Isaac Elchanan est l’ancêtre qui a donné à la famille Rothschild son nom. La petite maison étroite dans la « Rue des juifs » à Francfort-sur-le-Main en Allemagne, où il habitait, avait au dessus du portail une plaque où l’on pouvait lire : Zum Rotem Schild (A l’écusson rouge). Isaac Elchanan prit ainsi cette enseigne comme nouveau patronyme : « Rothschild ». Isaac a un modeste commerce de prêt sur gages et c’est son fils Mayer Amschel Rothschild (1744- 1812) qui va transformer ce commerce en une banque reconnue. Amschel Mayer a 7 enfants dont 5 fils. Il devient même le gérant de la fortune de Guillaume Ier, électeur de Hesse-Cassel. Tous deux sont amateurs de pièces de monnaies anciennes, d’objets anciens en argent et en or. Mayer Amschel saura faire fructifier les deux fortunes.
En 1806, Napoléon approche de Francfort et le prince met sa fortune en sécurité chez Mayer Amschel qui, au moment critique, livre aux Français sa propre fortune, mettant ainsi à l’abri celle du prince. Avant de reconstruire la sienne il dit à ses fils déjà adultes : « Nous travaillerons ensemble avec loyauté, concorde et industrie, mais on rendra au prince ou à ses successeurs jusqu’au dernier centime ». Il enverra chacun de ses fils créer une filiale de la banque familiale à Londres, Paris, Vienne, Naples et Francfort, ce qui donnera les cinq branches de la famille. En 1812, Amschel Mayer meurt, et en 1813, Napoléon perd la guerre. Le prince Guillaume revient de l’exil et retrouve tous ses biens, gardés par la famille et qui ont fructifié. Le prince donne à la banque familiale toute sa confiance et celle-ci grandit jusqu’à devenir une légende. L’héritage du père de famille : « Honnêteté, travail, union », devient le symbole familial d’Amschel Mayer et leur blason porte les 5 flèches qui symbolisent les 5 branches de la famille. Le 29 septembre 1822, l’empereur d’Autriche François Ier élève au rang de baron les 5 fils. La fille ainée d’Amschel Mayer se marie avec Benedikt Moses Worms de la dynastie banquière de Worms. Et des mariages entre branches permettent à la famille de garder le contrôle de ses activités, leur donnant même la capacité d’investir.
Le renom de la famille Rothschild parvient très rapidement aux communautés juives, par leurs actions philanthropiques.
Leurs banques de Francfort, Londres et Paris sont souvent sollicitées tant par les particuliers que par les organismes, et la famille est vite devenue « maison royale » pour de nombreux juifs qui la visitent. Aussi lorsque le rabbin Tsvi Hirsh Kalisher a l’idée de « sauver Israël par son retour au pays », il pense très vite aux familles Rothschild pour la réaliser. Il écrit son idée à Asher Amshel, le fils aîné à Francfort, en 1836.
En 1840, les Juifs de Damas en Syrie sont accusés d’avoir assassiné un moine chrétien pour se servir de son sang à la fête de Pâque. Les chefs de la communauté sont arrêtés et torturés. Certains en meurent. Soixante trois enfants juifs sont pris en otage pour faire avouer les parents. Les communautés juives du monde entier sont au courant des menaces qui pèsent sur celle de Damas et une délégation parvient auprès de Méhémet Ali à Alexandrie en Egypte, qui, à cette époque, a autorité sur cette province. Parmi cette délégation il y a Moshé Montefiori de Londres et Adolf Crémieux de France. La famille Rothschild signe la lettre. James Rothschild, alors consul honoraire d’Autriche à Paris, reçoit du consul d’Egypte un compte-rendu de ce qui se passe à Damas ; il le publie dans les journaux pour que le public français et du monde entier soit au courant. Il prévient rapidement son frère Salomon à Vienne qui avertit Metternick, le chancelier autrichien, alors très influent, pour pousser Mohamet Ali a supprimer cette légende infâmante de Damas. Tout ceci aboutit à relâcher les Juifs de Damas et à sauver la communauté de cette ville.
Cette affaire impressionne fortement le rabbin Yehuda Haï Alkalaï, sioniste religieux avant l’heure : si des Juifs importants ont réussi à sauver la communauté de Damas, ils peuvent aussi et doivent sauver tout Israël en les faisant venir dans leur pays.
