Avertissement : L’idée d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat d’Israël est souhaitable et
souhaitée depuis 1937. Elle a en effet été proposée pour la première fois par le rapport
d’enquête britannique Peel et rejetée unanimement par les Arabes. Sanctionnée par le vote
de l’ONU, en novembre 1947, rejeté unanimement par les Arabes. Acceptée par l’Egypte aux
accords de Camp David (1978). L’Egypte a été mise au ban de la Ligue Arabe. C’était le
fondement des accords d’Oslo (1993). Ils n’ont pas été suivis d’effets : la charte de l’OLP n’a
jamais été modifiée et prône toujours la destruction de l’Etat d’Israël (1).
Ce qui vient ci-dessous ne vise donc pas à refuser la solution de « deux Etats pour deux
peuples ». Au contraire, il s’agit d’examiner les obstacles idéologiques qui empêchent cette
solution. Prendre conscience de ces obstacles est la condition sine qua non de la mise en
oeuvre réelle et effective de cette solution .
Cette expression revient souvent chez les Palestiniens (2), mais elle plonge
l’historien dans la perplexité. Jusqu’au XXème siècle, il n’y a d’historique dans la
Palestine que deux points :
1) le nom : Philistie qui désignait le pays des Philistins, l’étroite bande côtière
de Gaza à Ashdod où s’étaient installés ces populations venant de la mer au XIIème
siècle avant notre ère (3). Elles ont disparu en tant que peuple distinct au plus tard au
VIIème siècle avant notre ère. Il n’est resté que leur nom pour désigner cette région
étroite, et en grec cela donnait : Palestina.
2) la décision de l’empereur Hadrien, en 135 de notre ère : après avoir maté la
révolte des Juifs, menée par Bar Kokhba, et furieux contre eux, il a voulu éradiquer
les Juifs de la terre qui leur avait donné leur nom : la Judée. L’empereur romain a
effacé ce nom en renommant l’ensemble de la région Syrie-Palestine (4) et Jérusalem
Aelia Capitolina (5).
Depuis cette date, la « Palestine » n’a jamais rien représenté d’autre qu’une
division ou le plus souvent des subdivisions administratives, aux limites mouvantes et
variables au gré des maîtres de la région. Le chef-lieu en était Césarée, à l’époque
romaine et byzantine, Ramallah sous la domination musulmane.
A l’époque ottomane tardive, elle était divisée en trois districts, dont les chefslieux
étaient Acre, Naplouse, et Jérusalem, d’abord rattachés à la province de Syrie.
En 1888, les deux premiers districts étaient intégrés à la province de Beyrouth. Etant
donné l’activité intense d’Européens à Jérusalem, où Juifs et chrétiens étaient
majoritaires, le sultan décida d’ériger son district en mutessariflik (gouvernorat) dont
le mutessarif (gouverneur musulman) était directement responsable devant les
autorités de Constantinople (6).
Depuis la destruction de l’Etat juif au Ier siècle de notre ère et pendant dix-neuf
siècles, il n’y a eu sur cette terre qu’un seul Etat souverain et indépendant avec
Jérusalem pour capitale : le royaume croisé de Jérusalem.
La « Palestine historique », décrite comme s’étendant du Liban à l’Egypte et de
la Méditerranée au Jourdain (7), ne constitue pas davantage une entité géographique
comme l’on parle de la Beauce ou du massif Central. Un tel territoire représente des
unités géographiques différentes : la plaine côtière, les monts de Judée, la Samarie, la
vallée du Jourdain etc. Géographiquement parlant, pour désigner cet ensemble
hétéroclite, il est plus exact d’employer l’expression Levant sud.
La « Palestine historique » ne correspond pas non plus à la Palestine mandataire
confiée aux Britanniques par la SDN en 1920 (8). Le mandat incluait en effet la
Transjordanie, à l’Est du Jourdain. Par un coup de force, Abdallah fils de Hussein du
Hidjaz s’y est installé et, en 1922, les Anglais, pensant s’acquitter ainsi de leurs
promesses aux Arabes, ont décrété un mandat séparé sur la Transjordanie, reconnue
comme émirat arabe (9). Cet émirat obtiendra l’indépendance en 1946 en tant que
« royaume hachémite de Jordanie ».
