L’Amitié Judéo-Chrétienne de France a souhaité réagir à ce document, largement diffusé sur Internet et dans les églises chrétiennes, souvent sans analyse critique. De peur qu’il ne devienne, à tort, un document de référence, nous vous proposons de lire sur notre site le texte complet « Kairos Palestine 2009 », ainsi que des analyses critiques de théologiens chrétiens reconnus, les Américains Peter A. Pettit (Luthérien) et Bruce Chilton (Anglican américain) et le Français Jean Dujardin (Catholique) et celle, plus personnelle, d’une voix juive de l’AJCF.
Le document paru le 15 décembre 2009 intitulé « Un moment de vérité », est depuis largement diffusé sur Internet sous le nom de « Kairos Palestine 2009 ». Il s’agit d’un appel aux Églises chrétiennes du monde entier à entendre et à réagir à la souffrance du peuple palestinien et il est signé de Mgr Sabbah, ancien Patriarche Latin de Jérusalem ainsi que de quatorze autres personnalités chrétiennes palestiniennes, pasteurs, ecclésiastiques ou laïcs. Nous vous proposons un dossier sur le sujet :
Une lecture du document « Un moment de vérité » par Peter A. Pettit (Luthérien) et Bruce Chilton (Anglican), théologiens américains.
« Un moment de vérité » … Un document problématique Par le Père Jean Dujardin, Membre du Comité directeur de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France
- Un commentaire par une voix juive de l’AJCF
Une lecture du document « Un moment de vérité » par Peter A. Pettit et Bruce Chilton
Peter A. Pettit and Bruce Chilton proposent à l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF) un résumé en français de leur article paru en janvier 2010 sur le site de leur université : Assessing « A Moment of Truth ».
© Peter A. Pettit et Bruce Chilton pour Sens, Amitié Judéo-Chrétienne de France, ajcf.fr
Le document intitulé « Kairos Palestine 2009 » paru le 15 décembre 2009 constitue un appel aux Églises du monde entier à entendre et à réagir à la souffrance du peuple palestinien.
Ce document parle d’une situation désespérée, en l’absence d’un projet politique en Israël/Palestine. Il parle néanmoins de foi et d’espoir dans la lumière de l’amour de Dieu. Nous entendons cette souffrance et la conviction avec laquelle elle est énoncée dans ce document du clergé palestinien.
Deux théologiens américains, le professeur Bruce Chilton (anglican) et le professeur Peter Pettit (luthérien) y décèlent quatre points et en propose la lecture suivante :
Il est impératif d’abandonner toute théologie fondamentaliste qui soutiendrait l’oppression israélienne du peuple palestinien. Ces théologies fondamentalistes sont plus présentes aux E.U. d’Amérique que sur le continent européen, bien qu’il y ait des groupes dédiés à établir un fondamentalisme chrétien en Europe aussi.
Il faut aider les Palestiniens à obtenir leur liberté.
Il faut venir voir sur place.
Il faut se servir du boycott afin d’avoir une attitude juste à l’égard de l’occupation israélienne des terres palestiniennes.
Rappelons au passage que le paradigme de cet appel est un document appelé « Kairos Soweto 1985 ».
Ces 4 points constituent en apparence un appel à un soutien non-violent de la cause palestinienne, mais la source en est une analyse unilatérale — et en fin de compte — fausse qui risque bien de prolonger le conflit plutôt que de contribuer à sa résolution rapide et pacifique.
Voici pourquoi :
Il est vrai qu’il existe un soutien chrétien à Israël inconditionnel, non-critique et atavique qui est dommageable. Mais ce document fait totalement abstraction d’une lecture fidèle et théologique des Écritures qui établit le lien du peuple Juif à cette terre sans soutenir l’occupation et ses injustices.
La situation des Arabes palestiniens est une réalité douloureuse qui en appelle à un changement, mais la demande de liberté pour « notre pays » telle qu’elle est énoncée dans ce document fait une entorse à l’Histoire. Israël n’est pas un pays impérialiste et illégitime, un intrus dans la région, qui a lui tout seul fait obstacle à la liberté et à l’autonomie du peuple palestinien.
