La fête, la ville en fête, la joie exubérante, ce fut le 5 juin 1967, le 28 du mois de Yar, lorsque Mordechaï Gur, lieutenant général de la 55ème brigade des fantassins s’écria : « Le Mont du Temple est dans nos mains. ». Ce rêve de 2000 ans s’était réalisé : la Vieille Ville était aux mains des Juifs, en particulier le lieu saint du Mur. Des soldats pleurent, des rabbins dansent et les Israéliens remplissent les rues.
Mais, 43 ans plus tard, cet esprit de fête est-il resté intact en ce jour de la réunification de Jérusalem ? Le 12 mai 1968 on fêta le premier anniversaire et le 23 mai 1998, la Knesset décréta cet événement fête nationale. Pourtant est-ce toujours la même fête ? Actuellement, elle a pris une nouvelle forme, devenant politique, ambivalente avec une autre résonance, même pour ceux qui vibrent encore de l’émotion première. Peut-on encore parler de la réunification fêtée en 1967, entre l’est et l’ouest de la ville ? On peut toujours le dire et même le fêter, mais ce n’est plus la réalité vécue au quotidien. Il y a Jérusalem Est et Jérusalem Ouest, deux poids, deux mesures, montrent les statistiques.
Ronnie Elenbloom professeur de géographie et de civisme à l’université hébraïque explique : « Je diviserais l’histoire de cette fête en deux : pendant les 20 premières années après 67, on pensait que cette période de paix durerait toujours. Mais il y eut la première Intifada en 1980, l’euphorie des accords d’Oslo, puis de nouveau tout s’est détérioré avec la seconde Intifada. Depuis lors, la ville est divisée, et la fête de Jérusalem est devenue très politique. »
Cette fête pour honorer l’unification de la ville est une occasion pour beaucoup d’exprimer leur position politique. « Ce n’est pas pour rien que l’Etat d’Israël est appelé « le pays de Sion, de Jérusalem » dit Elisha Peleg du Likoud, conseiller municipal « Ce qui arrive à Jérusalem, c’est ce qui arrivera dans le pays : si nous renonçons à nos droits sur tout Jérusalem, demain les Arabes nous renverrons de Jaffa, de Haïfa, de Beershéva. Donc, cette année en particulier, il nous faut intensifier cet événement du Jour de Jérusalem pour affirmer notre souveraineté sur Jérusalem et l’importance de sa réunification. » « D’autant plus à cause des pressions exercées par les U.S.A sur Jérusalem » renchérit Israël Medad, un activiste du Mont du Temple.
A l’opposé, un conseillé municipal du parti Meretz, Meir Margalit et Oz Merinov déclarent : « Le sens de cette fête a changé ! C’est devenu la fête des habitants des territoires, une manifestation de l’extrême droite, une manifestation qui ne devrait pas exister. Car en réalité il y a deux villes séparées dont l’une contrôle l’autre. »
La municipalité, quant à elle, fait son possible pour effacer cette impression d’une fête politisée, organisant ce jour là, la fête de la culture, avec en particulier une exposition des fondateurs de Betsalel, une soirée au parc Sacker où les étudiants et les jeunes artistes sont mis à l’honneur, des concerts, des spectacles de rue etc.
Mais ce Jour de Jérusalem garde-t-il sa signification ? Une résidente de la ville s’exprime : « Je veux fêter la réunification de Jérusalem, mais, actuellement on ne mentionne même plus 1967. On fête dans la rue, simplement, sans même savoir pourquoi et, en dehors de Jérusalem, ce phénomène est encore accentué. »
Il y a pourtant ceux qui continuent à mettre ce jour à part en participant aux cérémonies à Jérusalem pour honorer ceux qui sont tombés. Amihaï Giladi, ayant participé à la guerre de 6 jours, souligne « Je me sens toujours participant de la libération de Jérusalem et de sa réunification. Chaque année je viens ici avec tous les miens en particulier à la manifestation à la Colline des Munitions, lieu historique de la guerre des 6 jours. Et je ne suis pas le seul. Beaucoup de visiteurs viennent s’informer du vrai sens du Jour de Jérusalem, des combats qui ont eu lieu, là, sur cette colline. Les valeurs n’ont pas changé. Les héros, ne les oublions pas. Et Jérusalem restera la capitale éternelle et indivisible d’Israël. »
« Comment parler aux enfants ? » se demande le docteur Amnon Ramon, historien, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem. « J’essaye de parler de « notre » Jérusalem mais de mentionner aussi quelle est la signification religieuse pour les Juifs, les musulmans et les chrétiens ». Sharon Wagner, éducatrice et guide, fait son possible pour ignorer la situation politique dans le quotidien, mais quand elle est en face d’étudiants ou d’un groupe, elle se doit de présenter toute l’histoire.
Pour les éducateurs, comment enseigner Jérusalem avec exactitude ? Pour les résidents, comment célébrer ce Jour ? Pour les anciens, comment se rappeler, et pour les politiciens, comment exploiter ce jour ? Peut-être que le Jour de Jérusalem est la meilleure façon d’honorer cette ville. Une fête où apparaissent tous les messages et toutes les controverses.
Source : Jérusalem Post du vendredi 7 mai 2010