Voir : la préparation à la Guerre des Six Jours
Le 5 juin 1967, l’aviation israélienne attaque à 7h 45 presque tous les aéroports ennemis. A cette heure là, les pilotes égyptiens, revenus de leur première veille, prennent le café. A la frontière sud d’Israël, les chars s’élancent dans le Sinaï quelques minutes plus tard. En quelques heures, les 200 avions d’Israël détruisent l’aviation égyptienne, syrienne et jordanienne, beaucoup plus importantes en nombre ; certains avions ont fait jusqu’à 8 sorties dans cette même journée grâce aux « rampants » qui permettent aux avions de repartir très vite. Au Sinaï, Tsahal entre par les 3 passages obligés : Gaza au Nord, Bir Gafgafa au centre et Abu Ageila plus au Sud.
Vers 10h 45 le roi Hussein bombarde Jérusalem, malgré le message qui lui est envoyé par Lévi Eshkol et Abba Even et transmis par le général Od Bull, commandant des observateurs de l’ONU « Nous ne prendrons l’initiative d’aucune action contre le royaume Hachémite. Néanmoins, si la Jordanie déclenche les hostilités, nous réagirons de toute notre force et son roi aura la responsabilité des conséquences qui en découleront ». (Y.Cuau, Israël attaque, Robert Laffont, p,171).
Israël n’a gardé qu’une petite force armée dans le couloir de Jérusalem et leur commandant Uzi Narkiss donne ordre d’éviter toute provocation « mordez-vous les lèvres, mais ne répondez pas s’ils se contentent de faire du bruit pour sauver la face » .Mais ayant entendu Nasser proclamer la destruction de l’aviation d’Israël, U.Narkiss du corridor de Jérusalem téléphone à Teddy Kollek, le maire de Jérusalem israélienne : « ces imbéciles tiennent absolument à faire de toi le maire de la Jérusalem réunifiée ».
Vers midi, Od Bull réussit à faire accepter le principe d’une trêve à Jérusalem, mais les radios égyptiennes annoncent à tous les Arabes leur victoire et c’est la confusion générale. Israël, tout en ayant bien compris que la victoire est assurée, les Egyptiens n’ayant plus d’aviation, reste silencieux. Peu après midi les Jordaniens entrent dans le palais du Gouverneur de l’ONU à l’Est de Jérusalem, position stratégique depuis 1948 et la radio jordanienne de Ramallah annonce la prise du mont Scopus au Nord.
Le gouvernement d’Israël vient d’accepter de riposter. Ces nouveaux combats ne leur facilitent pas la tâche et ce sont des réservistes qui combattront en premier puisque ce nouveau front n’était guère prévu. En début d’après-midi une brigade de parachutistes prête à s’envoler pour le Sinaï, est envoyée pour renforcer les hommes qui combattent à Jérusalem. D’abords frustrés, c’est eux qui auront l’honneur d’attaquer la vieille ville de Jérusalem. C’est là qu’ils reprennent le chant nouvellement composé par la jeune Noémie Shémer qui par la suite ajoutera un couplet : « Si je t’oublie Jérusalem, Jérusalem d’or pur
Que ton nom brûle mes lèvres
Comme un baiser d’ange de feu
Jérusalem d’or, de cuivre et de lumière
De quelque voix que je te chante,
Tu es dans toutes mes chansons »,br>
A 17h ils sont dans la ville juive de Jérusalem et à 0h 20 ils lancent l’attaque. Pendant 2 jours les Jérosolémitains israéliens seront dans les abris.
Le 6 juin, Tsahal prend les villes de : Djénine, Ramallah, Jéricho, Kalkilia, non sans grandes pertes, mais l’armée est sauvée chaque fois par l’aviation. Tout autour de Jérusalem les combats sont féroces et les pertes importantes pour les deux côtés car on évite d’endommager les lieux saints. On se bat au Mont Sion, au Mont des Oliviers, à Abu-Tor, sur la colline d’Augusta Victoria. Le soir, l’encerclement de la vieille ville est total.
Au Nord du pays, les Syriens attaquent le kibboutz Dan aux sources du Jourdain, mais ils se rendent compte maintenant, que les Arabes sont en mauvaise position. Ce sont les habitants restés au kibboutz qui défendent le Nord car l’armée dans son ensemble est au Sinaï.
vNasser qui voit sa défaite sur le terrain, attaque à la radio les « impérialistes américains », et en fin d’après-midi, la rupture est signée au Caire entre l’ambassadeur des USA et l’Egypte. L’Algérie, la Syrie, le Yémen, le Soudan et l’Irak suivent l’Egypte, mais Hussein est furieux contre Nasser qui l’a trompé et ne rompt pas ses relations avec l’Amérique ni avec l’Angleterre.
