Les correspondants ne comprennent pas toujours ce qu’ils voient et qu’ils nous montrent.
A propos du travail des volontaires de Zaka après l’attentat du Sbarro Ouest-France faisait ce commentaire (que je cite de mémoire) : « Des policiers examinent le sol, à la recherche des moindre indices qu’ils rangent soigneusement dans des sacs en plastique. » J’avais écrit au journal pour expliquer qui étaient ces “policiers” et la nature des “indices” qu’ils ramassaient. On m’avait remercié pour ces précisions, mais sans publier ma lettre.
Dans son journal de 13 heures, la deuxième chaîne de télévision française montrait un jour un jeune Arabe emmené par la police dans la rue Mahane Yehuda, le grand marché populaire de Jérusalem-Ouest. Commentaire accompagnant l’image : « Un jeune Palestinien qui était venu faire ses courses est emmené par la police israélienne. » La présentatrice invisible qui lisait ce commentaire (dont elle n’était vraisemblablement pas l’auteur) avait réussi à placer trois erreurs dans la même phrase. Difficile de faire mieux.
1. On voit tous les jours de jeunes arabes travaillant au Mahane Yehuda comme manutentionnaires. Si ce jeune Palestinien était emmené par la police, c’est probablement parce qu’il y avait à cela une autre raison que sa simple présence.
2. Chez les Arabes, ce ne sont pas les jeunes hommes qui vont faire le marché.
3. On voit mal pourquoi quelqu’un de Jérusalem-est aurait eu l’idée de venir « faire ses courses » au Mahane Yehuda alors qu’il pouvait trouver les mêmes produits pour moins cher dans la vieille ville ou au Ouadi-Joz.
Ce genre de commentaire aberrant (on serait tenté de dire « fantaisiste » si le sujet était moins grave) conduit à se poser beaucoup de questions sur les mécanismes de transmission et de présentation de l’information. On se demande parfois si l’information ne consiste pas, pour l’informateur, à projeter sur la réalité ses propres phantasmes.