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Etude : Les deux Livres des Maccabées

dimanche 27 juin 2010, par I. C.


Il serait malaisé de trouver une étude historique qui soit vraiment objective, étant donné que chaque auteur envisage 1’Histoire selon ses propres perspectives. Au 19ème siècle, Michelet et Taine nous ont chacun laissé un magnum opus sur le déroulement de la Révolution Française. Mais, il se fait que ces sommes, au demeurant excellentes, arrivent à des conclusions opposées. Dans son Histoire de France, Michelet se laisse souvent submerger par des vues a priori qui le mènent à opposer, dans une sorte de manichéisme politique, un Ancien Régime oppresseur à une Révolution émancipatrice où il semble voir une panacée universelle. Taine, de son côté, interprète, dans Les origines de la France contemporaine, les événements de 1789 comme la source de tous les maux, au point de vouer aux gémonies les promoteurs de la Révolution. Les résultats des travaux de ces deux auteurs sembleraient confirmer que l’Histoire est la plus partiale des sciences.

Vers la même époque, deux auteurs juifs manifestèrent une divergence de vues analogue en abordant l’historiographie de leur peuple. Dans Le Judaïsme et son Histoire, Abraham Geiger discernait, au sein même du judaïsme, un besoin inhérent d’envisager, d’un esprit ouvert, l’environnement de la culture ambiante. Mais, Heinrich Graetz, dans son Histoire des Juifs des origines à nos jours, tenait des propos moins lénifiants. En soulignant la tension permanente qu’il ne cessait d’observer entre les Juifs et leur entourage, il rappelait aux siens le besoin de maintenir leur spécificité. Tout en recourant fidèlement aux mêmes sources, ces deux auteurs étaient manifestement tributaires d’options sociales et politiques dont se ressentait leur ligne de recherche.

Ces différences d’optique n’étaient pas sans précédent, comme le montre la comparaison des livres de Samuel avec ceux des Chroniques où certaines omissions sont symptomatiques. Le Chroniqueur cherche à magnifier les hauts faits de David et du Royaume de Juda, au point qu’en établissant le Temple à Sion, Salomon et son père semblent avoir laissé dans l’ombre Moïse et le Sinaï. A cette fin, l’auteur croit bon de passer sous silence des épisodes peu édifiants, pourtant mentionnés aux livres de Samuel. Entre autres, la rébellion de David contre Saül et son alliance avec les Philistins, le conflit avec Nabal, l’époux d’Avigaïl, l’affaire de David avec Bat-Shéva, le meurtre d’Amnon par son demi-frère Absalom. Cette mémoire sélective dénote un souci de mettre en valeur le Royaume du sud et la maison de David après qu’elle eût supplanté celle de Saül issu de la tribu de Benjamin qui s’était établie au nord.

A l’encontre de cette vue orientée, l’auteur des livres de Samuel porte un témoignage de self-critique nationale. Il reconnaît, certes, qu’Israël n’aurait jamais survécu, au niveau politique et culturel, sans la présence rassurante d’une dynastie stable. Mais il ne manque pas de rappeler tout autant, aux princes de la maison royale et à leurs sujets, qu’ils sont tenus de respecter les standards de la justice prônée par les Prophètes d’Israël.

Bien plus tard, les livres des Maccabées, dénommés extérieurs par les rabbins et deutérocanoniques dans la tradition ecclésiale, dénotent une telle liberté d’interprétation que l’on pourrait, à la limite, se demander s’ils envisagent les mêmes événements. Mais, le doute se dissipe à la pensée, qu’à l’instar des exemples évoqués plus haut, des idées motrices différentes impulsent ces œuvres.

La tentation grecque

La formation des Ecritures hébraïques, telle que nous les connaissons aujourd’hui, a pris fin en –165, avec la parution du Livre de Daniel rédigé en hébreu et en araméen, à l’époque de la dynastie grecque des Séleucides. I Maccabées a été composé vers –100 et relate la prise du pouvoir par les Hasmonéens, à la suite des victoires et des conquêtes de Mattathias et de ses fils Yéhouda, Yonathan et Simon Maccabée. Datant de la même époque, II Maccabées, se limite à une perspective plus restreinte, centrée sur les hauts faits de Yéhouda, le héros de cette épopée. Ces études historiques ont l’une et l’autre survécu dans la version grecque des Septante, avant d’être incorporées par l’Eglise au canon de sa Bible.

