Les Jérusalémites de tous les âges et de tous les horizons sont nombreux à se proposer comme volontaires en offrant gratuitement leur temps et leur énergie…
La Ville Sainte détient le chiffre record de volontaires de tout Israël : plus de 40 000 personnes y sont comptabilisées officiellement comme volontaires - sans compter les autres, non enregistrées. Ce sont des personnes d’âges, d’origines et d’éducations divers. Des personnes âgées à la retraite encore en pleine forme, des jeunes qui mettent leur temps libre à la disponibilité des nécessiteux, des actifs déployant gratuitement leurs talents en dehors de leur travail… Les raisons pour lesquelles les bénévoles s’engagent sont des plus diverses mais le point de départ est le même : donner gratuitement de soi-même.
Les jeunes israéliens sont motivés ; quant aux personnes à la retraite, elles sont encore plus généreuses de leur temps. En 2008, une enquête révéla que 17% des Israéliens entre 26 et 30 ans étaient volontaires. Le pourcentage était le même pour ceux âgés de 51 et 60 ans mais on passait à 25% avec ceux âgés de 61 ans et plus. En outre, les volontaires vétérans sont bien plus nombreux que les olim (nouveaux arrivants) : 94% contre 6% ! Il faut laisser aux olim le temps de s’installer. En attendant la solidarité israélienne ne reste pas lettre morte : 35% des hauts salariés offre gratuitement leur temps et leurs talents à travers le volontariat.
Les chiffres semblent montrer que le volontariat est davantage pratiqué par les Juifs traditionnels et les laïcs (avec respectivement 33% et 49% de volontaires dans chaque groupe) que par les Juifs ultra-orthodoxes (seulement 3%). Mais le Conseil National des organisations de volontariat souligna à l’issue de cette enquête qu’en réalité, de nombreux ultra-orthodoxes qui sont volontaires au sein de leur communauté ou d’organisations caritatives de la société haredi ne figurent pas dans les chiffres officiels. Le volontariat est un réalité de la société israélienne, une réalité qui va au-delà des groupes sociaux ou religieux.
La municipalité de Jérusalem propose un centre spécialisé qui accueille les volontaires, les informe des besoins, les met en relation avec les organisations et reste en contact avec eux. Entraînements et conseils sont offerts à tout moment, des récompenses même parfois… Les Jérusalémites sont pleins de bonne volonté : d’après les chiffres du Jerusalem Institute for Israël Studies, 9300 personnes sont volontaires à l’armée et dans des programmes d’urgences, 5500 dans les services de santé, 3000 auprès des personnes handicapées, 2600 distribuent la soupe populaire, 1200 personnes offrent leur temps pour les besoins des familles et des jeunes, 800 personnes s’investissent dans des programmes éducatifs…et la liste est encore longue !
L’Université de Jérusalem propose toutes sortes de volontariats à ses étudiants, une visite par semaine à des personnes âgées par exemple, ou encore aider une équipe professionnel au Zoo Biblique (le volontariat le plus apprécié !).
« Lehitnadev », « faire du volontariat » est un des premiers verbes que l’on apprend en hébreu. Et pour cause ! En effet, le volontariat (« hitnadevout ») est enraciné dans le peuple d’Israël depuis les premiers temps bibliques. La construction du Premier Temple fut effectuée entre autres par de nombreux volontaires, ces « hommes de corvée » levés par le roi Salomon (1R 5, 25) qui s’adonnaient à leur tâche volontairement, à distinguer des « hommes de corvée servile » (1R 9,22) qui étaient des ennemis réduits à des travaux forcés. Ruth également se porta volontaire pour suivre sa belle-mère Noémi…Le don désintéressé, la créativité et la gratuité, valeurs qui deviendront celles des Kibboutz, ont quelque chose à voir avec l’âme même du peuple d’Israël.
Avec 6000 volontaires, Yad Sarah est la plus grande organisation bénévole en Israël. Créée en 1976, cette association consacrée à l’aide aux retraités et aux handicapés, notamment par le prêt de matériel médical et l’aide à domicile, a vu ses débuts dans deux bus désaffectés rue des Prophètes à Jérusalem...
Aujourd’hui, l’association détient un immense bâtiment boulevard Herzl. Son champ d’action en est élargi mais Yad Sarah reste fidèle à sa vocation : l’association apporte de l’aide aux Israéliens de toute classe grâce à des dons dont la quasi-totalité vient de bienfaiteurs israéliens qui ont eux-mêmes bénéficié de l’aide ! C’est un cercle vertueux. Des retraités mais aussi des personnes en fauteuils roulants peuvent exercer ici une activité normale en tant que volontaires. Nombreux sont ceux adonnés à des petits travaux de patience : Yad Sarah reçoit toute sorte d’équipement pour les malades et les handicapés, et ensuite il s’agit de réparer les appareils et de les adapter pour chaque malade selon ses besoins. Boulevard Herzl on se souvient avec émotion d’un homme qui donna 15 ans de sa vie, cinq jours par semaine, à réparer minutieusement les appareils pour les malades, Aharon Lévy qui était le chanteur de la synagogue rue David Yellin. Il mourut cette année la veille de Rosh Hashana à l’âge de 79 ans. Antithèse d’un fonctionnaire bureaucrate, sa mémoire est encore vive mais il n’est qu’un exemple entre beaucoup d’autres dont la dévotion pour être bénévole reste encore cachée.
Le volontariat est enraciné dans la culture, il s’agit presque d’un habitus dans certaines familles israéliennes. Le Jerusalem Post du 29 janvier 2010 raconte comment la jeune Liat, 18 ans, décida avec dix amis de donner un an de service national avant le service militaire. Ce qui signifie que les quatre garçons du groupe serviront une année de plus que les trois années obligatoires. Liat explique qu’elle n’a pas l’impression de faire quelque chose d’extraordinaire, son frère et sa sœur ont fait de même avant elle. « Ma mère est volontaire au Conseil de son quartier et ma grand-mère, âgée de 76 ans est volontaire à Yad Sarah »…
Quant à Yoram Goldflam, spécialiste en ressources humaines et financier à la retraite, une soixantaine d’années, il est heureux de raconter le soir à sa femme ceux qu’il a pu aider dans la journée. Volontaire à la municipalité de Jérusalem, il vient en aide aux employés privés de certains droits. Il n’hésite pas à contacter les employeurs s’ils ne respectent pas les lois de l’emploi. « Quand on est jeune, dit-il, on est préoccupé par sa propre vie. On étudie, on se marie, on élève ses enfants… mais lorsque tout cela est derrière vous, que vous êtes installés dans la vie sans plus de problèmes ni de besoins, c’est le moment de penser à ceux qui sont autour de vous, votre communauté, la société dans laquelle vous vivez. Vous réalisez qu’il est temps de donner pour tous ceux qui ne le font pas ».
Tous ceux qui en ont fait l’expérience sont unanimes dans la conclusion : le bonheur de se sentir utile n’a pas de prix.