Au 14 de la Rue Shivtei Israël, entre la mairie de Jérusalem et l’hôtel Notre-Dame, rien ne distingue à première vue le magasin Yad la-kashish (la main [tendue] au vieillard) de n’importe quel autre magasin de souvenirs et d’objets d’art, sinon peut-être la variété des articles qui s’y trouvent mis en vente. Il s’agit pourtant d’un établissement original, puisque tous les objets que l’on peut y trouver sont fabriqués par des artistes amateurs de soixante à quatre-vingt-dix ans.
Yad la kashish est né en 1962, lorsqu’une femme du quartier, Myriam Mendilow, fatiguée d’entendre des enfants se moquer des vieux, décide de prendre les moyens de montrer aux jeunes ce que les vieux peuvent faire, pour encourager les premiers à respecter les seconds, et permettre à ces derniers de conserver leur dignité. Avec quelques retraités, elle monte un atelier de reliure. Les livres scolaires des enfants sont souvent en mauvais état. Les écoliers vont donc pouvoir faire relier leurs livres par les anciens. Chacun des livres restaurés portera un tampon disant : « Si ton livre est en bon état, c’est grâce aux vieux de Jérusalem. »
Rapidement, l’entreprise va se développer et entraîner l’ouverture de nouveaux ateliers ainsi que d’un magasin de vente. Aujourd’hui, ce sont 250 personnes âgées qui travaillent dans différentes salles à la reliure, la ciselure, la broderie, la peinture etc. On entend parler russe dans certains ateliers, éthiopien dans d’autres. Il existe même un atelier pour vieillards handicapés. Simple salle de travail à l’origine, Yad la kashish est devenu aujourd’hui presque un quartier, un de ces enchevêtrements de bâtiments disparates, de ruelles et d’escaliers qui font le charme du vieux Jérusalem.
L’entreprise n’emploie qu’un minimum de personnel salarié : la directrice, une assistante sociale, quelques artistes professionnels pour la formation technique et pour la direction des ateliers. La vente des produits finance près de la moitié des frais. Le reste est couvert par des dons. Ceux et celles qui travaillent dans les ateliers reçoivent pour chaque matinée de travail un peu d’argent ainsi qu’un repas gratuit servi sur place. Il reçoivent aussi une aide pour les soins dentaires et les achats de lunettes. Le magasin est tenu par des bénévoles. Il faut le souligner : ceux qui travaillent dans ces ateliers ne sont pas des artistes retraités, mais des retraités devenus artistes, qui peuvent exercer aujourd’hui des talents qu’ils n’avaient jamais mis en oeuvre auparavant. Certains d’entre eux, montés en Israël à l’âge de la retraite, ont trouvé ici de quoi occuper leur temps et leurs mains. À la visite des ateliers, on peut être surpris de la minutie avec laquelle des anciens exécutent des travaux de précision.
Les objets mis en vente sont d’une variété extrême, depuis la peinture sur soie jusqu’au papier mâché, en passant par le cuivre ciselé, les bijoux en argent, le tricot, la broderie, la céramique, la baudruche, les jouets en bois. On en trouve pour tous les goûts, même les plus exigeants, et ce qui peut apparaître aux plus difficiles comme d’une qualité artistique discutable peut être considéré comme ravissant par des touristes venus d’autres pays.
Signe de la réussite de l’entreprise : en ce matin du 24 mars, les trois salles du magasin étaient remplies de jeunes.
Indications pratiques :
Yad L’Kashish ; 14, Rue Shivtei Israël ; P.O.Box 28, Jerusalem 91000 ; Tél. 972 2 628 78 29. Quatre emplacements de stationnement d’autocars sont réservés devant le magasin (demander un ticket à l’intérieur).
Voir le site : http://www.lifeline.org.il/lifeline/?