Les deux livres en question rapportent des événements survenus à partir du règne d’Antiochus IV, appelé Epiphane, autrement dit, l’Illustre. Parvenu au trône en –175, il se payait de projets prétentieux et prit des mesures dont les effets allaient marquer l’Histoire juive de façon irrémédiable. Ce roi séleucide entendait en effet imposer les us et coutumes de la culture grecque dans tous les territoires de sa juridiction, de façon à établir un mode unique de gouvernement. Mais, imbu de la notion d’un ordre global auquel on ne pouvait soustraire aucun élément sans déliter l’ensemble, il commit – dans le cas d’Israël – l’erreur fatale d’interpréter un pays étranger d’après des schèmes forgés ailleurs.

Comme ce coup de barre suffisait déjà à mettre certains milieux en effervescence, le point de non-retour fut atteint en –168 lorsque Antiochus IV profana le Temple en y introduisant l’abomination de la désolation, autrement dit, un autel en l’honneur de Zeus Olympien. Un tel sacrilège ne pouvait mener qu’à l’insurrection, mais la rébellion, déclenchée à Modi‘in en –167 par le prêtre Mattathias et, poursuivie après sa mort en –166, par son fils Yéhouda Maccabée et ses frères, était autant une guerre civile qu’un combat contre les ingérences indésirables d’un pouvoir étranger. La révolte visait surtout à chasser l’occupant qui voulait imposer sa culture tout en exploitant sans merci les ressources du pays, mais s’en prenait aussi aux Juifs qui avaient accepté de transiger avec l’ancienne tradition.

Cette révolte fut vite couronnée de succès au point que, dès la fin de –164, la Fête de Hanouka, autrement dit, de l’Inauguration, put être célébrée au Temple de Jérusalem qui, après avoir été profané par les Gentils, fut consacré à nouveau au lendemain des premières victoires. Il reste que, durant un quart de siècle, une garnison à la solde des Séleucides resta installée dans la Citadelle de l’Akra et protégeait par sa seule présence au cœur de Jérusalem, les Juifs qui avaient embrassé le mode de vie hellénistique.

Conformément à son désir d’uniformisation, Antiochus IV prit la décision d’imposer un calendrier unique à toutes ses provinces. Cette initiative, aux conséquences imprévisibles, consistait à prescrire l’adoption du calendrier lunaire déjà en vigueur en Macédoine. Un tel changement visait à déterminer non seulement le mode de perception des impôts mais la date des solennités cultuelles en l’honneur du roi divinisé, selon un usage oriental bien connu. Comme il était à prévoir, les réactions ne se firent pas attendre dans la province de Juda où avait prévalu, pendant des siècles, un calendrier solaire d’inspiration sacerdotale.

Soucieux de se ménager des collaborateurs locaux pour imposer la computation grecque, Antiochus Epiphane trouva un allié dans la personne du prêtre Jason ben Simon, frère du Grand Prêtre Onias III. Déjà hellénisé, Jason fut nommé gouverneur du Temple et de la Ville de Jérusalem et se proposa, moyennant la dignité de Grand Prêtre, d’aider le roi à appliquer la réforme administrative basée sur le nouveau calendrier tout en faisant de Jérusalem une Polis qui prendrait le nom d’Antioche. En –175, le roi séleucide destitua le Grand Prêtre Onias III qui, fidèle à l’idéal de son père Simon le Juste, le Grand Prêtre exemplaire de la lignée de Sadoq, refusait de soumettre l’administration du Temple aux caprices d’un pouvoir étranger. Exilé à Antioche de Syrie, il fut remplacé dans la charge de Grand Prêtre par son frère Jason. Dès ce moment un sacerdoce déconsidéré officiait dans un Temple où l’autorité dépendait de tractations d’intérêt financier et stratégique avec la cour séleucide.

