Feuilletant sur Internet le quotidien Ouest-France du 30 mai, je m’arrête sur un entretien avec la journaliste Hélène Risser qui, nous dit-on, « a enquêté sur le monde impitoyable de l’audimat ». On y apprend que les programmes « sollicitent plus les glandes lacrymales que les neurones », que les journaux télévisés « ne voient guère plus loin que le bout de la rue », et que « de prétendus débats de société » flattent « le voyeurisme ».
D’apprendre que l’audimat fait la loi à la télévision n’est pas une surprise. La journaliste avoue pourtant : « Ce qui m’a étonnée, c’est que c’est LE critère absolu pour juger d’un programme. Les patrons ne se risquent plus à dire qu’une émission est bonne avant d’avoir vu l’audience. Et cela concerne de plus en plus les chaînes publiques. La plupart des émissions ont des clauses d’audience en dessous desquelles il ne faut pas tomber. Tant que l’émission remplit cet aspect du contrat, tout roule ! C’est pernicieux. »
Plus grave encore peut-être, cette remarque vaut pour les journaux télévisés : « Les présentateurs tirent leur légitimité de l’audience, alors ils mettent en avant les sujets les plus accrocheurs, ou de proximité. Le mauvais temps avant l’Irak, une paillote détruite sur une plage avant la réforme des retraites... [...] Les reportages font l’objet d’un traitement par l’émotion, systématique et gratuit. On commencera toujours par la douleur, les familles en larmes... [...] Ce qui demande de la réflexion est considéré comme ennuyeux. »
Même si on ne tombe pas des nues en lisant ces révélations qui n’en sont pas, on ne peut s’empêcher de formuler quelques réflexions.
Il serait tout à fait invraisemblable que ce qui concerne le conflit israélo-palestinien fasse exception à cette règle de la rentabilité en matière d’audience, et donc que, sur ce point précis, le critère soit celui de la recherche de l’objectivité.
On comprend aussi à quel point il est difficile, quand on vit dans le pays, d’en donner une autre image que celle que diffuse quotidiennement le « magistère cathodique » - pour reprendre une expression dont j’ai oublié l’auteur. Les demandes de nouvelles que nous recevons, les réflexions des pèlerins et des touristes, nous permettent de mesurer l’écart entre l’imaginaire et la réalité. Un visiteur en faisait récemment la remarque, sur une pelouse d’un kibboutz de Galilée : quand on regarde la télévision française, on n’imagine pas que les oiseaux chantent, que le ciel est bleu et que ça sent la vache. Essayer d’expliquer aux spectateurs assidus de la télévision française que Jérusalem n’est pas Gaza et qu’on y est plus en sécurité que dans les banlieues parisiennes, même à onze heures du soir, suscite généralement, au mieux, l’incrédulité et, au pire, l’accusation d’être un agent de la propagande sioniste.
Dernière réflexion : si telle est la loi de l’information, les sondages peuvent-ils être autre chose que des récitations de leçons apprises ? Quand la télévision a montré pendant une semaine des maisons détruites (et elles l’ont été effectivement) et des enterrements de Palestiniens, puis qu’on pose la question : « Que pensez-vous des Israéliens ? », il y a peu de chances que les sondés répondent qu’ils sont gentils.
Nous n’avons jamais cherché, dans les pages de ce bulletin, à cacher les erreurs ou les fautes du gouvernement israélien, ni à minimiser la souffrance de ceux qui en font les frais. Mais le simple bon sens devrait rappeler à chacun ces deux vérités élémentaires : 1. On ne vous dit pas tout ; 2. Si on ne vous dit pas tout, c’est qu’il y a en jeu d’autres intérêts que ceux de la vérité.