"Nous sommes en pleine fête de la Nature, comme si nous avions retrouvé le vieux symbole idolâtre de "l’arbre sacré" !", s’exclame le Dr A.C. Merzbach. Toute sa réflexion sur Tou-Bichvat (nouvel an des arbres) explique "qu’un nouvel An des arbres ne peut se concevoir dans le Judaïsme que comme un repère pour une Halakha, pour une loi thoraïque".
Il est vrai qu’on peut lire dans la Bible en Lévitique 19/23 que, dès leur arrivée en terre de Canaan, les fils d’Israël planteront des arbres fruitiers, mais pendant trois ans on ne mangera pas de leur fruit... Le 15 Shevat, fête qui se célèbre entre la fin janvier et la mi-février (cette année le 13 février) est le bon moment pour le plantation, enseignaient les sages du Talmud : la terre a reçu la plus grande partie des pluies d’hiver, elle est dans l’attente de celles du printemps. Cette fête dont il est fait mention dans la Michna servait à délimiter la mise de côté de la dîme de l’année écoulée et la séparer de l’année à venir.
Fête d’action de grâces pour les fruits de la création. Ce caractère festif se développe en Diaspora au 16e siècle. "Nostalgie, sans doute, de la terre promise, si lointaine dans l’espace mais si proche dans la mémoire du cœur", écrit Rina Geftman Cette fête fut introduite sur la terre d’Israël par les Cabbalistes à Safed au 16e siècle. Ils l’ont intitulée "jour de la dégustation des fruits". On mange des fruits et on en apprécie la saveur. On jouit des fruits de l’arbre qui sont la nourriture de l’homme, et cette jouissance nous fait collaborer avec Dieu dans l’acte même de la Création.
Enfin, le Nouvel An des arbres prit un nouveau tournant au vingtième siècle avec le retour du peuple juif en Palestine. Les pionniers sionistes, dès 1910, plantèrent d’innombrables arbres dans les terrains qu’ils avaient préalablement défrichés et asséchés. Aujourd’hui le KKL, le Fond National d’Israël, favorise la plantation de forêts dans tous le pays. Cette fête fut l’occasion de resserrer le lien du peuple avec la terre en le faisant participer aux plantations. Comme le dit le Docteur Merzbach : "Tou bi-Shevat, c’est la joie du peuple retrouvé qui se renforce pour l’avenir en respectant son passé."
Et en 2006, le parti politique Kadima a annoncé qu’il allait planter 50 000 arbres dans le Néguev, selon le nombre de ses adhérents. David Ben-Gourion se réjouirait !
De nombreuses classes d’écoles iront également planter des arbres ce jour-là. On mangera partout des fruits secs, même à la banque... Et le marché semble ne vendre plus que des fruits secs et non secs en ce jour.
Des kibboutzim de Galilée avec un groupe de rabbins pour les Droits de l’Homme planteront des oliviers dans le village arabe de Kfar Salem, en geste de réparation des oliviers coupés (tronçonnés) par des juifs extrémistes.
Ecoutons les voeux de Rina Geftman aux arbres :
"Bonne et heureuse année. Puissiez-vous ne plus jamais servir à des fins de guerre, ni être détruits par la haine des hommes, mais puissions-nous (vous, arbres de toute espèce, et nous, hommes de toute provenance) vivre en paix ensemble et nous inviter "sous la vigne et le figuier", comme l’annonça le prophète Zacharie (3,10)."
Livres cités :
"L’homme retrouvé" par le Dr A.C. Merzbach (Media Press 1986)
"L’offrande du soir" par Rina Geftman (Le Cerf 1994)