Comme un tel arrangement compromettait la paix civile, Antiochus décida en –172 de démettre Jason de ses fonctions, au profit de Ménélas qui ne ménageait rien pour manifester son zèle. Dans un contexte aussi inflammable, l’insurrection ne pouvait être qu’une affaire de temps. Mais, en dépit d’une version patriotique basée sur I Mac., où les Maccabées étaient présentés comme les libérateurs d’un joug étranger, les Hasmonéens qui leur succédèrent durent la dignité du sacerdoce suprême – et partant le rôle d’ethnarques – aux bonnes grâces des souverains séleucides, héritiers d’Antiochus IV, en échange d’une collaboration politique et militaire.

A vrai dire, le sacerdoce hasmonéen n’avait aucune justification biblique puisqu’il ne présentait aucune solution de continuité avec la lignée sadoquite. Les Grands Prêtres de cette dynastie, appelés depuis les règnes de David et de Salomon, les fils de Sadoq, s’étaient succédés sans interruption depuis Aaron ben Amran jusqu’aux jours de Saria qui fut témoin de la destruction du Premier Temple en –587. Son petit-fils, Iehoshua ben Yehotsedek devint le premier Grand Prêtre du Second Temple – restauré au retour de l’Exil en –515 – et ses descendants directs lui succédèrent jusqu’à la fin du pontificat d’Onias III en –175.

Tant aux yeux des Juifs que des étrangers, le Grand Prêtre passait pour le leader religieux et politique de la nation. I Mac. rapporte qu’en –140, une assemblée tenue à Jérusalem conféra à Simon ben Mattathias la dignité de Président, Grand Prêtre et Commandant suprême de la nation juive, en précisant qu’elle était transmissible à ses descendants. De façon symptomatique, I Mac., tout en étant le seul document à rapporter la décision prise en –140, n’a jamais eu l’honneur d’être transmis dans son original hébreu.

Une chronique orientée

Un livre religieux, voire sacré, n’en est pas moins le fruit d’une entreprise où l’humain a sa part. Tout au long de la reconstitution des faits d’une époque, on peut parfois se sentir entraîné dans les méandres d’une chronique orientée où la signification des événements procède de leur fin. A la limite, on aurait l’impression que l’Histoire tend à évoquer les tempêtes dont elle se souvient dans un moment de calme. Force est de reconnaître qu’elle trahit bien souvent un manque compensé par un rêve imaginaire, du fait de la tendance à reconstruire le passé avec les nostalgies du présent.

Tout en se référant aux mêmes événements, les deux livres des Maccabées présentent des différences notables de ton et de perspective qu’il est expédient de comparer pour en dégager les intentions profondes. Même traduit en grec, I Mac. conserve la marque d’une source sémitique qui le différencie de II Mac. où affleurent constamment les sophistications d’un courant de pensée hellénistique. De plus, si I Mac.se limite à l’horizon de la province de Juda, II Mac. suppose une orientation axée sur la Diaspora. Finalement, I Mac. exalte la prééminence de la tribu de Juda, tandis que II Mac. se montre plus préoccupé du sort du judaïsme en général.

L’hébreu face au grec

1 Mac. couvre une période d’une quarantaine d’années, allant de l’avènement d’Antiochus Epiphane en –175 jusqu’à la mort de Simon ben Mattathias et de ses deux fils traîtreusement massacrés dans la forteresse de Dok, près de Jéricho en –134. Ecrit en hébreu biblique, probablement par un auteur résidant à Jérusalem vers –100, l’original a été perdu et nous est parvenu dans la traduction grecque des Septante. Le texte est truffé d’allusions aux récits bibliques et semble leur être redevable d’un style empreint de réserve.

Réduisant la perspective, II Mac. se limite à une quinzaine d’années, allant de –175 à la mort de Juda Maccabée, tombé au combat d’Elasa, au nord de Jérusalem, en –161. Epris de culture hellénistique, l’auteur écrit, sans doute à Alexandrie vers –100, une œuvre grecque dont l’original a été conservé. Si les allusions à la littérature classique de l’Hellade fourmillent, les références à la Bible sont des plus clairsemées. Le style, souvent pathétique, n’hésite pas à faire sensation.

Israël face à la Diaspora

1 Mac. manifeste un intérêt marqué pour la géographie et la topographie d’Israël dont il parle en connaissance de cause. Il insiste principalement sur les faits et gestes des fondateurs de la dynastie hasmonéenne, présentés comme victimes de potentats étrangers, selon le schème bien connu des Gentils harassant les Juifs. Dans une société divisée en factions rivales, les héros du jour sont des hommes de guerre qui sauvent l’honneur de la nation et n’hésitent pas, en cas de besoin, à combattre le jour du Shabbat.

