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Vous êtes dans : Accueil >> Un écho d’Israël > > Un écho d’Israël 10 : septembre 2003

Désinformation

lundi 22 septembre 2003, par Yohanan Elihaï


Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde” Albert Camus

Dans son numéro du 23 juillet 2003, en haut de la page 7, le quotidien La Croix annonce par un gros titre :
« EN ISRAËL, LES MEDIAS INCITENT A LA VIOLENCE ».
Le lecteur qui a la patience et la curiosité d’aller voir la suite de l’article va de surprise en surprise.
Le sous-titre, en caractères plus petits, introduit déjà une nuance importante :
« MEDIAS. Malgré la volonté des deux camps de faire appliquer la “feuille de route”, il reste aux médias à adopter un ton plus modéré. » Au milieu de l’article, un intertitre en petits caractères nous informe que
« Les incitations à la haine continuent des deux côtés » (c’est nous qui soulignons).

Enfin, l’article lui-même détaille longuement les incitations à la haine diffusées par les organes de presse et les manuels scolaires... palestiniens ! Il faut attendre le milieu de la dernière colonne, soit la 92ème ligne d’un article qui en compte 110, pour apprendre que « Aroutz 7 (Canal 7), la radio pirate des colons juifs », continue à faire entendre des « diatribes antipalestiniennes » (ce qui ne date pas d’hier) ; que certains officiels et médias israéliens qualifient Arafat d’ « obstacle à la paix » (peut-on vraiment considérer cette appréciation comme une incitation à la violence ?) et que le ministre Avigdor Liberman, qualifié non sans raison d’ « ultra », a suggéré de régler la question des prisonniers palestiniens en les noyant dans la Mer Morte. Inutile de chercher à justifier ce dernier propos, mais Liberman et Aroutz shéva (que très peu de gens écoutent) ne constituent pas à eux seuls « les médias » israéliens.

Cette présentation des choses autorise quelques questions.

L’article et son titre sont-ils du même auteur, ou faut-il admettre que l’auteur a écrit son texte et que la direction du journal a ensuite choisi ou changé le titre ? Le procédé n’est malheureusement pas rare dans les salles de rédaction.
Pour qui a la patience de tout lire, la contradiction est évidente entre le titre et l’article, et la rédaction du journal ne peut l’ignorer. A-t-on joué délibérément sur le fait que beaucoup ne liront que le titre, tout en se réservant la possibilité de souligner, pour se justifier le cas échéant, que l’article dit tout autre chose ? Ce genre de calcul ne serait pas à l’honneur du journal.

Dans la presse catholique française, La Croix dispose du monopole de l’information quotidienne. Ce journal est lu, non seulement dans de nombreuses familles, mais dans toutes les communautés et institutions ecclésiastiques. Beaucoup feuillettent le journal et s’arrêtent à l’un ou l’autre article sans tout lire de la première à la dernière ligne. Pour ceux dont l’opinion sur Israël et la Palestine est faite et entretenue depuis longtemps par une information unilatérale, le gros titre aura suffi à les « informer » sur ce qu’ils étaient déjà disposés à croire et les confortera dans la conviction largement répandue que tous les torts sont du côté des Israéliens. Certains en tireront sans aucun doute la conclusion qu’il est inutile de lire le détail ; ce qui ne les empêchera pas de dire : « Je l’ai vu dans le journal. »

****
Le 9 septembre, c’était Le Monde qui titrait :

« UN ATTENTAT-SUICIDE FRAPPE UNE BASE MILITAIRE PRÈS DE TEL-AVIV »

Dans le corps de l’article, la « base militaire » était devenue « un point de ramassage des soldats à l’entrée du camp de Tzrifin, une des plus importantes bases militaires d’Israël ». En réalité, il s’agissait ni d’une base militaire, ni d’un « point de ramassage », mais d’une station d’autobus où des militaires, mêlés à des civils, attendaient le bus ou faisaient de l’auto-stop, près d’une base militaire et en face d’un hôpital civil ; (ce qui a d’ailleurs permis que les secours s’organisent rapidement ; la salle d’opérations se trouvait à 100 mètres du lieu de l’explosion).
La transformation d’une station d’autobus en base militaire aurait-elle pour but d’atténuer l’horreur du geste en le présentant comme un acte de guerre ? Ici encore, on peut douter que le titre et l’article soient du même auteur. Beaucoup ne liront pas l’article, qui engage seul la responsabilité de son signataire (à supposer que le rédacteur en chef ne lui ait pas modifié son texte), et ne retiendront que le titre, choisi ou imposé au dernier moment par la rédaction en fonction de la ligne du journal ou du message à faire passer.
Michel Remaud

*******************************************************
Les “photos de la semaine”, dans l’édition internet du journal Le Monde, sont de nouveau “bien choisies”.

Nous avons déjà donné des exemples de ce choix tendancieux de photos pour illustrer les événements de la semaine dans le monde. Après des attentats qui ont fait en Israël 7 morts et 30 blessés, puis 8 morts et 50 blessés (en se rappelant que des blessés graves meurent parfois des semaines après, ou restent paralysés pour la vie), les deux photos des 9 et 10 septembre dans le Monde montrent des femmes palestiniennes manifestant pour Arafat, et une jeune femme qui passe péniblement par une brèche dans le mur de béton qui se construit autour de Jérusalem et qui est supposé limiter les attentats contre la population juive. Rien de ces photos ne reflète le double drame de la population juive ces mêmes jours.

Il reste que ces attentats s’inscrivent dans le circuit infernal de liquidations de leaders du Hamas, souvent accompagnées de victimes palestiniennes innocentes, dont des enfants, liquidations visant bien sûr ceux qui ont organisé ces attentats et en préparent d’autres, mais encourageant aussi l’action terroriste suivante. Bien des Israéliens mettent en doute l’utilité de ces liquidations, y compris dans des interviews à la radio et la TV. Mais qui va arrêter le premier, et qui garantit que cesser la violence d’un côté calmera la partie adverse ? Quant au mur de séparation si désiré par la majorité des Israéliens - même de la gauche, pour endiguer, dit-on, les infiltrations de terroristes - le grief fondé des Palestiniens est qu’il suit une ligne bien curieuse : s’il était sur la frontière de 1967, à la rigueur. Mais il pénètre parfois trop profondément à l’intérieur du futur Etat palestinien, coupant les cultivateurs de leurs champs, ou passant au beau milieu de villages proches de Jérusalem. Oui, il faut reconnaître les injustices qui découlent d’un plan sans doute justifié à l’origine.

Ceci dit, il reste qu’en lisant les articles, en voyant les photos qui représentent toujours un côté comme victime innocente et l’autre comme coupable de tout, on a le devoir de réagir et de réclamer la totalité du tableau.
Yohanan Elihai

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