Le contexte historique
C’est avec les années 1880 que commence à proprement parler la première vague
d’immigration (alya) dite ‘sioniste’ alors que les communautés juives de Russie sont
frappées par de violents pogroms. Les ‘Amants de Sion’ sous la direction de Léon Pinsker
(1821-1881) s’organisent et récoltent des fonds pour aider ceux qui désirent monter en
Palestine. Le mouvement propose l’établissement d’un foyer national sur un territoire
autonome. Les ‘Amants de Sion’ vont fonder une vingtaine de localités comme Hadera,
Rehovot, Petah Tikva etc.... qui deviendront plus tard de véritables villes. De nombreux
projets de développement sont soutenus par le Baron Edmond de Rothschild. De 1881 à
1893, près de 600 000 juifs quittent la Russie mais seulement 10 000 d’entre eux
s’installent en Palestine.
C’est avec le mouvement politique de Théodore Herzl (1860-1904) que le projet sioniste
va connaître un véritable essor. Le nouveau yichouv (population), appelé ainsi pour le
distinguer de l’ancien yichouv qui est surtout religieux, commence avec la deuxième alya
(1904-1914). Plus de 40 000 personnes, majoritairement des juifs d’Europe orientale
constituent cette nouvelle immigration. Idéologues, ils sont marqués par le communisme
et le marxisme. Parmi eux, se trouvent David Grün qui prendra le nom de David Ben
Gourion et Itzhak Ben Tsvi, qui sera le second président de l’Etat d’Israël. Le premier
Kibboutz voit le jour en 1909 à Deganiah, au bord du lac de Tibériade et c’est à cette
époque que se mettent en place de nombreuses structures (politiques, militaires et
sociales) qui jetteront les bases du futur Etat.
Alors que la troisième alya (1919-1923) conduira en Palestine près de 35 000 personnes
(85% immigrés de Russie) également fortement marquée par les idéaux révolutionnaires
et socialistes, la quatrième (1924-1928) et la cinquième (1929-1939) amènera
essentiellement des juifs fuyant la montée de l’antisémitisme en Europe. Ce sont près de
320 000 immigrés qui débarqueront sur les rivages de la Palestine lors de ces deux
dernières vagues d’immigrations.
Tel Aviv, fondée en 1909 pour abriter une soixantaine de familles compte déjà en 1926
plus de 150 000 habitants. Enfin, l’usage de l’hébreu, dont Eliezer Ben Yehouda voulut
faire une langue quotidienne parlée et écrite, s’impose peu à peu dans tout le yichouv à
partir de 1910.
La déclaration Balfour
Pendant la première guerre mondiale, alors que le mouvement sioniste trouve de
nombreux soutiens en Grande Bretagne, le gouvernement de Sa Majesté qui a des vues
sur le Moyen Orient en général et sur la Palestine en particulier, exprime son soutien au
mouvement national juif. Le 2 novembre 1917, Lord Arthur James Balfour, ministre des
Affaires étrangères britanniques dans une missive adressée au Lord Rothschild déclare
que son pays soutient le projet d’un foyer juif en Palestine :
Cher Lord Rothschild,
J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa majesté, la déclaration cidessous
de sympathie à l’adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au
cabinet et approuvée par lui.
‘Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine
d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la
réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter
atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine,
ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays.’
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de
la Fédération sioniste.
Arthur James Balfour
Si la Grande Bretagne fut la première puissance à soutenir officiellement le projet
sioniste, il n’en reste pas moins que cet acte politique fut ambigu et guère compatible avec
la promesse faite en 1916 à Hussein de la Mecque par Kitchener, ministre de la guerre, de
former un royaume arabe recouvrant toute la péninsule arabique et le Croissant fertile.
Après leurs victoires sur les Ottomans, les Britanniques installèrent une administration
militaire puis civile en juillet 1920 dont le premier Haut commissaire fut Sir Herbert
Samuel, un des artisans de la déclaration Balfour. En juillet 1922, la Société des Nations
confia à la Grande Bretagne la charge de préparer la création d’un foyer national juif. Le
nombre d’habitants arabes était alors de 660 000 alors que le nombre de juifs s’élevait à
84 000.
Les bases du futur Etat d’Israël étaient jetées.