La porte de Damas est la plus importante et la plus imposante des huit portes qui ouvrent les remparts entourant la Vieille ville de Jérusalem. Importante de par sa situation au nord, partie la plus vulnérable, les autres remparts : sud, est et ouest étant partiellement protégeables par les pentes du Cédron et de la vallée de la Géhenne qu’ils surplombent.
Vulnérable aussi parce que située sur une petite vallée, le Tyropéon. En montant en haut de la porte et en regardant vers le sud, on peut fort bien voir la pente que forment les toits qui s’inclinent vers le marché central qui débute de cette porte.
C’est de la Porte de Damas que partent les routes vers Ramallah, Damas et vers l’intérieur de la Vieille Ville, la rue du souk, appellée " de la vallée". Cette rue "De la Vallée" sectionne la vieille ville. C’est la vallée du Tyropéon ou vallée des fromagers.
Au dessus de la porte, il y a une inscription mentionnant le sultan Soliman le Magnifique, qui lors de son règne a relevé les remparts, y ajoutant des tours et remaniant les portes entre 1536 et 1540.
La porte de Damas est particulière par son architecture, tant décorative que militaire : elle est formée de deux arcs de cercle et ses portes en bois sont recouvertes de fer. Au dessus de l’entrée, il y a un arc brisé et encore au dessus une fenêtre décorée et une tourelle. De chaque côté de la fenêtre, des tourelles terminées par un cône. Entre les meurtrières, des colonnes de renfort avec à la base des sculptures. De chaque côté de la porte, de grandes tours avec des meurtrières qui sont dirigées vers l’esplanade de la porte. Le rempart est décoré de créneaux typiques.
Le nom arabe de la porte est "Porte de la Colonne" (Baab el Amoud), nom qui vient de la colonne de pierre sur laquelle reposait la statue de l’empereur romain, qui était située sur la place et d’où partaient les mensurations de distance des différentes villes du pays. Cette colonne apparaît sur la mosaïque de la carte byzantine de Madaba du sixième siècle. Autrefois cette porte s’appelait également porte d’Etienne, car d’après une tradition chrétienne, c’est là qu’Etienne le premier martyre aurait été lapidé. Du temps des Croisés cette porte s’appelait porte saint Abrahamious, du nom de l’église du même nom située à l’intérieur de la porte.
En dessous du pont qui relie la rue à la porte, se trouvent les restes anciens, fouillés par William Hamilton et Kathleen Kenyon dans les années 1937-1938 sous le niveau de la porte. Les restes des remparts de l’époque du second Temple y ont été découverts ainsi qu’une plaque de la dixième légion romaine. A l’endroit de l’ouverture de l’ancienne porte et sur le côté, se trouvent les fondations et les bases des colonnes. L’ouverture est de l’époque romaine du temps d’Aelia Capitolina ( 131). Sur la pierre au sommet de l’arc on peut deviner les restes d’une inscription romaine du 3ème siècle de l’ère mentionnant "Colonia Aelia Capitolina", nom romain de Jérusalem reconstruite après la révolte de Bar Kochba en 132-135.
La porte conduit au site de fouilles sous la porte de Damas, avec une tour de l’époque romaine, le sol pavé de la place de la même époque, et une exposition sur l’histoire du lieu. Ces fouilles ont été effectuées en 1979 sous la direction d’Yitzhak Magen. Sous le pont au nord se trouvent des murs et des escaliers, restes de la ville du 12ème siècle de l’époque croisée, la ligne des remparts passait alors un peu au nord de la ligne actuelle. A l’ouest du pont, les ruines de l’église croisée saint Abrahamious, dont on peut encore voir quelques restes de fresques. A l’intérieur de la porte vers le nord, une ouverture mène à des toilettes publiques, où l’on voit des pierres de l’époque d’Hérode réutilisées. A l’intérieur de la porte, quelques boutiques et sur son côté est, dans le quartier musulman, des escaliers montent jusqu’au toit de la porte. Sur les escaliers de la façade, une pierre fontaine avec une clef sculptée de l’époque croisée.
Depuis quatre ans le Département pour le Développement de Jérusalem en lien avec le Département des Antiquités et avec l’aide du Fonds du bureau du premier ministre ont travaillé sur la restauration des remparts et spécialement des tours et des portes. Celle de la porte de Damas dure depuis un an. Depuis Soliman le Magnifique jusqu’à la guerre de Six Jours en 1967, les touristes, les pèlerins et les habitants de la ville pouvaient voir tout en haut de la porte de Damas la "couronne" que le sultan avait fait poser en haut de la porte en 1538. En 1967 durant les combats, la porte souffrit et la couronne fut détruite.
Pour la réfection, les architectes se sont servis des nombreuses photos du début du 20ème siècle du temps de la domination britannique.
Selon Avi Mashiah, l’architecte du projet de la restauration : "Le travail de la porte de Damas était un défi, il s’agissait de la porte située à l’entrée du souk bruyant et très animé. Tous les travaux ont été faits en échangeant avec les commerçants pour ne pas gêner leurs commerces. Une partie du travail commençait avec la fermeture de la dernière boutique à 22 heures et durait jusqu’aux premières heures du matin, à l’ouverture des étals".
Grâce aux nombreuses photos, chaque détail a été étudié pour rendre toute sa beauté à la porte. Les travaux ont commencé il y a quatre ans à partir de la porte des Immondices vers la porte de Sion, celle de Jaffa la porte Neuve et celle de Damas. Les travaux qui comportaient des oeuvres de réfection, de sécurité, le tout accompagné d’examens aux rayons laser, devraient se terminer à la fin de l’année.
Aujourd’hui le département des Antiquités et celui du Développement de Jérusalem sont heureux de permettre aux visiteurs d’admirer tout spécialement la porte de Damas dans toute sa splendeur.
Photos : Cécile Pilverdier