Écrire un éditorial plus de vingt-quatre heures avant sa parution, c’est prendre le risque de perdre son temps. Il y a une semaine, le sujet qui s’imposait de lui-même était le grave incident qui venait de se produire dans la basilique de Nazareth. Quelques jours plus tard, c’était l’entretien accordé par Ehud Olmert au quotidien Ha-aretz qui faisait la une de l’actualité, avant de céder la place aux déclarations de l’ancien chef d’état-major sur la capacité d’Israël à se défendre d’une attaque nucléaire iranienne. Une des constantes de la vie de ce pays est, précisément, l’impossibilité de prévoir le lendemain, la menace permanente de l’imprévu qui peut faire irruption et reléguer tout le reste au second plan.
Cette menace permanente de l’imprévu n’est pas la seule constante. Aujourd’hui, deux questions s’imposent de plus en plus et de façon obsédante, liées l’une et l’autre à l’existence même de l’État d’Israël. L’une est la question des frontières de l’État, que le Premier ministre par intérim, qui est vraisemblablement le futur Premier ministre, se dit décidé à fixer dans les quatre ans qui viennent. L’autre est celle du caractère juif de l’État.
Questions vitales et impossibles à éluder. Mais il est douteux que les solutions envisagées pour y répondre soient idéales, à supposer qu’il existe des réponses idéales à de telles questions. Même matérialisées par une clôture, les futures frontières ne seront, ni sûres, ni reconnues. Comment, par exemple, mettre l’aéroport Ben Gourion hors de portée de missiles s’il ne se trouve qu’à 6 kilomètres de la frontière ? La question de la judéité de l’État, quand à elle, est rendue chaque jour plus aiguë par l’évolution démographique de la population arabe israélienne, jointe au fait que 200 000 non juifs sont venus s’établir en Israël à la faveur de l’immigration russe. Multiplier les tracasseries à l’encontre des religieux chrétiens pour les inciter à quitter le pays n’est certainement pas la solution la plus adéquate au problème.
Près de soixante ans après sa création, l’État d’Israël se cherche encore et ne cesse de lutter, plus ou moins maladroitement, pour sa propre survie.
Post scriptum : Cet éditorial venait d’être écrit quand a eu lieu l’attaque de la prison de Jéricho par l’armée israélienne. Parfaite illustration de la place que tient l’imprévu dans l’actualité de ce pays.