Enfin, l’expression « Palestine historique » passe sous silence la réalité de
l’empire ottoman. L’ensemble du territoire de l’empire était propriété du sultan. Ce
qui permettait de différencier des entités en son sein était le statut des personnes :
turcs, arabes musulmans, druzzes, et les dhimmis, chrétiens ou juifs.
La première charte de l’OLP, en 1964, ne revendique d’ailleurs la terre qu’au
nom de l’arabité : « La Palestine est une terre arabe, unie par des liens nationaux
étroits aux autres pays arabes. Ensemble, ils forment la grande nation arabe. » Après la
guerre des Six Jours, la charte a été modifiée pour introduire la notion de « peuple
palestinien » : « la Palestine est la patrie du peuple arabe palestinien ; elle constitue
une partie inséparable de la patrie arabe, et le peuple palestinien fait partie intégrante
de la nation arabe » (article 1er de la charte de l’OLP modifiée en 1968).
La « Palestine historique » n’a donc d’historique que la volonté de nier le lien
du peuple juif à la terre d’Israël. En témoignent, jusqu’à aujourd’hui, la carte de la
« Palestine » inscrite dans le sigle du Hamas comme dans celui de l’OLP.
* * *
(1) Voir l’interview de Mahmoud Abbas à la télévision palestinienne, le 2 juin 2011 :
http://www.memritv.org/clip/en/0/0/... où il affirme : « il n’a jamais été question de
reconnaître un Etat juif ». Et aussi l’interview de Nabil Shaath : “Nous n’accepterons jamais la solution
de deux Etats pour deux peuples » (13 juillet 2011) :
http://www.memritv.org/clip/en/0/0/...
(2) Voir par exemple, la conférence de Mgr Sabbah, à l’Institut catholique de Paris, le 23. 04. 2001 :
http://www.ccfd.asso.fr/comprendre/... ou encore les déclarations d’Omar Massalha, ancien
représentant palestinien à l’UNESCO, à un débat sur France 24, le 6. 05.2011 :
http://www.france24.com/fr/20110505....
(3) Voir la carte des territoires philistins et des royaumes d’Israël et de Juda aux environs du IXème
siècle avant notre ère : http://antikforever.com/Syrie-
Palestine/Philistins%20Arameens/philistins.htm#localisation
(4) Cette décision fut prise un siècle après la crucifixion de Jésus de Nazareth. C’est pourquoi le nom
« Palestine » n’est jamais employé dans le Nouveau Testament. Voir la carte de la province romaine de
Judée au temps de Jésus : http://www.mideastweb.org/isrlate.htm.
(5) Ilya en est la transcription dans les sources arabes jusqu’au IXème siècle. Les Juifs et les chrétiens ont
toujours conservé l’usage du nom « Jérusalem ».
(6) Voir l’état des divisions administratives ottomanes en 1914 :
http://www.unimaps.com/jordan1914/i...
(7) Voir ci-dessus n. 2 et ci-dessous l’emblème du Hamas et de l’OLP.
(8) Voir la carte du mandat : http://www.unimaps.com/jordan-pal19....
(9) En 1937, le rapport de la Commission royale (britannique) pour la Palestine envisageait déjà un plan
de partage avec la création d’un Etat juif indépendant et le rattachement de la Cisjordanie à la
Transjordanie pour former un Etat arabe indépendant dont l’émir Abdallah serait le souverain. Voir : J.
Gottmann, « Le problème palestinien et le projet de partage du pays », Annales de Géographie. 1938, t.
47, n°265. p. 102.

- Logo de l’OLP

- Logo du Hamas
Nota Bene : Aujourd’hui, les Palestiniens existent et cela suffit à justifier leur
volonté d’indépendance. Fonder leur revendication sur une négation de l’histoire, en
occultant les conquêtes arabe, mamelouque, turque et jordanienne, donnerait à penser
qu’ils veulent moins leur propre Etat que la destruction d’Israël.