Nous roulons jusqu’à Beershéva puis en direction de la frontière égyptienne au niveau de Nitsana pour y découvrir les derniers développements de la région de Ramat haNeguev. Nous nous sommes arrêtés dans trois lieux principaux : Midreshet Ben Gourion, Kadesh Barnea ou Nitsana et Beer Milka.
Midreshet Ben Gourion (village communautaire), comprend 250 familles avec 255 enfants et jeunes. L’idée d’y fonder un collège est née en 1953 lorsque Ben Gourion et une équipe visitèrent la région de la rivière Tsin. En 1962, commença la construction d’un centre de recherche pour l’agriculture, près du kibboutz Revivim, et en 1963, un collège agricole fut créé. Dans les années 70, d’autres institutions furent fondées : une école primaire, un collège orienté vers l’écologie et deux centres de recherche, l’un sur l’agriculture en milieu désertique et l’autre sur l’héritage de Ben Gourion. Ces deux derniers dépendent de l’Université Ben Gourion de Beershéva.
Aujourd’hui, c’est le village le plus important de la région de Ramat ha-Neguev.
Le centre de recherche pour l’agriculture en région désertique
Région désertique, cette région reçoit de 80 à 100 millimètres d’eau en moyenne par an et la pluviosité peut énormément varier d’une année à l’autre.
Les Nabatéens et les Byzantins entre le 2ème siècle avant J.C. et le 6ème après J.C. récoltaient l’eau en construisant sur les pentes douces rocheuses des murettes pour diriger l’eau vers des citernes creusées dans les parties basses du oued. La surface cultivée pour être suffisamment irriguée était entre 20 à 40 fois plus petite que la surface récoltant l’eau, ce qui nécessitait un travail énorme de construction de digues. Pour une agriculture moderne ces surfaces cultivables sont trop étroites. Dans d’autres endroits furent découvertes des digues retenant l’eau des oueds, mais la pluie tombant souvent en trombes, l’eau emportait de grandes quantités de sable et de terre, comblant très vite ces réservoirs, et l’eau s’infiltrait très vite sous terre. Certains endroits de la région possèdent des puits, dont l’eau est à 100 mètres de profondeur et est salée. Certes cette eau pouvait être bue, mais son arrosage nuisait aux plantes.
En 1956, le gouvernement décida d’amener l’eau du nord du pays jusqu’à Revivim.
En 1969, l’hydrologue Arie Issar professeur à l’Université Ben Gourion découvrit qu’une grande nappe d’eau salée existait à 900 mètres de profondeur, et qu’elle remontait par pression artésienne à 300 mètres, soit à la hauteur de la mer Méditerranée. Cette eau est à 38 degrés et est salée, contenant entre 600 et 2 000 milligrammes de sel par litre.
En 1971, cette eau fut proposée aux agriculteurs qui furent sceptiques quant à son efficacité pour l’agriculture. En 1981, l’Agence juive et le ministère de l’Agriculture aidèrent à la création du centre de recherches de Ramat ha-Neguev. Celui-ci fut comprit des agriculteurs de la région, le professeur Yoël de Malah de Revivim, puis plus tard, Moshé Sagui de Mashabe Sade et Tsion Shamer de Kadesh Barnea. Les chercheurs portent leurs recherches sur les plantes, les vergers et les serres. La composition de ces équipes formées de chercheurs en lien étroit avec les agriculteurs assure la réussite des expériences qui très vite sont transmises aux gens sur le terrain. C’est en 1990 que les premières équipes furent établies.
Le sol : Dans la région, deux sortes de sol : le loess et le sable.
L’eau : L’eau douce amenée par la conduite nationale du nord et l’eau salée de l’aquifère.
Recherches du centre :
le « coupage » de l’eau salée.
Le « rinçage » du sol.
L’adaptation de la quantité de sel aux différents moments du développement de chaque plante. Par exemple, le maïs lève bien avec l’eau salée, mais dès qu’il a plus d’une semaine il souffre et peut mourir ; entre 2 à 6 semaines selon l’espèce il lui faut de l’eau douce, puis après cette période il peut à nouveau pousser avec l’eau salée. Ainsi une vingtaine de plantes ont été étudiées sur tout leur parcours de croissance. Les amandiers quant à eux au départ ne supportent que l’eau douce, puis s’accommodent très bien à l’eau salée.
