Itamar Ben Avi (1882-1943), journaliste hébreu, fils de Eliezer Ben Yehuda.
Itamar Ben Avi (1882-1943), journaliste hébreu, fils de Eliezer Ben Yehuda.
Itamar Ben Avi est né dans la vieille ville de Jérusalem. Il est le fils aîné d’Eliezer et de Devora Ben Yehuda. Il reçut le prénom de Ben Zion, mais arrivé à l’âge adulte, il décida de le changer en Itamar et de transformer son nom en Itamar ben Avi, Avi étant l’acronyme de Eliezer Ben Yehuda. Dès sa naissance, son père, connu alors sous le surnom de « celui qui ressuscite la langue hébraïque » proclama qu’il serait « le premier enfant hébreu ». Eliezer Ben Yehuda décida d’éduquer son enfant sur la base de la pureté de la langue hébraïque, et ne permit à quiconque ne parlait pas cette langue de s’approcher de lui. Dans la mesure où, en ces années-là, seule une poignée pouvait parler hébreu couramment, Itamar grandit dans un milieu isolé, éloigné des enfants de son âge. La famille vivait dans la pauvreté et la restriction et souffrit de l’excommunication sociale infligée par les gens du « Vieux yishuv », des Juifs religieux qui virent dans l’œuvre laïque de Eliezer Ben Yehuda un acte de profanation de la langue sacrée. Son enfance exceptionnelle fut décrite des années plus tard dans le livre pour enfants que rédigea l’écrivain Devora ‘Omar.
Un autre sujet de la vie privée de Itamar Ben Avi, qui agita la société hiérosolymitaine de l’époque, fut son amour pour Léa, une voisine d’enfance, fille d’une des familles sépharades respectées de Jérusalem. L’amour de Itamar et de Léa fut confronté à de nombreuses difficultés, dans la mesure où la famille de la jeune fille refusait de lui permettre d’épouser celle qu’il aimait à cause de la position sociale discutable de sa famille. La jeune fille fut envoyée compléter ses études secondaires à l’étranger, dans l’espoir que cela mettrait fin à cette histoire d’amour, mais Itamar publia ses chants d’amour à Léa dans le Journal de son père, et même signifia que sans son aimée, la vie ne valait pas d’être vécue. Grâce à la pression des lecteurs hiérosolymitains du Journal, la mère de la jeune fille consentit finalement à l’accorder en mariage à Itamar. Tous deux demeurèrent fidèles l’un à l’autre le restant de leurs jours.
Adulte, Itamar Ben Avi étudia d’abord au Séminaire pour enseignants, puis à l’Université de Berlin. Lorsqu’il revint en Israël, il fut le bras droit de son père et l’aida à la rédaction de ses journaux. En 1919, Itamar Ben Avi fonda le journal Doar Ha-Yom, premier journal en hébreu du matin et il en fut le rédacteur en chef jusqu’en 1929. Cette œuvre, dont le début fut la collaboration avec le groupe des « constructeurs » qui incluait avant tout des gens de la première vague d’immigration et du vieux yishuv, prépara en fait le chemin au nouveau journalisme hébreu sur la terre d’Israël.
Les fossés et les conflits entre les anciens de la première vague d’immigration et les gens de la seconde vague qui avaient pris les positions clefs dans l’establishment sioniste à partir des années vingt du 20ème siècle et au delà, rendirent le journal de Itamar Ben Avi tabou pour les gens de la seconde vague d’immigration, et beaucoup partirent publiquement en guerre contre lui. Doar Ha-Yom fut l’entreprise d’un journalisme combattant, vivant et rebelle, mais il manqua malgré tout totalement d’écho dans le public pour ne pas avoir été parti prenante de l’establishment sioniste dominant.
Outre son travail de journaliste, Itamar Ben Avi prit une part active dans l’activité publique sioniste en faveur de l’Etat dont la création se préparait, et qu’il appelait « La Judée indépendante ». Itamar voyagea dans tout l’univers et fit des conférences dans divers cadres sur sa doctrine en rapport avec l’œuvre sioniste.
Une des plus grandes réussites publiques de Itamar Ben Avi sur la terre d’Israël fut sa participation à la fondation de la ville de Netanya. Il est possible de voir un témoignage de son importante contribution dans le quartier de Newe Itamar qui est proche de la ville et qui porte son nom. Portent également son nom un boulevard et un lycée de la ville elle-même.
D’un point de vue historique, il semble que Itamar Ben Avi fut parmi les premiers qui réussirent à comprendre le problème de l’existence juive-arabe sur la terre d’Israël et qui travaillèrent à chercher une solution. Après les émeutes de 1920, où les Arabes se vengèrent contre la population juive, il réussit à obtenir que Hassan El Husseini, président du « Comité arabe supérieur » rencontre le président de la direction sioniste de Jérusalem. Il proposa de diviser la terre d’Israël en cantons (districts autonomes) juifs et arabes, et même d’allouer un canton aux chrétiens de la région de Bethléem. Le programme suscita une vive opposition au sein du yishuv juif et le désaccord avec Zeev Jabotinsky. Finalement la rencontre entre le « Comité arabe supérieur » et la direction sioniste ne put avoir lieu.
De même, lorsque la « Commission Peel » publia les propositions de programme de répartition de la terre d’Israël en 1937, Itamar Ben Avi fut parmi les premiers à la soutenir. Il publia pour l’occasion un journal où il exprima son accord sans réserve à ce programme. Ses paroles furent très critiquées, cependant un mois plus tard, la direction sioniste accepta elle aussi de suivre cette même voie.
Durant des années, Itamar Ben Avi manifesta de la sympathie pour la personnalité du dictateur fasciste Benito Mussolini. En 1942, en pleine Seconde guerre mondiale, il envoya une proposition qui arriva jusqu’au seuil de la Maison Blanche dans laquelle il se disait prêt à servir de médiateur entre l’Occident et Mussolini. Ce dernier avait en effet proclamé, vingt années auparavant, que Itamar Ben Avi était particulièrement bienvenu en Italie. La proposition fut, bien entendu, repoussée.
En plus de ses activités publiques, Itamar Ben Avi apporta une contribution décisive au renouvellement de la langue hébraïque. Parmi les nombreux termes qu’il proposa : Indépendance, voiture, déception, journaliste, périodique, radio, dispensaire, diplomate, parapluie, plafond, cuirassé, incident, précédent, et beaucoup d’autres.
Beaucoup des gens de sa génération virent en lui un visionnaire, un homme se libérant de sa petite enfance destinée à des choses impossibles. En fait, la réalité ne lui permit pas de réaliser tous ses rêves. La distance entre l’establishment sioniste et lui-même, son appartenance durable à la génération de la vague d’immigration précédente, empêchèrent sa pleine intégration dans la vie politique de l’époque, et dans une certaine mesure, sa personnalité demeura gravée dans la conscience publique, comme une promesse non réalisée.
En 1939, la situation économique déjà déplorable de Itamar Ben Avi se dégrada encore. Dans une lettre qu’il écrivit à ses amis et connaissances, il écrivit : « Je désire faire entendre ma voix, mais on ne me répond pas ». Il partit avec sa famille pour les Etats-Unis, où il décéda en 1943, manquant de tout. Quatre ans plus tard, son cercueil fut transféré à Jérusalem.