La famille Rothschild, avec (Yaakov) James de Paris en tête, voit comme une obligation et un honneur d’agir pour les Juifs de Palestine et spécialement de Jérusalem. Cette communauté vivote grâce à l’argent de la diaspora. En 1853, la guerre éclate entre la Turquie, qui règne sur la Palestine, et la Russie qui veut être le tuteur des chrétiens orthodoxes de tout l’empire ottoman, et qui exige des droits spéciaux pour l’église orthodoxe en Terre d’Israël. La France et l’Angleterre s’unissent à la Turquie, et c’est la « Guerre de Crimée » qui dure trois ans. Ceci réduit fortement les dons d’argent pour la communauté locale, et met fin à l’aide venant de Russie. Les Juifs de Jérusalem en souffrent beaucoup, les chefs des communautés implorent l’aide de leurs frères de la diaspora. Le baron James Rothschild vient à leur aide et envoie le précepteur de ses propres enfants, également conseiller financier, le docteur Albert Cohen, professeur à l’école rabbinique « Bar Orion », écrivain et l’un des dirigeants du mouvement de Hibat Tsion (Les Amants de Sion). A son arrivée à Jérusalem en 1854, il découvre que de nombreux juifs souffrent de diverses maladies et qu’ils doivent se faire aider par les hôpitaux que les missionnaires chrétiens ont fondés. Albert Cohen n’hésite pas, avec l’argent de son maître à Paris et avec l’aide des familles Rothschild d’Autriche et d’Italie, il fait construire un hôpital dans la vieille ville, avec le meilleur matériel moderne et il fait venir de l’étranger un médecin juif. L’hôpital s’appelle « Meïr Rothschild ». Pendant des dizaines d’années, la maison Rothschild survient aux besoins de l’hôpital, pour la communauté juive de Jérusalem. Cet hôpital préparera le terrain pour les centres hospitaliers Hadassa. En plus de cela, Albert Cohen fonde, avec l’argent des Rothschild, plusieurs institutions sociales dans la ville : une pour les enterrements, une pour la distribution de 600 pains pour les plus pauvres, les sabbats et les veilles de fête, une caisse d’aide pour les femmes enceintes dans le besoin, et un début d’école professionnelle pour les enfants et les femmes. Avec l’argent de la famille Rothschild d’Angleterre, il crée l’école pour filles : « Evelyne de Rothschild ». Durant des années, Albert Cohen s’occupe fidèlement de ces fondations. Quatre fois, il fut envoyé par la maison Rothschild à Jérusalem, pour veiller à leur développement. Pendant sa visite de 1956, il publie le premier feuillet en hébreu, avec pour titre « nouveau guide ».
L’intervention de la maison de Rothschild, et spécialement de James de Paris, pour la construction et le développement de Jérusalem est de plus en plus importante.
Suite à l’augmentation de la population juive à Jérusalem, nait le besoin de reconstruire une nouvelle synagogue. Il fut décidé que celle de rabbi Yehuda ha Hassid, qui était en ruines soit reconstruite. En 1855, Moshé Montéfiori reçoit le permis des autorités, et c’est le baron James qui finance. La pierre de fondation est posée en présence de son fils ainé Alfonse. Lors de la dédicace, le bâtiment reçoit le nom de « Maison de Yaacov », du nom du baron Yaacov (James) de Rothschild, qui a lieu en sa présence, en fin d’année 1864.
Ces mêmes années, on construit le quartier d’habitations « Batei Mahassei » à Jérusalem, comprenant deux très grands bâtiments, don du baron Karl Wilhem Wolf Rothschild de Francfort, et qui servent de logement aux meilleurs élèves. Ces bâtisses existent encore aujourd’hui et sur l’une d’entre elles les armoiries de la famille Rothschild sont gravées dans la pierre.
Le blason de la famille Rothschild
L’écusson est maintenu d’un côté par une licorne, de l’autre par un lion. Dans le blason divisé en quatre parties, des symboles de force : en haut à gauche, un aigle, symbole de la principauté autrichienne qui a ennobli la famille Rothschild. En bas à droite, de nouveau le lion. En bas à gauche, le bras qui porte les 5 flèches, des 5 branches de la famille, en haut à droite, la main qui resserre l’unité. Au centre, un chapeau que les Juifs de Francfort devaient porter dans le ghetto. En dessous la devise de la famille inscrite en latin :
Concordia- Integritas-Industria.