Un site chargé d’histoire
La source d’Ein Geddi (en hébreu : la source du chevreau) domine de 200 mètres la mer Morte qu’en Israël on appelle la « Mer de Sel ». C’est là que David s’est retiré, fuyant la fureur de Saül.
C’est surtout le lieu d’une rencontre mémorable entre les deux hommes : « Lorsque Saül fut revenu de la poursuite des Philistins, on vint lui dire : Voici, David est dans le désert d’Ein Geddi. Saül prit trois mille hommes d’élite sur tout Israël, et il alla chercher David et ses gens jusque sur les rochers des boucs sauvages. Il arriva à des parcs de brebis, qui étaient près du chemin ; et là se trouvait une caverne, où il entra pour se couvrir les pieds. David et ses gens étaient au fond de la caverne. Les gens de David lui dirent : Voici le jour où le Seigneur te dit : Je livre ton ennemi entre tes mains ; traite-le comme bon te semblera. David se leva, et coupa doucement le pan du manteau de Saül. Après cela le coeur lui battit, parce qu’il avait coupé le pan du manteau de Saül. Et il dit à ses gens : Que le Seigneur me garde de commettre contre mon seigneur, l’oint de l’Éternel, une action telle que de porter ma main sur lui ! car il est l’oint de l’Éternel. Par ces paroles David arrêta ses gens, et les empêcha de se jeter sur Saül. Puis Saül se leva pour sortir de la caverne, et continua son chemin. Après cela, David se leva et sortit de la caverne. Il se mit alors à crier après Saül : O roi, mon seigneur ! Saül regarda derrière lui, et David s’inclina le visage contre terre et se prosterna. David dit à Saül : Pourquoi écoutes-tu les propos des gens qui disent : Voici, David cherche ton malheur ?
Tu vois maintenant de tes propres yeux que l’Éternel t’avait livré aujourd’hui entre mes mains dans la caverne. On m’excitait à te tuer ; mais je t’ai épargné, et j’ai dit : Je ne porterai pas la main sur mon seigneur, car il est l’oint du Seigneur.
Vois, mon père, vois donc le pan de ton manteau dans ma main. Puisque j’ai coupé le pan de ton manteau et que je ne t’ai pas tué, sache et reconnais qu’il n’y a dans ma conduite ni méchanceté ni révolte, et que je n’ai point péché contre toi. Et toi, tu me dresses des embûches, pour m’ôter la vie ! ... » (1S 24, 1-8)
Le site de Ein Geddi fut habité dès le 4ème millénaire avant JC. Un temple chalcolithique y a été découvert. Il était entouré d’un mur de clôture en pierres. Le sanctuaire comprenait une pierre dressée polie, un autel en fer à cheval et des niches dans lesquelles ont été retrouvés des ossements d’animaux. Le temple fut sans doute laissé à l’abandon vers 3000 avant JC.
Nous savons également qu’au 7ème siècle avant JC, au temps du roi Josias, un modeste village juif avait été construit sur le sommet de la colline. Il fut détruit en 582. Il n’y eut plus alors qu’une occupation épisodique.
Ein Geddi, au 1er siècle de l’ère chrétienne, fut un lieu de refuge lors de la première révolte juive. Il se trouve également mentionné plusieurs fois dans les lettres envoyées par Bar Kochba à l’un des ses officiers. Le chef de la deuxième révolte (132-135) s’était lui-même réfugié dans une grotte au sud de l’oasis qui domine le Nahal Mishmar pour échapper aux troupes d’Hadrien.
A l’époque Byzantine, la présence juive est bien attestée. On y a découvert une très belle synagogue du début du 4ième siècle, ornée de mosaïques, qui ressemble beaucoup aux synagogues mises au jour en Galilée comme à Tibériade, Séforis ou Beit Alpha. Sur le pavement de la partie occidentale, cinq inscriptions en hébreu et araméen mentionnent les noms des bienfaiteurs et un passage du livre des Chroniques.
Depuis la création de l’Etat d’Israël
En 1953, c’est une unité militaire du Nahal qui va établir un camp sur ce lieu chargé d’histoire. Loin de toutes localités habitées, les jeunes militaires vont dormir sous des tentes. Ein Geddi est difficile d’accès et très peu d’Israéliens peuvent s’y rendre à cette époque.

- Zalman Shazar à Ein Geddi en 1956
En janvier 1956, il y a tout juste 50 ans, le président de l’Etat Zalman Shazar se rend à Ein Geddi et dans un discours enflammé annonce la création d’un Kibboutz. Il faut faire refleurir le désert, déclare le chef de l’Etat. Un groupe de jeunes, certains ne sont que des adolescents, remplis de zèle, viennent s’y installer. Au départ, il n’y a que de modestes baraques et des installations mais le rêve est clairement défini : il s’agit de construire un kibboutz moderne avec de vraies maisons et des installations adéquates. Les débuts ont été particulièrement difficiles. Il fallait ôter de nombreuses pierres, faire venir les matériaux de loin et surtout s’affronter à une terre particulièrement peu fertile. L’été la chaleur était tout simplement insupportable et l’hiver, les rares pluies qui tombaient dans les wadis inondaient tout et les coupaient du monde extérieur.

Les pionniers ont très vite « maîtrisé ces inondations » et construits un conduit pour récupérer l’eau au dessus du Nahal Arougot. En 1959, les membres du Kibboutz s’installent dans leurs nouveaux bâtiments en contre-haut de Ein Geddi près du Nahal Arougot. Les premiers enfants du Kibboutz vont conduire à l’ouverture d’une crèche en 1963 et un an plus tard, on inaugure l’école maternelle.
La grosse chaleur d’Ein Gedi allait se révéler comme un avantage. Les pionniers développèrent une technique appropriée pour la culture des tomates qui permit de pouvoir les vendre sur le marché avant la saison habituelle.

- Tous sur un tracteur, en route pour un mariage
Dans les années 60, les membres du Kibboutz ouvrirent une maison d’hôtes pour les touristes et au fil du temps, cette activité se développa. Le paysage désertique conjugué avec celui de la Mer Morte enchanta les Israéliens qui se rendirent de plus en plus nombreux sur les lieux. Alliant le sionisme au romantisme, des jeunes couples décidèrent de venir se marier à Nahal David, qui inspira à Salomon le Cantique des Cantiques, selon une tradition juive.
Chaque Kibboutz a ses traditions. En 1973, pour le premier jour de la fête de Hanouka, est lancée une course aux flambeaux qui deviendra traditionnelle. Les enfants qui y participent doivent courir de Massada à Ein Geddi en se transmettant une torche.

- Traditionnelle course de Hanouka (1973)
Enfin, le Kibboutz s’est également spécialisé dans le sauvetage dans le désert et les soins d’urgence pour les nombreux touristes et marcheurs qui visitent la région. Ils ont créé une unité spéciale de sauveteurs bénévoles qui peut intervenir de jour comme de nuit.