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Jérusalem et les Mizrahis : plus de quatre siècles d’histoire

jeudi 27 mai 2010, par Myriam Ambroselli


Pendant plus de dix-sept générations, la famille de Shmuel Shamir a habité la Vieille Ville de Jérusalem

Raconter que Shmuel Shamir et sa famille habite Jérusalem depuis longtemps serait peu dire. En réalité, c’est une vieille histoire de famille qui a déjà plusieurs siècles. « Je suis de la 17ème génération des Jérusalémites des Mizrahis » rapporte Shmuel Shmir avec fierté lors d’une interview pour le Jerusalem Post le 7 mai 2010. « Il y a plusieurs versions de notre histoire. Selon la première, le premier membre de la famille arrivé à Jérusalem, Baruch Mizrahi, serait venu de Turquie en 1620. Dans ce cas, nous serions descendants du Re’em (Rabbi Eliahu Mizrahi qui vivait en Turquie au 15ème siècle) ». Une autre version raconte que la famille des Mizrahis a toujours vécu à Jérusalem, et une troisième rapporte qu’ils seraient en réalité des descendants de Juifs expulsés d’Espagne qui seraient arrivés à Jérusalem via Venise. Cette dernière hypothèse détient pour le moins une preuve tangible sur le mur du salon de Shamir. « Ce rideau que l’on trouve dans les synagogues pour couvrir l’Arche Sainte a été daté par un conservateur du Musée d’Israël entre 1600 et 1640 et comme venant de Venise » raconte Shamir. « Il est accroché chez nous depuis des générations ».

Avocat de 87 ans toujours en fonction, Shmuel Shamir habite actuellement à Talbiyeh avec sa femme Martha. Il a grandi dans l’Ohel Moshe, un des premiers quartiers construits en dehors des murs de la Vieille Ville qui fait désormais partie de Nahlaot. Son grand-père constitua la première génération à quitter leur maison de famille de la Vieille Ville de Jérusalem, construite par Baruch Mizrahi dans le Quartier Juif. « A cette époque, la Vieille Ville devenait surpeuplée et les conditions sanitaires étaient difficiles. Cependant, nous n’avons fait que louer la maison : nous ne l’avons pas vendue. » Il y a une vraie raison à cela, écrite noir sur blanc sur un papier jauni gardé précieusement dans un gros volume de la bibliothèque de Shamir. « C’est une copie du testament de Baruch Mizrahi qui date de 1643 » souligne Shamir en montrant l’écriture style Rashi du manuscrit. Le testament stipulait que la maison appartiendrait de génération en génération aux hommes de la famille pour que lors de l’arrivée du Messie, Baruch et sa descendance aient un lieu où revenir. Shamir qui hébraïsa son nom de famille au moment de la création de l’Etat, raconte comment la vie dans la Vieille Ville était encore harmonieuse et paisible à cette époque. « Juifs, Musulmans et chrétiens partageaient le même espace de vie, tous vivaient ensemble. Cela semble un peu difficile à croire aujourd’hui, mais c’était ainsi… »

La maison de famille des Mizrahis survécut intacte sous la domination jordanienne entre 1948 et 1967, avant d’être finalement détruite par l’Autorité pour le Développement de Jérusalem qui entreprit la reconstruction du Quartier Juif. Tous les propriétaires juifs bénéficièrent alors d’une compensation financière, mais la famille de Shamir n’accepta aucun centime. « Le Testament de Mizrahi nous le défendait car cela revenait à vendre la maison, à l’échanger contre de l’argent. » Finalement, le père de Shamir opta pour une plaque placée sur le mur adjacent du lieu où avait été construite originellement la maison : y sont résumées les principales lignes de l’histoire de résidence de la famille.

Shamir raconte son enfance à Jérusalem encore empreinte d’insouciance et de tranquillité, les descentes en vélo vers Ramallah avec ses camarades, ou encore lorsqu’il traînait au café Nahum ou dans les jardins… « A cette époque on n’avait pas peur, malgré les troubles de la fin des années 20 et ceux qui ont suivi. » Plus tard, Shamir rentra dans la Hagana et combattit lors de la Guerre d’Indépendance. Ses études en firent interrompues et il commença à travailler comme coursier pour le bureau d’un avocat nommé David Goitein, un britannique qui avait auparavant travaillé comme éditeur du The Palestine Bulletin qui devint The Palestine Post pour s’appeler ensuite The Jerusalem Post. A cette époque, Haim Herzog, des années avant de devenir président d’Israël, travaillait au côté de Goitein. Herzog était alors le gouverneur de Tsahal en Cisjordanie : Shamir se souvient encore comment ce dernier l’avait aidé à obtenir une permission spéciale pour rentrer dans la West Bank après la Guerre des Six Jours pour visiter les résidents arabes que, devenu lui-même avocat, il avait représenté devant la Cour Militaire Israélienne. « En 1967, je savais que nous allions gagner la guerre, mais je pressentais aussi que nos relations avec les Arabes allaient changer ensuite » se rappelle Shamir. Il consacra de nombreuses heures de travail à défendre des Arabes lors de procès pour la possession de la terre, ou pour des accusations de violations de sécurité. Il n’a pas toujours gagné mais il avoue avoir toujours fait de son mieux. Pendant des années, Shamir et sa femme étaient invités d’honneur de l’Haflot (rassemblements lors des festivités arabes) dans toute la Cisjordanie.

Avec un héritage familial d’une telle richesse et une expérience juridique de part et d’autre de la Ligne Verte, il semblerait que Shamir, éternel optimiste, soit bien placé pour rêver d’une paix durable dans le pays. « Lorsqu’il pleut, vous vous mettez à l’abri jusqu’à ce que la pluie s’arrête. La paix finira par venir. »


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