L’invitation à venir voir sur place en principe en appelle à venir tout voir : les Israéliens et les Palestiniens. Mais ce que les auteurs disent d’Israël fait craindre que les visiteurs ne sachent pas grand-chose de la réalité israélienne.
L’appel au boycott et aux sanctions économiques contre Israël établit un parallèle avec l’action efficace menée en son temps par la communauté internationale pour mettre un terme au régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Mais la société palestinienne en 2010 n’est pas celle des townships en Afrique du Sud. La Palestine ne fait pas partie d’Israël. Il ne s’agit pas d’une minorité blanche qui maintient arbitrairement une majorité noire dans une situation d’infériorité par la discrimination raciale. Le conflit et la situation qui en résulte sont le résultat d’une longue guerre entre les nations arabes et Israël et du combat d’Israël pour assurer la sécurité de tous ses citoyens, Juifs et Arabes.
Ce document qui parle d’un avenir de paix ne dit rien des moyens pour atteindre cet objectif : pas de reconnaissance d’Israël comme état légitime, aucune mention de la nécessaire infrastructure à la création d’un état palestinien, pas d’appel impératif à la reprise des négociations en vue de réaliser cet objectif de paix.
- Pour les Églises locales, ce document voudrait être un appel prophétique à un avenir meilleur. En réalité, il ne fait que se plaindre d’une situation certainement très douloureuse. Une bonne compréhension de l’Histoire et de la dynamique de ce conflit est indispensable aux églises qui souhaitent apporter leur soutien à la cause palestinienne.
Dans le document « Soweto 1985 », dont celui-ci cherche à s’inspirer, il est dit que la parole d’espoir contenue dans les Évangiles doit également apporter de l’espoir aux opposants, qui sont eux aussi dans le désespoir de la peur. « Toute résistance qui ne contient pas la vision de justice et de sécurité pour l’ennemi ne peut que susciter une opposition plus grande encore ».
Si nous, chrétiens, souhaitons nous engager, il faut que cela soit avec et auprès des peurs et des espoirs de tous, Israéliens, Juifs et Palestiniens, et surtout avec une vision de la paix. Les Églises dans le monde doivent apporter une troisième voix qui ne serait pas celle d’un nationalisme Palestinien ou Juif mais engagée auprès de tous les peuples de Dieu dans la région.
Bruce Chilton est Professeur de Religion "chaire Bernard Iddings Bell" et Chapelain du Collège à Bard College , NY et recteur de l’Eglise Episcopalienne (Anglicane américaine) St. John the Evangelist à Barrytown, NY.
Peter A. Pettit est professeur associé d’études religieuses, directeur de l’IJCU ( Institute for Jewish-Christian Understanding, Institut pour la compréhension judéo-chrétienne) du Muhlenberg College (Pennsylvanie, USA) et pasteur de l’Eglise Evangélique Luthérienne.
Voir l’original en anglais
« Un moment de vérité »… un document problématique , par Jean Dujardin
Par le Père Jean DUJARDIN, Membre du Comité directeur de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.
Une analyse et une réponse au document publié en décembre 2009 par des chrétiens palestiniens, souvent sous le nom de « Kairos Palestine ». Texte publié en avant-première du numéro de juillet-aout de Sens, la revue de l’AJCF et en exclusivité pour notre site.
© Sens, Amitié Judéo-Chrétienne de France, ajcf.fr
Un document intitulé « Un moment de vérité : une parole de foi, d’espérance et d’amour venant du cœur de la souffrance palestinienne » a été publié en décembre 2009 et circule sur Internet. Il est signé de Mgr Sabbah, ancien Patriarche Latin de Jérusalem, de deux autres évêques de confession chrétienne et de treize autres personnalités, pasteurs, ecclésiastiques ou laïcs. Au-delà des Palestiniens auxquels il semble s’adresser en priorité, il est légitime de se demander quel est le but de cette publication largement diffusée dans les églises chrétiennes ? S’il s’agit d’un appel à plus de foi, d’espérance et d’amour en l’avènement d’une paix dans le conflit israélo-palestinien, on ne peut qu’être d’accord sur les termes et plusieurs passages du document sont de grande qualité spirituelle ; mais une lecture attentive du texte nous oblige à nous interroger sur sa finalité réelle .
