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L’immigration en Israël en chiffres

vendredi 18 décembre 2009, par Myriam Ambroselli


3 041 338 : c’est le nombre des « olim hadashim » (nouveaux immigrants juifs) entrés en Israël depuis la création de l’Etat en 1948. La population totale d’Israël étant de 7 350 000, ceux qu’on appelle les « olim » en constituent une part très importante, bien plus du tiers de l’ensemble des habitants du pays. Ils ont fait leur « alya », expression qui ne se traduit pas proprement par « immigration » (« haguira » en hébreu), mais signifie littéralement « ascension » ou « élévation spirituelle ». Il ne s’agit pas d’une immigration comme les autres, il s’agit plutôt d’un « retour ». Analyse en chiffres de l’immigration.

Avant 1948

L’alya est un phénomène qui existe depuis des siècles. Dans les premiers temps, il s’agissait davantage d’une immigration à but religieux : vivre en Terre Promise. Ainsi, au IVème siècle, rabbi Zeira, sage réputé de Babylone décida, après avoir jeûné pour « oublier la Torah de Babylone », d’aller vivre en Israël car « l’air de la Terre d’Israël, disait-t-il, rend sage ».

En 1881, il y avait déjà 25000 Juifs, vivant essentiellement dans les quatre villes saintes du Judaïsme : Jérusalem, Safed, Tibériade et Hébron.
A partir de 1881 nombre de Juifs laïcs nationalistes immigrent en Israël, c’est une période d’alya massive qui permettra à terme de créer un Etat pour le peuple Juif. Avant la création de l’Etat d’Israël, l’alya doit se faire accepter des gouvernements ottomans puis britanniques, ce qui ne fut pas chose facile. Entre 1881 et 1891, arrivent 10 000 Juifs de l’Empire Russe suite aux pogroms, parmi lesquels le célèbre Eliezer Ben-Yehuda à qui l’on doit la création de l’hébreu moderne.

De 1903 à 1914, entre 30 000 et 40 000 Juifs émigrent dans le pays, dont nombre de sionistes socialistes et d’originaires de l’Empire Russe. C’est l’époque où arrivent des pères fondateurs d’Israël dont David Ben Gourion.

Suite à la Déclaration Balfour (1917) et à l’établissement d’un « foyer national juif », de 1919 à 1923, 35 000 Juifs immigrent, en partie suite à la Révolution Bolchévique et la guerre civile hongroise. Les années suivantes, entre 1924 et 1929, 80 000 immigrants débarquent, majoritairement des Polonais membres des classes moyennes chassés par les mesures anti-juives du gouvernement de Varsovie.

Entre 1929 et 1939, 180 000 Juifs d’Europe Centrale arrivent, fuyant les régimes nationalistes autoritaires où se développe l’antisémitisme : 40 000 proviennent d’Allemagne et d’Autriche où les Nazis viennent de prendre le pouvoir. 15 000 d’entre eux sont « clandestins », les Britanniques n’accordant pas assez de visas pour l’importante immigration de cette période.

Entre 1939 et 1948, 80 000 immigrants débarquent clandestinement, les Britanniques interdisant désormais l’immigration. 20 000 pendant la guerre, 60 000 après : peu nombreux sont ceux qui ont réussi à fuir le drame qui se déroula en Europe.

Ainsi avant la création de l’Etat d’Israël, l’alya est très marquée par ces réfugiés chassés par l’hostilité antijuive de leur pays d’origine. Positivement, cette période est aussi celle des grands pionniers du sionisme qui s’acheminent vers 1948.

Nouveaux immigrants montés en Israël entre 1948 et 2009 (données de l’Agence Juive)

En provenance de :

- URSS ou ex-URSS : 1 178 000
- Roumanie : 275 000
- Maroc : 244 000
- Pologne : 158 000
- Amérique du Nord : 134 000
- Irak : 124 000
- France : 86 000
- Ethiopie : 84 000
- Argentine : 68 000
- Bulgarie : 44 000

On parle russe en Israël
Antoinette Bremond
Plus d’un million d’Israéliens parlent russe soit 20% de la population. Une immigration d’une ampleur jamais connue jusque là
Les Russes, mais aussi avec eux tous ceux qui viennent des Républiques de l’ex-URSS (Ukraine, Biélorussie…) sont en tête. Ils sont arrivés par de grandes vagues, surtout dans les années 90, par centaines de milliers chaque année, modifiant d’ailleurs en profondeur la carte démographique du pays. Bénéficiant de la Loi du retour qui leur permettait d’accéder à la citoyenneté à la condition de prouver dans leur filiation l’existence d’au moins un grand-parent juif, nombreux sont ceux qui sont en quête identitaire quant au fait d’être Juif et leur absorption dans la société israélienne n’est pas toujours facile.

Autre exemple : Les Ethiopiens qui ne sont pas les premiers en chiffres mais dont l’alya mérite attention. En effet, ils ont bénéficiés d’un véritable sauvetage au travers de différentes opérations : l’ « Opération Moshé », pont aérien qui ramène 9000 Juifs Ethiopiens en Israël en 1984, puis en 1991, l’ « Opération Salomon » par laquelle ils sont 14 300 à gagner Israël en 36 heures. Le défi à relever quant à l’absorption de ces communautés est de taille. Il faut penser aussi aux enfants des olim… Aujourd’hui, s’étant développée, la communauté éthiopienne compte entre 110 000 et 120 000 personnes.

Dans les autres pays, l’alya n’est pas forcément vécue dans cette même urgence qu’en URSS ou en Ethiopie. « Retourner » en Israël, c’est d’abord pour la plupart retrouver une identité juive autant au point de vue religieux que culturel et politique. L’alya n’est pas une émigration classique de type déracinement-enracinement, c’est plutôt un « retour » (« chvout »), un ré-enracinement.

Le phénome de "descente"

Et pourtant, certains, faute de s’intégrer, décident de repartir. Lorsqu’ils ont quitté le pays depuis plus d’un an, ils sont appelés « yordim » : contrairement aux olim qui « montent », ils « descendent ». Ceux qui font une « yerida » (« descente ») sont peu nombreux : parmi les Français par exemple, ils ne représentent que 3% des olim par an alors qu’ils étaient 30% il y a dix ans. Cette évolution est sans-doute due aux efforts effectués par l’Agence pour encadrer les immigrants. Néanmoins, les yordim donnent à leur départ des raisons parfois de nature économique (nostalgie d’un salaire ou d’un niveau de vie plus élevé dans leur pays d’origine), parfois les problèmes politiques ou la sécurité, ou encore le poids du religieux dans certains milieux… Ils repartent pour la plupart vers les Etats-Unis et le Canada.

Mais il y a aussi des émigrants qui reviennent ! Ces quatre dernières années, plus de 10 000 yordim se sont réinstallés en Israël. Ainsi, pour l’année 2005 par exemple, aux 23 000 olim arrivés en Israël, s’ajoutèrent 4205 yordim : Ils viennent retrouver ce ou surtout ceux qu’ils avaient laissés, se lançant à nouveau dans cette folle aventure de l’alya en connaissant un peu mieux les règles du jeu.


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