Sous la pression de l’OECD, le gouvernement élève le ton contre les ouvriers étrangers. Le but : 100 000 travailleurs en moins en 2 ans. Les moyens, la multiplication des contrôles, et de lourdes peines.
Pour la 7ème fois ces dernières années, paraît un nouveau plan destiné à limiter le nombre de travailleurs étrangers clandestins. Le gouvernement espère que la réalisation de ce plan permettra une réduction de 50 000 à 100 000 en deux ans du nombre des travailleurs étrangers.
D’ici le début de l’année prochaine, 30 000 à 50 000 ouvriers étrangers devraient quitter Israël de sorte que 30 000 à 40 000 nouvelles places de travail seraient libérées pour des Israéliens. Le taux de chômage devrait diminuer et les salaires augmenter. En Israël, il y a actuellement 255 000 ouvriers étrangers, dont la moitié sont illégaux. A ces derniers s’ajoutent des dizaines de milliers de "réfugiés" (Darfour, Soudan et Erythrée), qui ont traversé la frontière égyptienne et 25 000 Palestiniens.
Proposé par une commission interministérielle, le projet vise à pénaliser ceux qui emploient des travailleurs illégaux et à limiter l’entrée de ces derniers sur le territoire national.
Dans le cadre de ce projet, des peines criminelles ainsi que des amendes pouvant aller jusqu’à 10 000 shekels pourront être imposées aux employeurs de travailleurs clandestins. Les entreprises qui embaucheront des immigrés clandestins encourront jusqu’à 25 000 mille shekels d’amende par travailleur.
Il a encore été décidé que les employés du service de l’Immigration auront le droit, avec la permission d’un tribunal, de visiter aussi les maisons privées de l’employeur, les usines, les fermes, etc.
Pour encourager les ouvriers étrangers à quitter Israël, il a été fixé que le montant de la retraite ainsi que le solde de licenciement leur seraient versés dans des comptes à part, et que l’argent leur serait donné uniquement lors de son départ du pays. Les agences pour l’emploi devront payer des frais de chômage aux ouvriers étrangers ayant perdu leur travail.
Lors d’une conférence de presse présentant les différents points de ce programme, le chef du gouvernement Binyamin Netanyahu a expliqué que l’on ne peut pas permettre aux populations juives orthodoxes et arabes d’entrer sur le marché du travail tout en autorisant le travail illégal : "C’est ce qui se passe actuellement" a-t-il déclaré, "notre obligation est tout d’abord envers les pauvres de nos villes et de nos villages. La présence d’ouvriers étrangers clandestins empêche l’entrée sur le marché du travail de populations entières et a pour conséquence une baisse des salaires."
Netanyahu a déclaré qu’Israël était tenu par les directives de l’OECD dans sa politique d’immigration, mais il a clairement affirmé que ces nouvelles décisions n’auront d’impact ni sur la situation des enfants des ouvriers étrangers ni sur celle des réfugiés : "On continuera à tenir nos obligations morales envers ces populations" a-t-il promis à la suite des demandes du ministre de l’Education Guidon Saar et du ministre des Affaires Sociales Itzhak Herzog.
Le plan : une rhétorique vide
Les associations en faveur des étrangers et les institutions pour les Droits de l’Homme sont contre le nouveau plan du ministre de l’Economie Yuval Steinitz. D’après eux, le paragraphe qui spécifie que, si un travailleur n’a pas l’emploi pour lequel il est venu dans le pays, il sera expulsé au bout de 90 jours, accorde une force telle aux employeurs que les ouvriers leur seront liés poings et pieds, et entraînera de nouveaux excès dans l’exploitation de ces derniers. "Les décisions du gouvernement sont de la rhétorique vide ; elles n’apporteront aucune diminution, mais au contraire une augmentation du nombre d’étrangers, surtout des clandestins" ont soutenu les organisations de défense des travailleurs étrangers. Selon elles, "au lieu de diminuer l’arrivée de nouveaux ouvriers, et d’obliger les agences à employer les ouvriers qui sont dans le pays, Netanyahou et Steinitz décident de façon arbitraire et illégale de renvoyer les travailleurs étrangers présents actuellement dans le pays et permettent ainsi aux agences d’en faire venir de nouveaux".
Ils ont également déclaré que ce programme s’oppose au jugement du tribunal de ces dernières années. "Une partie des paragraphes qui limitent la liberté des agences à changer les employeurs, disparaît et ceci renforce "l’esclavage moderne", ont affirmé les membres des Droits du Citoyen.
D’après ces associations, le gouvernement actuel a accordé l’an dernier de nombreux permis permettant à des étrangers de travailler en Israël, pour assouvir l’appétit des corporations d’employeurs. Même de hautes personnalités du gouvernement, comme le couple Barak, ont employé de façon illégale des travailleurs étrangers !