Il ne s’agit pas de minimiser la souffrance palestinienne. Hélas toute guerre même larvée comporte un lot de souffrances inacceptables et il est légitime de demander aux Chrétiens de contribuer autant qu’ils le peuvent à la promotion d’une paix juste pour les peuples qui habitent cette terre.
Mais un tel appel doit être présenté dans un souci de vérité la plus juste possible, car les événements qui se déroulent dans cette région du monde sont d’une telle complexité qu’on n’a pas le droit d’en présenter une vision uni-latérale pour sensibiliser des lecteurs qui écoutent davantage avec leur cœur qu’avec leur intelligence, dans l’ignorance, le plus souvent au moins partielle, de la situation exacte.
Et c’est alors qu’on peut s’interroger sur les visées réelles du document. On ne peut qu’être surpris en particulier par son analyse unilatérale de l’histoire et, de ce fait, sur les jugements théologiques portés à propos du comportement de certains Chrétiens.
Parler de la souffrance palestinienne, il le faut, mais pourquoi ne rien dire de l’angoisse et de la peur des Israéliens quant à la précarité de leur présence sur cette terre ? La seconde intifada, très différente de la première, s’est manifestée au-delà des territoires en s’attaquant le plus souvent à des civils innocents. La négation du droit à l’existence de l’État d’Israël, venant des milieux islamistes, Hamas et Hezbollah, soutenus militairement et financièrement par l’Iran qui souhaite de manière sans cesse réaffirmée la destruction de l’État d’Israël, ne peut qu’aggraver la peur et semer le doute des Israéliens sur la sincérité palestinienne. Voilà des réalités dont le document ne fait jamais mention ; or elles ne peuvent qu’aviver l’angoisse et la peur des Israéliens.
Pourquoi donner une vision partielle et sans doute partiale de la réalité ? On peut penser, et beaucoup d’Israéliens le pensent, que l’opération « plomb dur-ci » sur Gaza ne fut pas une opération politiquement et humainement heureuse ; mais pourquoi passer sous silence les milliers de Kassem tirés sur Sderot et le Néguev — comme si nous pouvions accepter, nous, que l’un de nos pays voisins, une fois son occupation terminée, continue de nous bombarder. Ici ce n’est pas seulement la question du nombre des victimes qui est en jeu, mais le principe même.
Le problème de la situation des réfugiés est un vrai problème, mais pourquoi ignorer le nombre des Juifs qui ont dû fuir dans des conditions variées les pays arabes après 1948 et 1967 ? Pourquoi ne rien dire de l’attitude des États arabes à ce sujet ? C’est par choix qu’ils ont décidé de maintenir les réfugiés dans cette situation précaire pour mieux sensibiliser l’Occident au problème. Imaginons un instant que les 13 millions de personnes déplacées à la fin de la Seconde Guerre mondiale n’aient pas été intégrées dans les divers pays résultant du nouveau redécoupage des frontières. Où en serions-nous aujour-d’hui ? Et pourquoi passer sous silence qu’après la guerre des Six-Jours, les pays arabes ont opposé un refus catégorique, à Khartoum, à la proposition israélienne d’une possible évacuation au moins partielle. Les occasions de négociations manquées ne sont pas dues à la seule attitude d’Israël.
Le document ne manque pas non plus, si on le regarde de près, de points de vue contradictoires en ce qui concerne le racisme, le terrorisme qu’il justifie quasi-ment comme une résistance en passant sous silence l’endoctrinement des kamikazes et le fait que ce sont des civils qui en sont le plus souvent les victimes. Certains Palestiniens eux-mêmes ont été sévères sur les dérives de la seconde Intifada.
