Il y a quelques semaines, le Président Shimon Pérès a accompagné à Nazareth un bus rempli des plus grands hommes d’affaires israéliens pour y visiter les compagnies Hi-Tech arabes… L’heure d’une coopération plus étroite a sonnée.
La minorité arabe est nettement moins représentée dans le secteur professionnel technique du pays. Parmi tous les ingénieurs en Haute-Technologie d’Israël, on compte 500 arabes soit 4%, sachant que les arabes représentent 20% de la population au total. L’explication largement répandue pour ces statistiques avance les résultats décevants de ces derniers dans les hautes études. Mais ceci n’explique pas pourquoi les arabes diplômés par les meilleures universités du pays souffrent souvent de désavantages d’embauche comparés à leurs camarades de promotion juifs. « Il n’y a pas de discrimination intentionnelle, mais la réalité est celle d’une discrimination » souligna Shimon Pérès lors de son passage à Nazareth. Nombre d’entre eux partent à l’étranger après leurs études, ou finissent par accepter des postes moins qualifiés ou moins bien payés comme l’enseignement.
Nashri Said a commencé par donner des cours universitaires de physique avant de fonder la NGT (New Generation Technology), l’incubateur high-tech israélo-arabe (structure d’accompagnement de projets de création d’entreprises) notamment en métallothérapie. Le laboratoire et les bureaux de la NGT se trouvent au second étage d’un building encore en travaux de la zone industrielle de Nazareth, la Silicon Valley israélo-arabe. A côté de la NGT, se trouve MIT Soft, compagnie de main-d’œuvre High-tech que MIT (Institut de technologie) a mis en place pour venir en aide aux Arabes Israéliens de ce domaine, ainsi que Tsofen, une organisation à but non-lucratif qui forme les Arabes diplômés en Sciences au marché du travail.
Les entreprises High-tech israéliennes sont actuellement de plus en plus disposées à embaucher des Arabes, et ce davantage que dans d’autres domaines prestigieux comme le Droit ou les Finances. Il semblerait que l’High-tech relève davantage de la méritocratie, et ne dépende pas autant de la langue et de la culture. Ce jeune secteur qui est en pleine croissance fait d’Israël un pays innovant et ouvert dans tous les sens du terme. Avishay Braverman, Ministre chargé des Minorités, a déclaré qu’il espérait très bientôt bénéficier de 180 millions NIS - la moitié de la somme en provenance du gouvernement, l’autre moitié venant du secteur privé - pour les Arabes professionnels dans le domaine de l’industrie. La bonne nouvelle vient du fait que le secteur privé est devenu conscient de la gravité de la situation et prend des mesures pour changer les choses. Quelques-unes des compagnies High-tech les plus importantes sont connues désormais pour donner du travail aux Arabes comme aux Juifs, et ce sans distinction raciale mais sur le seul critère de la qualification. En tête des ces sociétés on compte Intel, HP, Amdocs et SAP. Après la visite de Pérès à Nazareth en janvier dernier, 40 industriels juifs et arabes ont rencontré le Premier Ministre Binyamin Netanyahu. Pérès et Netanyahu se penchent avec attention sur les entrepreneurs israélo-arabes. L’enjeu est important. Israël aspire à devenir membre de l’OECD, Organisation pour la Coopération et le Développement Economique, à laquelle appartiennent les 31 principales démocraties industrialisées du monde. Avishay Braverman appelle les PDG israéliens à « apprendre à leurs départements en Ressources Humaines à remplir les postes vacants par des Arabes qualifiés ».
La question de la sécurité est souvent évoquée pour expliquer les « différenciations » à l’embauche qui touchent les Arabes Israéliens. L’argument de la peur pourrait selon certains être chassé s’ils avaient fait comme les autres leur service militaire… En outre, l’industrie israélienne aujourd’hui n’est plus seulement militaire mais en grande partie civile. Mais souvent, c’est aussi une différence de code conventionnel qui frappe à l’embauche : Tsofen forme désormais ses élèves avant de rencontrer les employeurs israéliens, par exemple la modestie ou les yeux baissés (marques de respect pour les Arabes) peuvent passer pour un manque de confiance en soi ! Facteur encourageant : les Arabes qui aspirent à une carrière dans la Haute-technologie sont des personnes déterminées, qui s’attachent plus aux possibilités qu’aux obstacles.
Le Docteur Samer Hamed, 37 ans, vient d’ouvrir sa compagnie High-tech à Nazareth, Remedor Biomed, il y a deux mois, après avoir développé « une médecine innovante qui booste le mécanisme naturel du corps pour la réparation des os ». « Israël donne désormais aux Arabes davantage d’opportunités dans la Biomed (Médecine Biologique) et dans le High-Tech, souligne Hamed. « On a toujours vécu ensemble, mais on a peu travaillé ensemble. Or cela peut changer les relations entre Juifs et Arabes ». La technique n’a pas fini de nous surprendre…