Les « Amants de Sion », baptisé au début "l’Amour de Sion", est un mouvement national juif né en Russie après les pogromes de 1881 pour favoriser l’émigration du peuple juif vers la terre d’Israël.
Déjà dans les années 1860, des personnes comme Tsvi Hirsh Kalisher, Yehuda ben Shlomo Alkalaï et Moshé Hess eurent l’idée d’un retour à Sion, mais ils n’eurent pas d’écho auprès des intellectuels. Les pogromes de 1881 réveillèrent l’attention de juifs vivant en Russie et en dehors, qui fondèrent le mouvement des « Amants de Sion ». Le mouvement « Bilou » faisait parti de ce courant qui prônait le retour en terre d’Israël. Le livre de Yehuda Leib Pinsker, « L’auto émancipation » émit les bases idéologiques du mouvement, et à sa suite, d’autres courants s’unifièrent sous la direction de Pinsker, Lilienblum et du rabbin Samuel Mohaliver. Nombreux parmi ces membres firent parti de la première immigration qui eut lieu en 1882.
Le 6 octobre 1884, dans la ville de Katowice à la frontière russo-allemande, à l’initiative de Pinsker et de Lilienblum, la commission de fondation du mouvement se réunit, sous le nom de « Conférence de Katowice ». A cette rencontre participèrent 36 représentants du mouvement provenant de Russie, d’Allemagne, de Roumanie, de France et d’Angleterre. 18 membres furent élus comme comité de direction dont le siège serait à Berlin. Le président élu fut Pinsker et le président d’honneur Mohaliver.
La seconde conférence du mouvement eut lieu à Drusknik, en 1887. Lors de celle-ci des dissensions apparurent entre les jeunes laïcs dont Ussichkin et Dizengoff et les religieux à propos de la direction. Un compromis fut adopté : Pinsker et Lilienblum continueraient à diriger le mouvement, et les religieux auraient la moitié des sièges dans le comité de direction. La longue maladie de Pinsker provoqua une crise dans le mouvement et son ralentissement. A cette époque le document de Ahad HaAm « Ce n’est pas la route » fut publié, demandant des changements importants dans la conduite du mouvement. Ahad Ha Am, au lieu de convaincre les Juifs de la Diaspora de « monter » en Eretz Israël, écrivait qu’il valait mieux « préparer les cœurs à comprendre les besoins nationaux ». Ses idées furent la base de fondation du mouvement secret « Les fils de Moïse ».
En 1889 à Vilna, la troisième conférence se réunit et les religieux se renforcèrent. Abraham Grinberg fut élu en remplacement de Pinsker, et Mohaliver devint son adjoint.
En 1890 le mouvement reçu des autorités russes le permis de fonder la « Société de soutien aux Juifs travaillant la terre ou ayant un atelier en Syrie et en Terre d’Israël », document qui en somme reconnaissait officiellement les « Amants de Sion » par une autorité politique. Le conseil central de la Société est baptisé « Conseil d’Odessa ». En 1890, Pinsker fut de nouveau élu président. Les Amants de Sion fondent aussi l’association "Langue Claire" pour la résurrection et la propagation de la langue hébraïque, et éditent différentes œuvres littéraires.
Cette même année les persécutions reprirent contre les Juifs en Russie, avec surtout l’expulsion des Juifs de Moscou qui fournit une seconde vague à la première immigration. Aux immigrants se joignit le président du mouvement Zéev Tiomakin, qui essaya un nouveau mode d’implantation en Eretz Israël : des localités indépendantes sans tuteurs. Ainsi naquirent Hadera et Rehovot. Le mouvement soutint également des villages agricoles qui n’étaient pas aidés par le baron de Rothschild et il apporta son aide à la fondation d’écoles juives. Avec la création de l’Organisation Sioniste Mondiale par Herzl, la grande majorité des membres des Amants de Sion rejoint le mouvement Sioniste.
De nombreux adhérents des « Amants de Sion » émigrent en Terre d’Israël et participèrent à la fondation des villes de Rishon LeZion, Rosh Pina, Zikhron Yaakov, et d’autres encore. Ils comptent parmi les pionniers de Petah Tikva, fondé par un groupe formé à Jérusalem, et qui devra abandonner momentanément l’endroit, faute de conditions viables. Enfin le « Conseil d’Odessa » fut dissout en 1919 par les Bolcheviques.
Mis en ligne le 23 octobre 07