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Connaissance du pays : Emmaüs Nicopolis

lundi 7 novembre 2011, par Nathalie Bruyère


A quelques kilomètres à l’Ouest de Jérusalem, sur la route Jérusalem –Tel Aviv, au lieu de Latroun, se trouvent les ruines de deux basiliques de l’époque byzantine datant du Vième siècle. L’une d’entre elle abritait un baptistère, toujours visible aujourd’hui.

On voit encore le chevet de la seconde, comme adossé à lui, des murs d’une église datant de l’époque des Croisés. Ces pierres furent longtemps oubliées, enterrées… et redécouvertes au milieu du XIXème siècle par le savant américain, Edward Robinson. Dans les années 1870, le terrain fut racheté par le Carmel de Bethléem, et peu à peu, on mit à jour les basiliques, mais aussi des mosaïques d’époques byzantine et romaine, des tombeaux du premier siècle, et les vestiges de la maison d’un évêque. On trouve d’ailleurs la signature de l’un des évêques du lieu, Pierre de Nicopolis, dans la liste des participants au Concile de Nicée, en 325. Un autre, Rufus, fut même présent au Concile de Constantinople en 385.

La présence d’un évêché, d’un baptistère, et de basiliques atteste que ce site était considéré comme lieu saint par les premiers chrétiens… et il s’agit en fait du lieu le plus ancien pour situer le village d’Emmaüs, où le Christ ressuscité a rompu le pain, se faisant ainsi reconnaître de ses disciples. Il est distant de Jérusalem d’une trentaine de kilomètres, c’est-à-dire, comme l’indique l’Évangile de Luc, (24, 13) « d’environ cent soixante stades ». Cette distance est indiquée par de très anciens manuscrits, comme le Codex Sinaïticus. La version la plus récente et plus répandue, reprise dans les Bibles modernes, qui situe Emmaüs à soixante stades, pourrait être due à une correction de copiste qui aurait simplement corrigé le texte pour permettre à Cléophas et à son compagnon d’arriver à temps à Jérusalem le soir même pour retrouver leurs compagnons. Mais l’Évangile de Luc ne précise pas qu’ils sont arrivés le soir même, il rapporte seulement le récit de l’apparition du Ressuscité à tous les disciples réunis, qui, chez Jean (20, 19), a lieu le soir de Pâques.

La tradition orale a, depuis les origines du christianisme, identifié l’Emmaüs de l’Évangile avec celui qui se trouve près de Modiin, la ville des Maccabées. En effet, le premier Livre des Maccabées, retenu au Canon des Écritures par certaines Eglises, indique que c’est à cet endroit qu’eut lieu le combat contre les Grecs, à l’époque du roi séleucide Antiochus. Emmaüs, situé à l’entrée du corridor qui conduit à Jérusalem, est un lieu stratégique, et toute son histoire, jusqu’à l’époque récente, en porte la trace.

De fait, à l’arrivée des Romains, Emmaüs était une grande localité juive, plus importante encore que le site biblique de Gezer, son voisin. Mais Emmaüs fut rasé par les envahisseurs, à la suite d’une révolte menée par un chef de bande juif, Athronguès, selon le récit qu’en fit l’historien juif Flavius Josèphe. Athronguès y massacra un détachement de Romains, ce qui entraîna la destruction de la ville en guise de représailles. On peut ainsi s’expliquer pourquoi, quelques dizaines d’années plus tard, il ne sera plus question, dans l’Évangile de Luc, que « d’un village du nom d’Emmaüs ».

Ce nom d’Emmaüs vient du mot hébreu « Hammat », eau chaude, à cause de la présence de sources d’eau qui sont mentionnées dans les « Avot de rabbi Nathan », un midrash juif ancien : « Pourquoi les enseignements de Rabbi Eleazar ben Arakh ne furent pas très renommés ? Parce que quand il a quitté Jérusalem avec ses disciples, (après la chute du Temple), ils se sont demandé : « Où irons-nous ? ». Et il a dit : « Allons à Emmaüs, un bel endroit où les eaux sont très douces… » Mais ceux qui dirent : « Allons plutôt à Yavné, un endroit où les gens aiment la Torah, et où les érudits sont nombreux », ceux-là sont restés célèbres pour leur enseignement. » On retrouve ce même rabbi dans une autre source de la tradition juive : « Rabbi Johanan ben Zakkai avait cinq disciples, et ils demeurèrent avec lui toute sa vie. A sa mort, ils partirent à Yavné (où se réfugièrent les Sages juifs après la chute du Temple). R. Eleazar ben Arakh, cependant, partit avec sa femme à Emmaüs, un endroit très agréable, avec de belles sources d’eau. Il attendit que ses disciples le rejoignent, mais il ne vit personne venir… Il résolut alors de partir à leur rencontre, mais sa femme l’en empêcha. Elle lui dit : « Qui a besoin de qui ? » Il répondit : « Ce sont eux qui ont besoin de moi ». Elle répondit : « Prends le cas d’une corbeille qui contient de la nourriture, et de souris. Est-ce que la corbeille ira au devant des souris, ou est-ce que les souris iront vers la corbeille ? » Il l’écouta, et resta dans l’endroit jusqu’à ce qu’il oublie tout à fait son enseignement… » (Midrash Qohelet Rabba).

Après les premiers siècles de chrétienté, placés sous le signe de la persécution, l’empereur Constantin, converti au christianisme, autorisa la construction d’édifices pour le culte.

Un siècle plus tard, de nombreux édifices furent construits sur les lieux saints chrétiens, et les deux basiliques d’Emmaüs datent de cette époque. L’une d’entre elle contenait probablement la maison de Cléophas, où Jésus rompit le pain pour les disciples, et la seconde abritait une source miraculeuse, où, selon le récit d’auteurs byzantins, les pèlerins venaient se plonger pour obtenir leur guérison.

Ces basiliques furent détruites, peut-être au commencement du VIIème siècle, par les Perses, juste avant l’arrivée des Musulmans qui vinrent s’installer sur le lieu au début de l’hégire.

Les Croisés, arrivés à la fin du XIème siècle, édifièrent de nouveau une église sur les ruines byzantines. Bien que tombé aux mains des musulmans, cet édifice est resté intact jusqu’au début du XIXème siècle. A cette époque, les habitants du village voisin utilisèrent les ruines comme carrière de pierre.

C’est en 1875 que commencèrent les fouilles archéologiques visant à remettre en valeur le lieu saint.

Quand les Romains, vers 220, ajoutèrent au nom d’Emmaüs celui de « Nicopolis », en grec la « ville de la victoire », pour commémorer leur succès militaire.

Le site d’Emmaüs, où la Communauté des Béatitudes est installée depuis une vingtaine d’année, est ouvert tous les jours à la visite.

Pour plus de renseignement sur le site d’Emmaüs-Nicopolis, on pourra consulter www.emmaus-nicopolis.org


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