Les Soviétiques ne suivent pas les accusations de Nasser contre les USA, sachant quelles sont fausses.
La marine Israélienne quitte Eilat en direction de Charm el Cheikh.
Au Conseil de Sécurité, tout le monde vote pour un cessez le feu, y compris Fédérenko le Russe. L’Egypte refuse celui-ci, le roi Hussein également, ce qui arrange bien Abba Even et Gidéon Raphaël de la délégation d’Israël.
Le mercredi 7 juin, Tsahal continue de foncer vers le canal de Suez et arrive au détroit de Tiran à Charm el Cheikh.
A Jérusalem, on décide de pénétrer dans la vieille ville par la porte des Lions, proche du quartier musulman ; après 10 minutes de tir d’artillerie, les parachutistes avancent en longeant les murs. Il est 10 heure quand Motta Gur annonce à la radio : « la montagne du Temple est entre nos mains ». Moshé Dayan et Itzhak Rabin entrent dans la vieille ville ; tous les deux sont incroyants, mais M.Dayan dépose un petit papier entre les pierres du Mur : « Que la paix règne sur Israël », et prenant de vitesse le gouvernement il déclare : « Ce matin, l’armée de défense d’Israël a libéré Jérusalem. Nous avons ressoudé les morceaux de cette Jérusalem coupée en deux et divisée. Nous sommes de retour dans les plus saints de nos lieux, nous sommes revenus pour ne plus jamais nous en séparer ». (Y .Cuau, Israël attaque p, 248) La bataille a été très dure au Nord de la ville, mais les autres quartiers n’ont pas souffert.
La population juive croit rêver. Cette campagne de Jordanie non prévue, est un miracle, « elle a été gagnée par le Dieu des armées » répète-t-on dans tout Israël.
En même temps l’armée d’Israël est là tout le long du Jourdain où de nombreux Palestiniens traversent le fleuve, apeurés.
Au Sud de Jérusalem, Bethléem, Hébron se sont rendues sans combattre.
Au Nord, les Syriens et les habitants des kibboutzim se tirent dessus, mais des représentants des agriculteurs de Galilée rencontrent Ygal Allon, vice Premier ministre et ministre du travail, demandant qu’on intervienne contre les positions syriennes du Golan qui sans cesse les harcèlent. M. Dayan ne veut rien risquer sans être sûr de la victoire, sachant que les Syriens sont aidés par les Russes sur le Golan.
Le jeudi 8. Tsahal atteint le canal de Suez, ayant coupé la retraite aux milliers de soldats égyptiens.
Aux Nations Unies, l’Egypte annonce par la voix du secrétaire général de l’ONU, qu’elle capitule. Les autres pays arabes sont furieux et la Syrie qui ne s’est pas battue, accepte le cessez le feu et se plaint des attaques d’Israël. En effet, tôt le matin, les avions juifs attaquent, et 2 brigades de soldats israéliens surgissent, hirsutes, fatigués, mais dérireux de participer à ce règlement de compte avec la Syrie.
A Jérusalem, la vie normale reprend son cours du côté israélien, et partis d’Eilat, deux bateaux : l’Angela et l’Amalia franchissent le détroit de Tiran dans la soirée.
Vendredi 9 juin. Sur le bord du Canal, les soldats de Tsahal se reposent après cent heures ininterrompues de combat et les journalistes sont en tournée dans le Sinaï. Ils découvrent les milliers de véhicules de la 4ème division égyptienne. C’est la terrible tragédie des soldats égyptiens qui errent sans eau dans le désert. A Ismaïlia les Egyptiens ont coupé l’arrivée d’eau et ils ne tiennent pas à ce que ces malheureux racontent ce qu’ils ont vécu.
Sur le plateau du Golan, la guerre commence, malgré le cessez le feu. Il faut “foncer” et Moshé Dayan donne l’ordre sans que Lévi Eshkol soit bien renseigné sur la situation de la région. Itzhak Rabin n’avait pas tellement prévu la campagne contre la Jordanie, mais il connaît par cœur la situation de cette ligne de fortification du Golan, l’une des plus importantes jamais construite, durant 19 ans par les Syriens avec l’aide des Russes. Un général américain en parlera à la fin de la guerre comme « d’un Monte Cassino fortifié à la manière de la ligne Maginot ». (Y. Cuau, Israël attaque, p, 285). Les Israéliens attaquent là où on ne les attend pas, sur la pente la plus abrupte, avec 3 bulldozers qui sont dirigés au milieu des champs de mines. Sur le plateau, tous les tanks juifs sont touchés et beaucoup d’hommes blessés, mais en fin de journée la route de Kuneitra est ouverte. Plus au Nord les Golanis, une des meilleures unités de Tsahal, combattent furieusement ; ces combats seront les plus durs et les pertes énormes.
