La Maison des Combattants du Ghetto a lancé depuis le mois de janvier une opération de sauvetage des documents historiques témoins de la Shoa : lettres, journaux intimes, témoignages, photographies ou encore toutes traces écrites de la période de l’holocauste. Le présupposé est le suivant : de nombreux documents précieux dorment encore dans les greniers, les caves ou les placards des différentes communautés juives du monde…
La Maison des Combattants du Ghetto (dont le nom entier est en réalité « Centre d’Etude Itzhak Katzenelson et Musée de l’héritage de la Résistance Juive et de l’holocauste ») fut le premier musée dédié à la commémoration l’Holocauste et de l’Héroïsme Juif, fondé en 1949 par des survivants de la Shoa qui étaient membres du Kibboutz Lohamei Haguétaot situé entre Akko et Nahariya. « L’opération Grenier » (en anglais, « Opération Attic ») a été lancé suite à une prise de conscience que les traces historiques de la shoa ont souvent fait l’objet de pertes, de destructions, ou encore de disparitions. « Des écrits qui ont une grande valeur historique », selon Rami Hochman, directeur du Musée.
« Nous avons appris un peu tardivement que des écrits d’importance historique étaient cachés chez des Juifs des quatre coins du monde, surtout en Europe de l’ouest et en Europe de l’est, au Canada et aux Etats-Unis » soulignait Hochman au Jerusalem Post le 12 janvier 2010 au moment du lancement de l’opération. « L’exemple le plus éloquent est le sauvetage et la restauration du journal intime de Pola Elster, une jeune femme au rang des combattants du soulèvement du ghetto de Varsovie (qui a eu lieu en 1943) ». Le journal a été déposé à la Maison des Combattants du Ghetto par Nachi Rottenberg, le fils de Wanda Elster-Rottenberg qui était la sœur de Pola Elster qui combattit aussi lors du soulèvement du Ghetto. Wanda qui survécut au massacre, retrouva le corps de sa sœur, et à ses côtés, son journal intime partiellement brûlé. Elle prit le journal, le cacha dans son grenier et ne l’ouvrit plus jamais. Après la mort de Wanda, son fils Nachi Rottenberg fit la découverte du journal sans toutefois réaliser sa grande importance historique. Il décida de le confier aux archives de la maison des Combattants du Ghetto, et après un long processus de restauration pour empêcher une détérioration future plus grave du papier, on commença à traduire le yiddish.
Selon la Maison des Combattants du Ghetto, un trésor d’informations encore inconnues au sujet des jours de révolte du ghetto de Varsovie a pu être mis à jour grâce au journal de Pola Elster. Yossi Shavit, directeur des archives, souligna l’importance de cette découverte : les pages qui étaient suffisamment lisibles pour être traduites ont révélé les détails de la destruction du ghetto en avril 1943, puis la convocation des Juifs à l’Umshlagplaz (gare des trains), et enfin l’embarquement dans les wagons dirigés vers le camp de Poniatowa à 30 km de Lublin. Les dernières lignes du journal furent écrites lorsque Pola s’échappa de Poniatowa par un souterrain en juillet 1943.
Nachi Rottenberg raconta que dans sa famille, s’ils parlaient souvent de la shoa, l’existence du journal de Pola était en réalité passée sous silence. « Quand ma mère est morte, j’ai ressenti un grand besoin de confier tout ce qui était caché dans le grenier depuis des décennies à des professionnels, mais je n’aurais jamais pu imaginer l’importance de cette décision » soulignait Rottenberg. « Lorsque les traducteurs des archives de la Maison des Combattants du Ghetto me révélèrent ce qu’ils avaient pu lire des écrits de Pola, j’ai eu un véritable choc en découvrant des réalités historiques dont je n’avais pas idée. »