Il y a enfin des jugements théologiques surprenants et erronés. Tous les Chrétiens sont jugés sans distinction. Il y a les positions, qu’on peut ne pas forcément approuver, de certains évangélistes américains et les positions de l’Église catholique, par exemple. La légitimité du retour du Peuple juif sur la terre d’Israël n’est pas une idéologie théologique, elle procède d’une lecture sans parti pris de la Bible après le Concile Vatican II, dans la continuité de sa réflexion sur la permanence de l’élection et de l’Alliance. Elle ne justifie pas pour autant l’injustice qui en est résultée et pose la nécessité de trouver une solution plus juste pour les peuples victimes des guerres, comme le disait déjà le texte des Évêques français de 1973. Assimiler le retour du Peuple juif sur la terre d’Israël à une théorie théologique est inacceptable. L’Église catholique qui a passé avec l’État d’Israël en 1993 un accord fondamental sait parfaitement faire la distinction entre la légitimité du retour du Peuple juif sur sa terre, la création d’un État qui est aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, un moyen nécessaire et les choix politiques des gouvernants israéliens.
Il y aurait encore de nombreux points à débattre à propos de ce texte. Mais hélas, à la suite de cette lecture, son but apparaît comme plus soucieux de rallier tous les Chrétiens d’Occident, quels qu’ils soient, au point de vue que le texte développe sur les Palestiniens, plutôt que d’aider à une compréhension plus juste du problème.
Un dernier point pour clore cette réflexion. Il est vrai que beaucoup de Chrétiens quittent les territoires depuis de nombreuses années, dans le contexte du conflit. La situation de Bethléem est douloureuse… Mais cela est vrai aussi en Irak et les Coptes sont persécutés en Égypte. Ce mouvement qui conduit de nombreux Chrétiens à émigrer vers l’Occident ne date pas de la création de l’État d’Israël mais du début du XXème siècle au moins. Beaucoup d’ouvrages le démontrent. D’autre part, le nombre de Chrétiens résidant en Israël même augmente, dans une grande liberté de culte…
Alors quel est le but d’un tel document ? Il faut le dire fermement, il n’est pas objectif et, malgré ses apparences, il devient un document de propagande.
Père Jean DUJARDIN, Membre du Comité directeur de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France
À propos d’un moment de vérité- Kairos Palestine
Une voix juive, d’une adhérente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.
Si ce document suscite l’engouement général c’est parce qu’en apparence sa tonalité est nouvelle et son argumentaire non-violent.
« Kairos » signifie un moment particulier, moteur, en grec et le choix de ce mot fait écho au document appelé « Kairos Soweto » de 1985. La comparaison entre l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid et la situation en Israël et Palestine est fréquente et les images de la dernière guerre à Gaza, des check point et de la barrière de sécurité ne font que l’alimenter.
Faut-il le rappeler : comparaison n’est pas raison.
Il ne s’agit pas en Israël et Palestine d’une minorité opprimant une majorité par idéologie raciale mais d’un conflit territorial dû à de nombreuses guerres entre les Israéliens et leurs voisins arabes avec pour conséquence la souffrance du peuple palestinien. S’il s’agissait d’un conflit racial, les Arabes israéliens, donc citoyens du pays, seraient également concernés par cette discrimination. Or ils votent et sont éligibles à la Knesset, 14 membres du parlement sur 120 sont Arabes, occupent des postes dans la fonction publique, dans la société civile et à l’armée et ne font ni plus ni moins l’objet d’une discrimination que d’autres segments de la population juive. Quant à l’appel aux sanctions économiques, au retrait des investissements et autre forme de boycott, en écho à ce qui a fait tomber le régime raciste sud-africain, il trouve désormais un retentissement favorable en Europe, comme si cela tombait sous le sens. Qu’attendons-nous d’ailleurs pour l’appliquer à la Chine ou à la Russie ?
Manifestement il faut encore et toujours rappeler que le sionisme n’est pas une idéologie raciste ou coloniale mais l’aspiration politique du peuple juif à vivre dans un état souverain sur la terre dont la Bible nous parle tant. La Bible n’est pas un cadastre me direz-vous, c’est certain mais faut-il pour autant nier ce lien avec la terre ancestrale ?
C’est précisément ce que fait le document en question. Par une volonté mimétique étonnante, il évoque au § 2.3.2 le fait que la présence palestinienne « chrétiens ou musulmans sur cette terre n’est pas un accident… Une injustice a été commise à notre égard, lorsqu’on nous a déracinés. L’occident a voulu réparer l’injustice qu’il avait commise à l’égard des Juifs dans les pays d’Europe, et il l’a fait à nos dépens et sur notre terre » Pas un mot du lien du peuple juif avec la terre biblique, terre appelée « notre terre » par les auteurs. Quant au parallèle établi entre les deux injustices, il fait les beaux jours de la concurrence victimaire et se passe de commentaire.
