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Dossier : Les Hébreux noirs (1ère partie)

lundi 9 novembre 2009, par Antoinette Bremond


En se promenant à Mitzpe Ramon il est fréquent de rencontrer des « noirs ». Automatiquement on pense : Les Juifs éthiopiens sont donc également installés ici. Mais non, ce sont des Hébreux noirs, présents également à Arad et à Dimona et, quelques uns, à Tibériade. Mais qui sont-ils et d’où viennent-ils ?

En fait, il existe en Amérique plus d’une dizaine de communautés différentes d’Hébreux noirs, groupes afro-américains qui se disent descendants des 10 tribus d’Israël. Le fait que, dans leur histoire, ils ont vécu l’esclavage, la délivrance et l’exode les conforte dans cette identification avec les anciens Hébreux. En se définissant comme étant le peuple élu cela leur permet de surmonter les difficultés rencontrées du fait de leur couleur. Certains de ces groupes pensent que les « Juifs blancs » ne sont pas de véritables descendants des enfants d’Israël, mais de simples usurpateurs. Plusieurs restent en Amérique, d’autres émigrent en Afrique, et l’un de ces groupes est venu en Israël.

Histoire d’un groupe singulier

Ben Ammi Ben IsraëlLe groupe African hebrew israelite nation of Jerusalem, fondé en 1960 à Chicago par Ben Carter, un ancien ouvrier métallurgique, va émigrer en 1967 au Libéria puis, en décembre 1969, en Israël. Ben Carter raconte que, allongé sur son lit à Chicago, l’ange Gabriel lui aurait révélé qu’ils étaient les descendants de la tribu de Juda, chassés de la Terre Sainte par les Romains en 70 après J.-C., ayant émigré en Afrique de l’Ouest avant d’être emmenés comme esclaves aux Etats-Unis. « Une voix m’a indiqué qu’il était temps pour nous, les descendants des Israélites bibliques, de retourner sur la terre de nos ancêtres. » Il part alors pour Israël avec ses 13 enfants, ses 4 femmes et une vingtaine de disciples, munis de visas de touristes.

Pour le grand Rabbinat, ces noirs américains ne sont pas juifs et ne peuvent donc pas bénéficier de la loi du Retour. Ils s’installent pourtant à Dimona où ils créent en 1971 un kibboutz de ville, Kfar Hashalom, installé dans un centre d’intégration construit en 1950 pour y accueillir de nouveaux immigrants de Russie. C’est là que Ben Carter prend le nom de Ben Ammi Ben Israël. Jusqu’en 1972 l’Etat accorde à la communauté le statut de résident temporaire avec permis de travail. Permis qui leur sera retiré devant l’accroissement de l’émigration. Leur situation devient alors de plus en plus délicate : ils n’ont plus de statut juridique puisqu’ils ont renoncé à leur citoyenneté américaine et qu’ils ne sont pas pour autant israéliens.

Dans les années 1970 à 1980, il y eut des affrontements : certains noirs, étant persuadés que les Juifs blancs israéliens n’étaient que des usurpateurs, s’engagent dans des actions anti-israéliennes et même antisémites, proclamant qu’ils sont les seuls héritiers du pays et que c’est à eux seuls de l’occuper. Les autorités israéliennes, par ailleurs, tentent à plusieurs reprises d’expulser cette communauté grandissante. Mais, ceux qui partent reviennent plus tard. Et puis l’Etat ne veut pas paraître raciste aux yeux du monde.

Une intégration progressive

A partir de 1980 les relations s’améliorent progressivement. Les Hébreux noirs reconnaissent que l’Israël biblique était une société multiraciale dont les habitants se sont enfuis vers l’Europe, l’Asie et l’Afrique après la destruction du Temple en l’an 70. Ils reconnaissent donc officiellement les Juifs blancs comme des Israélites légitimes.
En 1989, le ministre de l’Intérieur Arieh Deri rencontre Ben Ammi et en 1990 les permis de travail sont enfin accordés. En 1991 les membres de cette communauté vont bénéficier d’un statut de résidents temporaires pour une durée de 5 ans. En 1995 ce statut est renouvelé pour 3 ans. Jusqu’à quand ?

Ces Hébreux africains vont tout faire pour être acceptés par la population. La musique va jouer un rôle important dans la reconnaissance du groupe. Les musiciens de la communauté commencent à percer, à être appréciés, et vont animer certaines fêtes à diverses occasions. On se souvient d’Eddie Butler Ammiram Ben Yshay représentant Israël au concours de l’Eurovision en 1994 au sein du groupe Eden.

Le sentiment d’un destin commun va grandir. En janvier 2002, un membre de la communauté noire, le musicien Aharon Ben Ellis, 32 ans, est tué dans un attentat à Hadera au cours d’une Bat Mitzva qu’il animait. « Nous devons sacrifier nos fils pour prouver notre mérite et être reconnus en Israël », explique l’un des membres.
C’est alors qu’en août 2003 le ministre de l’Intérieur Abraham Poraz leur accorde le statut de résidents permanents. Il ne reste plus qu’à obtenir la nationalité israélienne. Ils pourront la demander en principe quatre ans plus tard.

Le 24 juillet 2004, Uriahu Butler est le premier Hébreu noir à être accepté à l’armée. En 2009 ils sont plus de 200, filles et garçons, à porter l’uniforme. L’entrée des jeunes noirs hébreux à Tsahal a posé certains problèmes pratiques, sachant que cette communauté a un régime végétalien très stricte et qu’ils ne doivent porter que des habits et chaussures en coton… Il y eut des compromis des deux côtés.