L’amélioration génétique de certaines plantes. Un exemple : le melon. Le croisement du melon d’Israël avec une espèce de melon d’Iran avec donna un bon résultat. Il en fut de même pour les tomates.
Solutionner le problème du sodium du sol
Le « Goutte à goutte » : Pour mettre en place ce dernier, il faut un sol léger si bien que les sels ne durcissent pas le sol et ne gênent pas les radicules des plantes. Ce système existe depuis que le plastique est entré dans l’agriculture dans les années 50. D’abord utilisé en surface, il est maintenant utilisé en profondeur. Il est ainsi plus efficace, puisqu’il laisse la surface du sol sèche et évite ainsi l’évaporation et la formation d’une croute. Les engrais, la nourriture de la plante sont amenés dans ce circuit. Par ordinateur, l’arrosage est dosé par « pulsions », petites et courtes, n’amenant que la quantité nécessaire à la plante. Les terres riches et lourdes absorbent beaucoup d’eau et risquent ainsi d’apporter maladies et pourriture. A Ramat ha-Neguev, les terres sont légères, et dernièrement on a constaté que le sable convient beaucoup mieux à ces cultures avec le goutte à goutte que le loess, laissant davantage la plante respirer. Le « goutte à goutte » est né dans le Neguev, avec Simha Blass de Revivim. La première usine a été créée à Hatserim, et c’est une des industries les plus prospères faites par un kibboutz.
Fertilisation. L’irrigation étant distribuée au minimum pour n’arriver qu’aux racines, il en est de même pour les engrais qui ainsi ne pénètrent que très peu en profondeur dans le sol.
La « chaine ». L’eau de Ramat ha-Neguev est puisée très profond et coûte donc cher aux agriculteurs. L’utilisation en chaîne en réduit le prix. L’eau puisée qui est à 38° est envoyée dans les bains de Neve Midbar et dans les piscines d’élevage de poissons et de crevettes qui l’enrichissent de leurs excréments. Elle est ensuite dirigée vers des serres qu’elle réchauffe en hiver et les nuits. Lorsque sa température est descendue à 25-30°, elle est envoyée pour l’arrosage des plantes, de fourrage pour les animaux tels que les alpacas, les autruches…Ainsi la même eau est utilisée pour plusieurs usages, s’est enrichie au fur et à mesure de son usage, et favorise un environnement écologique.
L’ordinateur et la technologie. Le centre cherche à développer au maximum la technologie avancée pour que tout cet ensemble soit rentable.
Les ordinateurs pour l’arrosage sont situés près des serres et sont activés par des transformateurs solaires. D’autres ordinateurs déterminent la salinité désirée, la façon de la répartir le mélange des engrais, la chaleur des serres, la nature de l’air dans celles-ci.
Au kibboutz Yad Mordekhaï, un ordinateur a été créé dernièrement destiné à servir de station météorologique pour ce centre.
Les plantes étudiées au centre : Jusqu’à maintenant, seules quelques plantes développées à Ramat ha-Neguev sont rentables économiquement : l’oliveraie de Revivim qui est la plus grande du pays ainsi que quelques plantes dont les poivrons, les tomates de serre et les melons.
D’autres plantes certes poussent avec l’eau salée, mais ne sont pas encore rentables économiquement : le blé, le seigle, les betteraves à sucre et les betteraves rouges, le maïs, le chou, les asperges, les grenades, les poires etc. D’autres sont encore à l’étude comme le carroube, l’amandier, les courgettes et les cornichons.
Aujourd’hui ce sont les tomates « cerises » très sucrées et odorantes qui s’exportent vers l’Europe, mais la culture des bulbes de fleur, du gazon, des légumes ne sont pas quantité négligeable.
Grâce aux accords de paix, toute cette recherche est faite tout particulièrement en partenariat avec l’Egypte, qui possède le même terrain, le même climat qu’une partie d’Israël.