Il ne se passe pas de jour sans que les moyens d’information n’évoquent l’invraisemblable aventure de Benny Séla. Violeur en série, Benny Séla purgeait une peine de trente-cinq ans de prison. Convoqué au tribunal le 24 novembre, il a réussi à tromper la vigilance de ses gardiens en descendant du fourgon et à disparaître dans la nature. Depuis lors, il est introuvable.
Les questions n’ont pas tardé à se poser : comment avait-il pu être convoqué au tribunal un vendredi matin alors qu’il n’y a jamais d’audiences ce jour-là ? Comment un prisonnier gardé dans des conditions de haute sécurité aurait-il pu se faire envoyer une fausse convocation ? Avait-il des complices ? Comment avait-il pu sauter un mur de deux mètres de haut menottes aux mains ? Il est vrai qu’il est ceinture noire de karaté et qu’il avait continué à s’entraîner dans sa prison...
L’histoire a fait aussitôt la une de la presse écrite et des bulletins d’information - reprise même par les journaux de Mea Shearim, qui se contentaient cependant de parler d’un « dangereux criminel », sans entrer dans le détail des forfaits dont il s’était rendu coupable. Puis, les informations ont commencé à se déverser à la police, encouragées en partie par la promesse d’une prime : jusqu’à plus de mille appels le même jour. On l’avait vu un matin dans la banlieue nord de Tel-Aviv ; il avait été formellement identifié vingt minutes plus tard dans la banlieue sud ; des témoins l’avaient aperçu circulant à moto ; un homme se promenait librement en ville avec des menottes aux mains... Sa photo, bien sûr, avait été largement diffusée. D’abord concentrées sur l’agglomération de Tel-Aviv et la plaine de Sharon, les recherches se sont déplacées vers le nord, où sa connaissance du terrain pouvait lui permettre de se cacher. Puis, la police a demandé à la presse d’être discrète sur le déroulement des opérations.
Où est passé Benny Séla ? De quoi vit-il ? Et - nouvelle question que l’on commence à formuler, pour dire qu’elle n’est pas à l’ordre du jour : faut-il créer une commission d’enquête - une de plus - sur les éventuelles déficiences de la police ? Seules certitudes : Benny Séla demeure introuvable, et les recherches qui mobilisent 3000 policiers depuis 10 jours coûtent à l’État entre un million et deux millions et demi de sheqels par jour, soit entre 180 000 et 450 000 euros.