Le 9 février 2009 Elyakim Ben-Israël reçut un courrier du ministère de l’Intérieur lui annonçant qu’il allait pouvoir recevoir la nationalité israélienne. Lui, le premier à avoir renoncé à sa citoyenneté américaine, va devenir le premier Hébreu noir israélien. Dans toutes les entrées de leurs immeubles à Mitzpe Ramon cette lettre du ministère de l’Intérieur était affichée… fièrement. Oui, 40 ans après leur arrivée. « Alléluia, alléluia » chanta la communauté de Dimona.

En octobre 2009, ils étaient déjà quatre à avoir obtenu la nationalité israélienne. Et, dans l’avenir, ceux qui en feront personnellement la demande, la recevront très probablement.

Pratiques alimentaires et hygiène de vie

Toute la vie de cette communauté est marquée par une discipline alimentaire très stricte. Un régime végétalien de fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, sucre brun et miel. Pas de viande, ni d’œuf, ni de produits laitiers… selon les paroles de la Genèse. La casherout n’est donc plus nécessaire. A cela ils ajoutent de la levure de bière pour compenser le manque en vitamine B12. En fait la prévention joue un rôle primordial dans leur alimentation. D’où l’utilisation importante d’ail, d’huile d’olive mais aussi de « médicaments » fabriqués artisanalement par les « médecins » de cette communauté. Une hygiène qui comprend des jours de jeûne fréquents, en particulier le shabbat. Ces jours-là, on ne boit que de l’eau et des jus de fruits naturels. Il y a aussi des semaines sans cuisson, et d’autres sans sucre ou miel. Le dimanche, mardi et jeudi, il est interdit de consommer du sel et de la margarine. Toute infraction à ces règles alimentaires est sévèrement punie.

A cette hygiène s’ajoute la pratique de sports et des cours de gymnastique : A Kfar Hashalom la salle de musculation permet à chacun de venir trois fois par semaine s’entraîner à cette « divine gymnastique ». Et les résultats semblent concluants. A ce propos signalons que leurs sportifs ont représenté Israël en Europe et participent régulièrement aux Maccabiades (jeux olympiques juifs) dans ce pays.

Sont-ils juifs ?

Pour eux, ils le son et c’est pour cela qu’ils refusent toute proposition de conversion. « Dans ma famille, depuis des générations, nous savons que nous sommes hébreux et que notre place est en Israël, dans notre pays d’origine » explique Yaffa Bat-Gavriel la secrétaire du village Kfar Hashalom. Pourtant, même s’ils pratiquent les règles de pureté familiale selon la Tora, si les garçons sont circoncis le 8ème jour, s’ils ont pris des noms hébreux pour remplacer leurs noms « d’esclave », ils se distinguent du judaïsme rabbinique. Tout d’abord, ils n’étudient pas le Talmud, ne se référant qu’à la Bible. Pour eux, être juif, ce n’est pas une religion mais un mode de vie : suivre les lois de Dieu, vivre déjà le Royaume de Dieu et le communiquer. Le vendredi soir, tout habillés de blanc, ils se réunissent pour chanter, louer et écouter la Parole. Soirée très festive, ambiance africaine. Comme me le disait l’un d’entre eux, « tout ce que nous faisons, disons, pensons a comme origine et comme but la volonté de Dieu, de « Ya » », comme ils l’appellent. Ils n’ont ni synagogue, ni rabbin, mais des prêtres. Ben Ammi est pour eux le représentant de Dieu, le dirigeant spirituel de la communauté, le « chef messianique du Royaume de Dieu ». Il est comparé à Abraham, Moïse, Jérémie mais aussi à Jésus, comme messager envoyé par Dieu. « C’est lui », me disait Shounamit, l’épouse de l’un des prêtres de Mitzpe Ramon, « qui a la vision, la manifeste et nous communique les paroles de Ya ». Absalon, l’autre prêtre, me dit rayonnant : « C’est le Messie ».

Les hommes portent une calotte et les femmes un foulard. Ils célèbrent les fêtes juives, à l’exception de Pourim et de Hanouka, mais en ajoutent d’autres : le jour anniversaire de la vision de Ben Ammi, le jour de leur immigration au Libéria (mi-mai), le Yom Lemokim, où l’on s’offre des cadeaux (en février). Notons aussi qu’ils fêtent Rosh Hashana, le nouvel an, au printemps selon le livre de l’Exode, chapitre 12, et non en automne.

Les mariages ne se pratiquent qu’au sein du groupe et ils sont en général arrangés par les responsables de la communauté. La polygamie est pratiquée, comme dans les temps bibliques, même s’il semble qu’il n’y aura bientôt plus de mariage polygame officiel… cela pour aider l’intégration dans la société israélienne. Avihaï, me précisa, lors de notre visite à Kfar Hashalom : « Moi, je n’ai qu’une femme. »

Combien sont-ils ? On ne le sait pas exactement, les chiffres varient, la Bible interdisant le dénombrement. En 2006 on parlait de 2500. Cependant celui que j’interrogeai à Mitzpe Ramon me disait : « Actuellement, nous sommes 4000, peut-être 5000 ». Il est vrai que, la limitation des naissances n’étant pas autorisée, la population s’accroît très rapidement.

A suivre...


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