Je rappelle ici que ce lien est évoqué dans le document comme un fondamentalisme religieux alors qu’il est le témoignage de l’histoire d’un peuple et de sa vocation, telle qu’elle est dite dans la Bible suivie d’une aspiration spirituelle ininterrompue pendant près de deux mille ans d’exil. Un exil qui est lui aussi une constante de la mémoire juive, le mot est éloquent.
Mais il y aussi grave dans la réponse à la question : « Comment comprendre la parole de Dieu ? » (§2) « La parole de Dieu est une parole vivante qui jette une lumière nouvelle sur chacune des périodes de l’histoire et c’est pourquoi il n’est pas permis de transformer la parole de Dieu en lettres mortes… Cette parole morte est utilisée comme une arme dans notre histoire présente, afin de nous priver de notre droit sur notre terre » A votre avis contre qui est portée cette accusation familière de transformer ainsi la parole de Dieu en lettres mortes et à quelle fin ? Nous sommes là en pleine théologie de la substitution et tout cela au nom de la foi, de l’espérance et de l’amour.
On ne dira jamais assez les ravages que celle-ci continue de faire dans les consciences chrétiennes. Il faut bien reconnaître que si elle a été déclarée obsolète, rien ne l’a vraiment remplacée et que cette question du lien à la terre n’a pas été approfondie. C’est certainement la notion de sainteté qui pose problème, elle échappe forcément à une définition que l’on trouverait dans un dictionnaire. Elle est pensée de manière très différente selon si l’on est protestant, catholique ou juif et même à l’intérieur de ces groupes entre réformé, évangélique, charismatique, juif libéral, massorti ou orthodoxe et j’en oublie un grand nombre. On ne peut donc pas assener de vérités à ce sujet,mais peut-on nier qu’il s’agit bien de cette terre-là ? Une théologie chrétienne qui en tiendrait compte permettrait aux esprits de se calmer et apaiserait l’incandescence de la revendication et cela probablement de part et d’autre.
Il y aurait beaucoup de choses à ajouter. Je m’en tiendrai à l’appel formulé au §9.1. « à parvenir à une vision commune bâtie sur l’égalité et le partage, non sur la supériorité, ni sur la négation de l’autre ou l’agression, sous prétexte de peur et de sécurité. » Cette peur évoquée là comme un prétexte est réelle dans les deux camps. Elle constitue un obstacle majeur à la paix.
La peur des Israéliens est peu connue du grand public, tant l’état apparaît comme puissant et surarmé, mais il faut être sourd pour ne pas entendre les appels continus à son anéantissement par d’autres surarmés eux aussi !
Les deux peuples qui s’affrontent sur ce territoire plus petit que le parc national Krüger (en Afrique du Sud !) sont enfermés dans leur bulle narrative.
On peut craindre que les rédacteurs de ce texte ne soient plutôt inspirés par le nationalisme arabe que par l’amour prôné par les Évangiles. Où est le souffle prophétique qui permettrait d’envisager une réconciliation ? Où est la responsabilité des religieux de faire entendre une voix mesurée qui apporterait de la nuance ?
Il faut entendre toute la souffrance contenue dans cet appel car elle trouve sa source dans une identité fragmentée qui perd espoir dans son avenir. Mais il faut craindre aussi que cet appel qui ramène ainsi au premier plan la théologie de la substitution porte atteinte au dialogue fraternel établi entre Juifs et Chrétiens suite aux deux textes admirables que sont Nostra Aetate et le document Église et Israël de la communion ecclésiale de Leuenberg.
Il ne s’agit pas là d’effectuer un chantage mais de dire avec force que la belle exigence du dialogue nous rappelle le lien théologique entre tous les Juifs et tous les Chrétiens dans le monde. Tout appel à la paix doit tenir compte de ce lien entre nous. La théologie de la substitution appartient désormais au passé. Si Catholiques et Protestants l’ont rejetée c’est parce qu’elle est devenue incompatible avec leur conscience de croyant, ne l’oublions pas !
L.A.
Source : AJCF