Les formules simples sont faciles à retenir. Puisqu’elles sont faciles à retenir, tout le monde les connaît et les répète. Et ce que tout le monde répète est forcément vrai, puisque tout le monde le dit.
La propagande fait donc un grand usage de ces slogans, qui ont d’autant plus de portée que personne ne songe à en vérifier le bien-fondé. Ainsi en est-il du mythe de la « Palestine historique », qui revient régulièrement dans le discours palestinien : après s’être approprié 78 % de la « Palestine historique », les Juifs oppriment encore les Palestiniens dans les 22 % qui restent. Il ne s’agit pas ici de nier la situation dramatique dans laquelle sont plongés les Palestiniens des territoires, mais d’essayer de remonter à l’origine du slogan.
S’il y a un terme dont la signification a considérablement varié au cours des siècles, c’est bien celui de Palestine, comme le montre la simple consultation d’un atlas historique. La Philistie biblique correspondait grosso modo à l’actuelle bande de Gaza. La Palæstina, nom donné par les Romains à la Judée après la répression du soulèvement de 132-135, s’est étendue jusqu’au-delà du Jourdain, et la Palestine du mandat britannique comprenait aussi la Transjordanie. Ajoutons que les territoires des différentes « Palestine » de l’Antiquité étaient trop imprécis dans leurs contours pour qu’on puisse en évaluer aujourd’hui la superficie avec une précision mathématique absolue.
Qu’est-ce que la « Palestine historique » dans le discours palestinien ? Il s’agit du territoire constitué de l’Israël d’avant 1967, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, territoire délimité par la frontière libanaise au nord, la vallée du Jourdain et de la Arava à l’est, la frontière égyptienne au sud-ouest et la Méditerranée à l’ouest. Or, le territoire ainsi défini est né en 1922, lors du premier partage de la Palestine (cf. “Page d’histoire”, Un écho d’Israël n° 5, janvier 2003, pp. 6-9 ; carte, p. 7). En bref, la fameuse « Palestine historique » n’a eu d’existence que de 1922 à 1948.
Qu’en est-il des chiffres, 78 % et 22 % ? À s’en tenir aux sources neutres, ils correspondent à peu de chose près à la réalité : 20770 km 2 pour Israël, 6236 pour les Territoires palestiniens (une source palestinienne donne 6257, ce qui ne change guère les proportions). À peu de chose près, puisqu’un simple calcul sur ces chiffres donne les proportions de 76,9 contre 23,1. Il serait mesquin, sans doute, de chicaner sur un peu plus de 2 % (1,1 % de plus d’un côté, 1,1 % de moins de l’autre). Encore peut-on souligner que l’erreur s’est produite dans ce sens et non dans l’autre. Un examen attentif de la carte et des chiffres révèle pourtant un tour de passe-passe : on peut arriver en effet, à une décimale près, aux proportions de 78 contre 22, à condition d’inclure dans la « Palestine historique »... le Golan, qui a failli faire partie de la Palestine britannique, mais qui a finalement été rattaché à la Syrie du mandat français, pour des raisons tout autres qu’historiques.
Dernière remarque : lorsque Ehud Barak et Shlomo ben Ami proposèrent à Yasser Arafat de céder à la Palestine 400 km 2 de Néguev, Arafat repoussa l’offre en disant qu’il n’avait rien à faire d’un désert. Israël peut donc garder son Néguev, qui constitue à lui seul près de la moitié de la prétendue « Palestine historique ». L’autorité palestinienne n’en a que faire, et que ce désert soit israélien permet au contraire d’entretenir devant l’opinion mondiale le scandale de l’iniquité du partage.
La « Palestine historique » avait 26 ans en 1948. Par la vertu et pour les besoins de la propagande, elle est aujourd’hui une octogénaire promise à un bel avenir.