A l’ONU Gideon Raphaël n’est pas à son aise, sachant que les troupes de Rabin ont attaqué une Syrie qui a accepté le cessez le feu. A lieu une joute verbale entre lui et M.Fédérenko.
Pendant ce temps au Caire, Nasser annonce sa démission à la télévision égyptienne. Mais la foule se retrouve dans la rue criant : « Nasser, Nasser, ne nous quitte pas ; Nous avons besoin de toi. » Même clameur dans les autres pays arabes, sauf en Algérie où il est appelé « le traître », ainsi qu’en URSS. Le fils d’Abdel Kader el Husseini ne participe pas à ce défilé, il se rend au siège de l’OLP et il hurle : « C’est fini ! Tournez la page ! Notre cause, notre combat est ailleurs ! En Palestine !... » (Ch.Enderlin, p, 246).
Samedi 10 juin. Tsahal qui a pris la première ligne syrienne avance. Mais le gouvernement baassiste de Syrie, inquiet, annonce la chute de Kuneitra où résident des conseillers russes. Les soldats syriens qui s’étaient beaucoup battu la veille sont démoralisés et c’est la débandade. En arrivant à Kuneitra, 6 officiers russes sont capturés et très vite remis à l’ambassade russe à Tel Aviv. Le silence est de rigueur. Le soir, tout le Golan est pris par Tsahal, mais les pertes sont lourdes : 120 morts et plus de 300 blessés. Les Syriens ont perdu 2 brigades d’infanterie, plus de 100 chars sont détruits et 200 pièces d’artilleries sont récupérées par Tsahal.
En Europe, les sympathies pour David au mois de mai, se tournent vite du côté du perdant contre les penchants du petit David « dominateur ».
La Russie coupe ses relations diplomatiques avec Israël. Gideon Raphaël annonce l’arrêt des combats, ce que Washington apprécie.
Les Arabes ont perdu 430 avions, 800 chars ; Israël une quarantaine d’avions, une dizaine de Fouga Magister et une centaine de chars.
Plus tard Moshé Dayan dira ; « un armement ne fait pas une armée » et Ezer Weizman, chef des opérations de l’armée de l’air : « ils avaient des avions, mais pas d’aviation ».
A la suite de longs débats, le 19 juin, une résolution approuvée à l’unanimité par le gouvernement Israëlien est soumise à l’Egypte et à la Syrie par l’entremise de l’administration Johnson :
« A l’Egypte un traité de paix sur la base de la frontière internationale et les besoins de sécurité d’Israël. La bande de Gaza fera partie du territoire israélien. Le traité de paix comprendra : la promesse de liberté de navigation dans le golfe d’Eilat et le détroit de Tiran, la liberté de navigation par le canal de Suez. La libre navigation aérienne au-dessus du détroit de Tiran et du golfe d’Eilat, la démilitarisation du Sinaï. Jusqu’à la conclusion d’un traité de paix avec l’Egypte, Israël gardera sous son contrôle les territoires qu’elle occupe.
« A la Syrie, Israël propose un traité de paix sur la base de la frontière internationale et les besoins de sécurité d’Israël. Un tel traité comprendra une démilitarisation du plateau du Golan syrien occupé actuellement par les forces de Tsahal. La promesse formelle que la Syrie n’empêchera pas les sources du Jourdain de couler vers Israël. Jusqu’à la conclusion d’un traité de paix, Israël gardera sous son contrôle les territoires qu’elle occupe.
« Les réfugiés : la conclusion d’une paix au Proche-Orient et la coopération régionale qui s’instaurera créeront la possibilité d’un règlement international et régional du problème des réfugiés ».(Ch.Enderlin ,p,232).
Damas et le Caire « n’accepteront qu’un retrait sans conditions de tous les territoires, et cette guerre terminée n’apportera aucun changement dans leurs relations juridiques et territoriales avec Israël ».
(Réouven Pedatsour. Nitsahon ha mevoukha,Bitan. 1996).