Le pianiste et chef d’orchestre israélien, Daniel Barenboïm, qui, au mois d’avril 2009, exécuta avec l’orchestre symphonique du Caire la cinquième symphonie de Beethoven dans la Maison de l’Opéra de la capitale égyptienne… du jamais vu ni entendu. La salle était bondée, l’enthousiasme délirant et l’émotion à son comble. Il faut dire que ce chef d’orchestre est connu pour sa position pacifique envers les Palestiniens et les voisins arabes. « Pour moi, très jeune, j’étais surpris et attristé du peu d’intérêt en Israël pour les pays voisins. A travers la musique et les rencontres, j’essaye de briser cette ignorance des deux côtés. »
Bien sûr, sa visite en Egypte attira des critiques de la part de quelques intellectuels et artistes égyptiens, pensant le moment mal choisi. Le secrétaire général de la Ligue Arabe, Amir Moussa, refusa l’invitation que lui transmit le ministre égyptien de la Culture. Mais la majorité de l’élite était là, décidée à voir plus loin, au-delà du quotidien souvent douloureux, voulant donner sa chance à cet événement hors du commun.
C’était la deuxième fois que Barenboïm se produisait dans un pays arabe. En 2003, au Maroc, il organisa un concert avec l’orchestre Divan occidental oriental (West-Eastern Divan Orchestra) formé de jeunes musiciens arabes et juifs. C’est en 1999, à Weimart, que fut créé cet orchestre sous l’initiative de Daniel Barenboïm et de l’écrivain chrétien américano palestinien Edward Saïd, à l’occasion du 250ème anniversaire de la naissance de Goethe. Son but premier est de promouvoir le dialogue et la paix au Proche Orient au travers de la musique classique. Chaque été, environ 80 jeunes instrumentalistes d’Israël, des Etats arabes voisins (Syrie, Liban, Egypte, Jordanie) et des Territoires palestiniens viennent se former à Séville en juillet avant d’entreprendre en août leur tournée mondiale sous la baguette de Barenboïm.
Un événement hautement symbolique eut lieu en août 2005 : le premier concert de cet orchestre en Cisjordanie, à Ramallah. Cette manifestation fut soutenue par les ambassades d’Allemagne, de France et surtout d’Espagne qui fournit un passeport diplomatique espagnol à tous les musiciens. Du Mozart et du Beethoven, bien sûr, avec enregistrement en CD et DVD (The Ramallah Concert). A la fin de la représentation, une jeune violoniste palestinienne lui demanda un autographe : « Vous êtes la première « chose » qui vient d’Israël et qui n’est ni un soldat ni un tank. » Elle est maintenant l’une des violonistes de Divan.
En été 2008 cet orchestre aurait dû se produire à Amman en Jordanie. Mais à cause d’un attentat en juillet, il n’a pu avoir lieu. Il se produisit en Italie du sud.
Daniel Barenboïm, né le 15 novembre 1942 à Buenos Aire, pianiste et chef d’orchestre, a quatre nationalités : argentine, israélienne, espagnole (en 2002), et palestinienne (en 2008). Il donne son premier concert en tant que pianiste à Buenos Aire à l’âge de 7 ans. En 1952, il s’installe en Israël avec ses parents juifs d’origine russe. (Son nom est la graphie yiddish de l’allemand Bachenbaum). Sa carrière musicale comme pianiste puis chef d’orchestre prend très vite un essor immense : direction d’orchestre dans le monde entier, en particulier à Paris, puis à Chicago, à Berlin, à Bayreuth, à Edimbourg, enregistrement de disques, DVD, en particulier Mozart et Beethoven, ses préférés.
A la fin de cette soirée au Caire, Daniel précise à ceux qui l’interrogent : « Mon projet ne se veut pas politique, mais simplement humain, permettant à chacun d’exprimer ses opinions. Nous ne représentons pas Israël, et je ne représente aucun gouvernement. Je comprends fort bien que ma venue au Caïre ait blessé certains, des deux côtés. »