II Mac. Mentionne peu les données topographiques d’Israël, tout en manifestant un intérêt non dissimulé pour la Ville Sainte. Les rois étrangers sont à l’occasion louables et bien disposés à l’égard des Juifs qui jouissent habituellement de la sympathie des peuples d’alentour. La société juive présente un front unifié, à part quelques éléments marginaux dont le comportement est à déplorer. Les héros sont les martyrs dont l’exemple sera source d’inspiration pour les générations à venir. La gravité, voire l’interdiction de combattre le jour du Shabbat sont l’objet de mentions réitérées.

Juda face au Judaïsme

1 Mac. ne mentionne pas nos péchés comme cause éventuelle d’une épreuve qui est due tout simplement à l’hostilité des païens. L’heure du destin peut se montrer favorable aux autres ou à nous selon le cas. Tout en étant animés de bonnes intentions, les martyrs ne solutionnent aucun problème. L’auteur ne mentionne pas de miracles et prend bien soin de rappeler à trois reprises qu’il n’y a plus de prophètes, tout en suggérant que Yéhouda Maccabée et ses guerriers sont les instruments de la colère céleste.

En dépit de son importance aux yeux des Sages, le problème de la rétribution – où les bonnes œuvres sont sanctionnées par une récompense – n’est jamais évoqué. Les prières sont rares, spécialement après le chapitre 5 qui s’ouvre sur l’intervention de Yéhouda Maccabée. Si le Nom de Dieu n’est jamais mentionné, les dénominations Elohim et les Cieux sont quasi inusitées après l’entrée en scène du héros.

II Mac. rappelle que nos péchés ont provoqué la colère de Dieu qui peut détourner sa Face au moment des épreuves. La Providence intervient certes à travers les succès mais ne doit pas être oubliée dans les contrariétés. Le sang des martyrs a valeur d’expiation en sorte que le Très-Haut passe de la colère à la pitié pour accompagner Israël dans sa miséricorde. Les manifestations surnaturelles contribuent à rappeler la présence secourable de Dieu et des anges.

Dans un tel contexte, on ne saurait s’étonner de voir les idées du Cantique : "Cieux prêtez l’oreille !" [Héb. Haazinou ha shamaïm] (Deutéronome 32), apparaître en filigrane tout au long du récit. Ce Chant est du reste cité explicitement pour rappeler que "Dieu aura pitié de ses serviteurs" (II Mac. 7,6). A l’instar du Psalmiste et de plusieurs Prophètes, l’auteur exalte la puissance du Dieu d’Israël qui ne cesse de porter secours à son peuple. Finalement, la perspective tend à dépasser l’horizon de la province de Juda pour envisager le destin même du judaïsme.

La croyance en la rétribution est mentionnée maintes fois, ne serait-ce que par allusion, de façon à manifester l’efficacité de la protection divine. Les prières sont nombreuses et ne manquent pas d’être exaucées par une Providence tutélaire dont l’intervention est rappelée à plusieurs reprises. Dans cette ambiance spirituelle, survient un fait jamais mentionné dans la Bible hébraïque au sujet d’un homme "réuni à ses pères". En effet, le Prophète qui avait tellement aidé les siens à surmonter les épreuves de l’exil apparaît en songe à Yéhouda au moment où une voix déclare : "Cet homme, Jérémie, est l’ami de ses frères. Il prie beaucoup pour le peuple et pour toute la Ville Sainte. " (II Mac. 7,6).

La fin d’un Royaume

Les Sages d’obédience pharisienne, préposés à la fixation du canon biblique, crurent bon de ne pas y introduire I & II Mac. où l’on percevait l’écho des débuts de la saga hasmonéenne. En gardant une attitude réservée vis à vis de tant de récits guerriers, ces maîtres à penser auraient probablement souscrit au dicton d’Erasme, selon lequel : Dulce bellum inexpertis !, autrement dit : “la guerre est douce à ceux qui ne la font pas !”

