs mois avant qu’on y voie circuler la première rame, dont la mise en service nous avait été promise initialement pour juin 2003, mais cet espoir n’est plus un rêve. En attendant, on circule comme on peut dans Jérusalem, c’est-à-dire mal, et d’autant plus que les travaux de mise en place du tramway compliquent encore les choses.
En sortir ou y entrer n’est pas un moindre problème. Aux heures de pointe - et ces pointes sont de plus en plus longues - le bouchon commence généralement au virage de Motsa, soit plusieurs kilomètres avant le premier feu. La raison en est simple : il suffit de regarder une carte pour constater que Jérusalem est un cul-de-sac, bordée au nord, à l’est et au sud par les territoires palestiniens. Sur les trois routes qui y donnent accès - mettons trois et demie en comptant celle qui passe par Ein-Karem, mais qui rejoint celle de Tel-Aviv quelques kilomètres plus loin - deux peuvent être considérées comme illégales, puisqu’elles traversent des zones qui ne sont pas considérées comme israéliennes : celle qui descend vers la vallée du Jourdain et permet de rejoindre Beth-Shéan, et celle qui rejoint Tel-Aviv par Modiin. On peut en dire autant des voies rapides qui contournent la ville. Mais imagine-t-on ce que serait la circulation dans une agglomération comme celle de Bordeaux si on ne pouvait y entrer et en sortir que par une seule route ?
La question de fond est peut-être : fallait-il faire de Jérusalem une grande ville ? Il est trop tard pour se la poser.
Mis en ligne le 13 mai 07