Pas de discrimination dans cette ville balnéaire où, depuis 25 ans, une yeshiva (école talmudique) est à l’origine d’un retour à la Tora d’une partie de la population.
Fondée en 1952, Eilat était une ville réputée laïque avec une seule synagogue où, il y a 45 ans, le premier grand rabbin d’Eilat avait de la peine à rassembler le minian (10 hommes) pour la prière. Cette ville est aujourd’hui en pleine mutation, même si les touristes étrangers en particulier, tout à leur baignade, ne s’en rendent pas compte. En plus de ses 28 synagogues très vivantes, de ses restaurants « cashers » (difficiles à trouver il y a 25 ans !), c’est principalement la yeshiva (école talmudique) hesder Ayelet Hashahar qui semble être la dynamique de ce changement. Rassemblant 200 personnes le shabbat, elle propose un programme où de prestigieux rabbins, venant de tout le pays, donnent des cours très suivis, aussi bien par les religieux que par les laïques. D’autres institutions se sont également installées dans la cité et se développent rapidement : le Habad, Bresley, le Shass…
Le style de vie des habitants de la ville, aussi bien religieux que laïques, va en être profondément marqué, tous vivant ensemble, L’influence de cette mouvance spirituelle va toucher la population, s’infiltrant tout naturellement entre voisins, familles, amis, collègues de travail.
Cette ville qui, en 1959, ne comptait que 6 000 habitants, reste avec ses 65 000 résidents actuels un « village » où tout le monde se connaît et se respecte. Tout se vit simplement, sans discrimination malgré le « retour à la religion » de certains. Pas de quartiers religieux ou laïques. Pour le maire Itzhak Halevi, les Juifs religieux apportent une autre dimension à la ville : « Les étudiants de la yeshiva, je les aime ! Pour moi, ils sont le sel de la terre. »
Halevi a le projet d’ouvrir en septembre 09 un lycée-yeshiva, avec déjà 25 inscrits pour cette année. D’après lui cela permettra aux jeunes religieux de la ville de poursuivre leurs études sans devoir quitter leur famille. C’est un signe tangible de la mairie envers la population religieuse : « Vous êtes les bienvenus à Eilat ».
Le rayonnement de la yeshiva provient tout d’abord de la qualité de ses cours. Ouriel Cohen, son directeur, vise haut : que la yeshiva hesder d’Eilat devienne l’une des meilleures du pays, même s’il faut payer cher les voyages de ces rabbins venant de tous les coins d’Israël plusieurs fois par semaine. Et cette renaissance religieuse de la population de la ville en est le fruit. « Parfois nous avons l’impression de vivre dans un monde fou, mais les cours de la Tora sont alors pour nous comme une arche de Noé… un lieu de lumière », dit une habitante d’Eilat.
Pour Orna Sher, c’est un peu pareil : « J’ai grandi dans un quartier laïque de Tel Aviv. Là-bas, les religieux et les non religieux n’avaient pas de relations. Ici, nous vivons côte à côte, partageant nos joies et nos soucis. Nous sommes à Eilat depuis 22 ans, tout simplement laïques. Un ami de mon mari a commencé à prendre des cours à la yeshiva. Mon mari intéressé l’a suivi. Il me racontait à la maison tout ce qu’il avait appris. Je suis donc allée moi aussi une fois, puis deux fois par semaine. Je craignais de rencontrer des religieux qui, pensais-je, se trouvent toujours meilleurs que les autres. Aux cours, ma première surprise a été la diversité des étudiants. Tous nous apprenions ensemble sans aucune différence. Après un cours sur le « Kouzari » (texte de 11ème siècle), tout a basculé : ma manière de voir la vie, le monde. Ces textes qui ont parfois plus de 900 ans restent tellement actuels. » Orna se rend compte que, ce qu’elle a découvert, elle doit le transmettre à ses enfants (9-22 ans). « Prendront-ils conscience de leur héritage, sauront-ils faire les choix essentiels pour leur vie ? » Peu à peu. Orna et sa famille deviennent pratiquants, mais cela ne les isole pas de leurs amis.
Il faut noter aussi que les professeurs comme les étudiants de la yeshiva sont très engagés dans des actions humanitaires de la cité, en particulier envers la population défavorisée.
El Ami est la toute première organisation religieuse d’Eilat créée il y a 25 ans par Michael Abrahamovich. Elle se consacra tout d’abord à développer la seule école primaire religieuse qui existait alors. Aujourd’hui cette école compte 300 élèves, et le collège attenant, 150. Il existe également deux autres écoles religieuses comprenant 500 enfants. En plus de cela, El Ami assure l’enseignement de la Tora dans toutes les écoles publiques.
Beit Hayeoudi. Ouriel Weinberger, son directeur, raconte : « Nous habitions à Goush Katif. Puis nous sommes partis en Inde pour enseigner le judaïsme. Là nous avons ouvert notre maison à ceux qui voulaient en savoir plus sur la Tora. Revenus en Israël, nous avons voulu poursuivre cette action ici. Le directeur de la Yeshiva hesder d’Eilat nous a dit : « installez vous dans notre ville ». Etonnés, nous sommes tout de suite venus. Le mélange de population y est bouleversant. Nous ouvrons notre maison aux locaux, aux étudiants, aux touristes, à des adolescents… » Weinberger plante aussi une tente sur la plage pour y accueillir tous les passants. « D’abord nous leur offrons à manger, puis nous les écoutons et peu à peu nous les amenons sur la voie de la Tora. »
On ne peut pas définir qui est religieux et qui ne l’est pas, à Eilat, chacun adaptant son mode de vie à ses convictions. Ici les codes vestimentaires en particulier sont souples. Par exemple une femme peut aller suivre des cours de Tora en pantalons, sans problèmes.
Ce changement de la ville balnéaire va-t-il faire fuir les touristes ? « Aucun risque » répond le maire. « Car cette ville continuera à maintenir cet esprit qui lui est propre : la tolérance. »
Source : Jérusalem Post édition française du 11 au 17 août 2009