Ils ne pouvaient oublier non plus, qu’à l’instar des Séleucides, les souverains hasmonéens ne faisaient pas dans la dentelle, d’autant que huit cent pharisiens, accusés d’avoir contesté les idées du moment, avaient été pendus ou crucifiés. On comprend que, dans ces conditions, le souvenir de la révolte, transmis à la postérité rabbinique, ait pu se limiter à la Fête de Hanouka destinée à commémorer la reprise du culte traditionnel au mont Sion.

Les Pharisiens, dont l’influence était loin d’être négligeable, se rendaient compte que l’épopée maccabéenne avait porté au pouvoir des leaders juifs qui finirent par revêtir la pourpre des rois grecs. Il eût certes été difficile de ne pas succomber aux attraits des restes de l’Empire d’Alexandre, dont les confins touchaient l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Une culture européenne, soudain fécondée par l’Orient, eut en effet le don de faire éclore, à ce moment, des fleurs exotiques qui allaient inspirer toute une civilisation. Dans le sillage des conquêtes du roi de Macédoine, le charme printanier du miracle grec se mit à irradier dans tous les domaines en offrant une vision renouvelée du monde. Véritable enfant de la Méditerranée, il allait laisser, de l’Oronte à l’Indus, une marque indélébile sur l’univers religieux et culturel des peuples orientaux les plus disparates.

Si les gouvernants hasmonéens finirent par s’emparer d’un vaste territoire où le judaïsme était loin d’être majoritaire, il s’agissait en fait d’un royaume d’apparence hellène, dans sa titulature et sa composition, au point qu’en –104, le Grand prêtre Aristobule I pouvait se rengorger de porter le titre de Philhellène. Portant à la fois des noms grecs et juifs, ces souverains au petit pied frappaient monnaie à leur nom ... voire à leur effigie. Toute l’organisation de leur pouvoir civil et militaire, nonobstant l’écrasante présence du Temple, reposait sur des modèles étrangers. De tels bouleversements n’étaient pas sans causer de l’irritation, car, une fois parvenus au trône de David, ces roitelets se contentaient de perpétuer, dans un décor provincial, des idées venues d’ailleurs.

Les Hasmonéens en arrivaient à imiter les rois grecs, jusque dans les intrigues de leurs dissensions familiales. Mais, le jour vint où deux princes rivaux de la maison royale, Hyrcan et Aristobule, commirent l’erreur fatale d’oublier que le premier précepte de l’ambition est de ne pas la montrer. Néfastes l’un pour l’autre et prisonniers d’un horizon étroit, ces frères eurent en effet l’imprudence de recourir au Grand Pompée – qui venait d’établir ses quartiers en Syrie – pour trancher le problème de la succession au trône.

Représentant d’une puissance qui prenait de plus en plus intérêt à un pays situé au carrefour de trois continents et, de surcroît, susceptible de servir de zone tampon face à la présence menaçante des Parthes, à l’est de l’Euphrate, le Consul ne manqua pas de saisir l’occasion au vol. En – 63, il monta à Jérusalem en grand arroi, puis, intrigué par le caractère mystérieux du Sanctuaire, il vint au Temple et pénétra dans le Saint des Saints, tout en se gardant de ne rien y toucher. Mais, à la sortie, l’Imperator dont le péché mignon n’était pas la complaisance, scella le destin de la Ville Sainte en la livrant aux légions qui n’en firent qu’une bouchée. Sans trop de surprise, on se rendit compte, qu’une fois sur place, les Romains s’y complurent au point de vouloir y rester. Mais, comme la prière à l’étoile la fait briller, le souvenir de la Cité de David allait encourager l’âme sans cesse renaissante d’Israël à entretenir l’espoir d’y revenir un jour.

Le dénouement imprévu de cette page d’Histoire semblait montrer qu’on avait oublié ce qu’un écrivain israélien allait rappeler, deux mille ans plus tard, dans La rose de Jéricho : d’Amos Kenan.

"L’Histoire de la Grèce décrit un contact entre le vent de la mer et l’écume des vagues, tandis que la destinée d’Israël dépend d’une rencontre entre le souffle d’en haut et l’herbe d’en bas. " Il est vrai qu’en abordant la terre des Prophètes, on a l’impression de pénétrer dans un monde à part où l’on pourrait penser que si les philosophes parlent avec les Grecs des principes de raison pure, les anges, eux, descendent parfois chez les Juifs pour leur tenir des propos mystérieux.


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