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La Shoa oubliée : les fusillades collectives en Ukraine

mardi 9 janvier 2007, par Agnès Staes


Mardi 19 décembre, une conférence organisée par l’Institut Chrétien d’Études Juives et de Littérature Hébraïque a eu lieu à Jérusalem.

Le père Patrick Desbois nous a parlé du travail qu’il accomplit actuellement. Pour comprendre l’origine de ce travail, il faut faire un retour en arrière sur la famille du père Patrick Desbois. Il est originaire d’une famille non juive dont plusieurs membres ont été déportés, dont son grand-père, en 1942. Il s’est retrouvé dans un camp à la frontière ukraino-polonaise : Rawa-Ruska. Ce lieu était une ville juive avant la guerre. Patrick Desbois y allé pour voir les lieux et a demandé au maire où étaient les Juifs tués pendant la guerre : pas de réponse. Ainsi de suite pendant plusieurs années consécutives, toujours la même question : « Où sont les Juifs ? » Même réponse : « On ne sait pas ». Un jour, le maire de ce village a demandé à Patrick Desbois de venir. Il avait convoqué 110 témoins qui racontèrent les uns après les autres l’exécution publique d’environ 10 000 Juifs. Chacun prit la parole pour témoigner de ce qu’il avait vu ou fait. En effet les Allemands réquisitionnaient les enfants de 6 à 16 ans pour avoir des petites mains pour exécuter toutes sortes de petits travaux nécessaires pour le bon déroulement de cette exécution. Ahuri devant ces horreurs, Patrick Desbois décide de mettre cela en archives, que le monde n’oublie jamais cela et que l’on redonne un nom à tous ces morts.

Par la suite, un projet commun est né entre catholiques et Juifs : trouver toutes les fosses communes d’Ukraine et auditionner les témoins qui sont encore là. (Voir le site : Yahad - In Unum)

Interview du Père Patrick Desbois
Guysen TV
Alors que dans certaines contrées des hommes remplis de haine organisent des conférences pour savoir si la Shoah a oui ou non vraiment existé, d’autres, remplis d’amour, effectuent un extraordinaire travail de mémoire
Une mythologie existe : les Allemands tuent les Juifs dans les forêts. C’est faux, les Allemands n’ont pas accès aux forêts car ils ont peur des partisans. Et si le massacre a lieu sur des collines boisées, ils font déboiser avant pour voir l’ennemi de loin. La dernière tuerie du village est toujours publique : derrière l’église ou au centre du village.

En 1941, les Allemands entrent en Union soviétique (Ukraine aujourd’hui). Avec la Verchmacht, les unités Einsatzgruppen et la police de l’ordre, ils doivent tuer les Juifs, les tziganes et les communistes.

Le travail du père Desbois et de son équipe est un travail très structuré. Il y a d’abord l’étude de deux sortes de documents :

-  Les procès allemands qui donnent une première version.

-  Les archives du KGB (version soviétique) qui sont microfilmées et se trouvent actuellement au musée de l’holocauste à Washington.

Ensuite, avec un minibus où ont pris place onze personnes, ils se dirigent vers les villages de l’Ukraine. Quand ils aperçoivent une personne âgée, ils s’arrêtent pour prendre contact et avoir des renseignements sur ce qui s’est passé pendant la guerre. Ils rencontrent alors des témoins directs des tueries. Une fois surmontée la peur causée par la crainte des représailles du gouvernement, ils arrivent à entendre et à enregistrer des témoignages plus bouleversants les uns que les autres sur la « Shoa par balles » qui a eu lieu dans ces villages.

Une seule question de fond revient sans cesse : Que s’est-il passé ?
Et là le père Desbois nous donne différents témoignages qu’il a auditionnés au cours de ses différents voyages en Ukraine à la recherche des témoins. Il le fait avec beaucoup de pudeur mais la réalité tellement cruelle nous pénètre profondément. Nous ne retrouvons jamais deux fois le même processus pour l’éradication totale du peuple juif. La seule chose qui est identique : il ne faut plus un seul Juif. Et là encore une fois, nous voyons qu’il n’y a pas de limite au sadisme humain.

Dans un premier village (Satanif) où il y avait 80 % de Juifs, les Allemands ont voulu faire un exemple. Ils ont emmuré sous le marché couvert tous les Juifs du village et ont mis sur la porte plus de deux mètres de terre. Les Ukrainiens ont réouvert la porte en 1954. Il y avait là 1500 Juifs.
Ici, les Allemands ont dit aux chrétiens de mettre une croix sur leur porte. Ceux qui habitaient dans ces maisons n’ont pas été fusillés. Tous les autres le furent. C’est l’histoire de l’Exode, du départ de l’Egypte, de façon inversée.

Dans un autre village, les hommes ont décapité les Juifs, les femmes ont décapité les enfants et les deux derniers du village ont été tués devant l’église du village. Bien souvent ce sont les paysans eux-mêmes qui ont creusé les fosses. Dés 5h du matin, ils étaient réquisitionnés, et à 5 h du soir les Juifs étaient fusillés. Après, il fallait encore reboucher les fosses.

Dans un autre village encore, les Juifs emmenés en camion ont été fusillés sur le haut de la colline. Le sang coulait dans les canalisations des maisons plus basses.

« Là où il y a des douilles, il y a des corps », dit le père Desbois Dans un petit village, 5760 douilles ont été trouvées. Or les Allemands n’avaient pas le droit d’utiliser deux douilles pour la même personne. Une fosse met trois jours pour mourir. La terre bouge pendant trois jours car certains ne sont que blessés et sont enterrés vivants. C’est le cas de cette femme que l’on a retrouvée dans la seule fosse qui a été ouverte par le père Desbois et son équipe en présence d’un rabbin pour dire le qaddish et d’une équipe ukrainienne. Cette femme protégeait de sa main la figure de son enfant sur lequel on jetait de la terre. Ni elle, ni son enfant n’ont de traces de balle.

Dans un autre lieu, les Allemands emmenèrent dans un train 1700 Juifs, leur disant qu’ils allaient en Israël. Un kilomètre plus loin, ils arrêtèrent le train, firent sortir tout le monde le long du train. C’est ainsi que tous ont été fusillés. Et nous pourrions ainsi continuer les descriptions. A l’Ouest de l’Ukraine, les fosses ne sont pas marquées. Par contre à l’Est on y trouve un mémorial où il est écrit « Gloire éternelle à l’union soviétique ».

Beaucoup de fosses ont été ouvertes par des maraudeurs pour retrouver l’or dentaire. On y retrouve des crânes coupés en deux où la mâchoire a été retirée.

Pourquoi faire ces recherches ?

Le père Desbois a deux buts principaux.

-  En mémoire de ces gens qui très souvent ont été très pauvres. Pour qu’ils aient une tombe ! Les Allemands ont de très belles tombes.

-  Réunir aussi le maximum de preuves. On vient de le voir en Iran. On entebndraz des gens dire que « les Juifs exagèrent », ou même que cela n’a jamais eu lieu. Il faut produire des preuves, comme dans une enquête policière.

« Le travail que je fais n’est pas facile », nous confie le père Desbois. Pas facile d’avoir une éthique quand on travaille sur la pire des maladies. L’équipe du père Desbois n’a trouvé que 500 fosses (sites d’extermination) et elle estime qu’il y en a 1500. Elle essaye d’établir les faits. Ce qui donne la force de faire ce travail, ce sont tous ces témoins. Et quand on leur demande s’ils ont déjà parlé, ils répondent tous unanimement : « Mais personne ne nous a jamais rien demandé ! » Sur le lieu d’une fosse où 97 000 Juifs ont été enterrés, aucun signe, aucun panneau...

Le travail que cette équipe effectue est un travail de prévention, nous explique le père Desbois. Si on ne fait pas cela, on justifie pour demain d’autres génocides. Il est important que les futurs génocideurs sachent que la mémoire de l’assassin ne restera pas intacte. C’est en fait une histoire de sauvetage. Beaucoup d’histoires ont déjà été collectées grâce à Yad Vashem. Par exemple, les Allemands ont découpé en petits morceaux et jeté à la rivière toute une famille qui avait caché des Juifs.

C’est pour établir des preuves pour eux que travaille l’équipe du père Desbois. Il est très important d’établir les preuves de la shoa à l’Est.

Il faut des veilleurs. Dès qu’un génocide se met en route, il faut que toutes les machines se mettent en route, légales ou non, pour l’arrêter. Les génocideurs savent très bien que les gens dont le groupe n’est pas touché dorment en paix !

Lire aussi :

- L’autre Shoah...

- Patrick Desbois, le juste

Mis en ligne : 9 janvier 07

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5 Messages de forum

  • Comment ne pas être boulversée et émue par un tel témoignage et une oeuvre aussi sainte que celle du père Desbois et de son équipe ? J’ai été à la conférence donnée par le père Desbois à Jérusalem et une bonne partie de la nuit je n’ai pu dormir. Je me suis demandée comment fait-il pour ne pas tomber dans le désespoir. Que le Saint Beni soit-il lui accorde sa bénédiction.
    Je me permets une réflexion : je constate que beaucoup réagissent aux choses négatives comme par exemple l’homélie de Mgr Sabbah à Noël (est-elle aussi terrible que ça ?) mais bien peu réagissent aux articles positifs que vous nous proposer souvent. C’est bien dommage.

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    • La Shoa oubliée : les fusillades collectives en Ukraine - 10 janvier 2007, par A. Levi : Mgr Sabbah est avant tout "religieux" et "chrétien" que de nom. Il appartient à cette "chrétienté" antisémite et antisioniste, plus "palestinien" qu’objectif et véritable "homme de D.ieu". Mais très heureux qu’il y ait une recherche sur la Shoah oubliée. andré créteur.

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    • Les hommes sont plus pervers et psychotiques qu’ils ne sont matures et oedipiens : respectivement 80% contre 20% disait mon Maître en Psychologie psychanalytique...Ainsi, y a-t-il davantage d’homélies du style Sabbah que de Travaux du style Desbois !.. C’est Naturel, et Normal au sens Statistique ...
      Qu’y faire ? Se battre, sans fin, et ne pas hésiter à être "suffisamment violent" quelquefois...
      La mode d’aujourd’hui me parait à la mollesse et la passivité d’une population qui, envahie de "belles âmes" semble avoir oublié les millions de soldats, souvent engagés volontaires, qui ont conquis avec leur vie, cette Quiétude dont elle jouit sans vergogne....jusqu’à ce qu’une "guerre vraie" "imposée" n’oblige les humanistes démocrates à se battre enfin pour Dantzig...

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  • La Shoa oubliée : les fusillades collectives en Ukraine 28 mars 2010 15:47, par redureau (pantin)

    mon pere à été prisonnier à rawa ruska pendant les années 1942à1944 il à reussi à s’evadé et votre livre ma appris beaucoup de choses qu’il ne ma pas parlé car il avait dit avec ma mere tous ce qu’il avait vu mais il ne parlerait plus de tous cela

    Répondre à ce message


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