Il y a quelques années, lors d’une émission du jeu télévisé « Questions pour un champion », une des premières questions posées était : « Quel est l’emblème du christianisme ? » Un candidat trop savant, et trop prompt, répondit immédiatement : « Le poisson. » Malheureusement, cette réponse n’était pas celle qui figurait sur la fiche de l’animateur de l’émission. Aucun des trois autres candidats ne put ensuite donner la réponse attendue : la croix.
La découverte archéologique qui vient d’être faite à Mégiddo fournit l’occasion de donner, à défaut d’un exposé scientifique complet sur cet immense sujet, quelques indications très sommaires sur deux symboles chrétiens anciens : la croix et le poisson.
La reconnaissance de la croix comme instrument du salut remonte à saint Paul : « Que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ. » (Gal. 6,14). On pourrait citer bien d’autres références.

- St Clément de Rome
Instrument de la victoire sur la mort, la croix est présentée d’abord comme glorieuse. La glorification de la croix est l’élément commun à tous les courants judéo-chrétiens anciens. Les premières représentations quelque peu élaborées de la croix, par exemple dans des mosaïques anciennes, ne représentent pas le crucifié, mais montrent un Christ glorieux tenant à la main sa croix comme un sceptre. Plus tard, apparaissent des représentations du Christ en majesté sur la croix ; qu’on pense par exemple au célèbre crucifix de Saint-Damien, dont la contemplation marqua François d’Assise de façon décisive ; ou encore, à la magnifique mosaïque de l’église Saint-Clément de Rome, où la croix apparaît comme un arbre de vie dans les branches duquel viennent s’inscrire toutes les activités de la vie humaine.
On peut considérer comme relativement tardifs les « crucifix », c’est-à-dire les représentations du Christ sous la forme d’un corps sans vie accroché à la croix. La liturgie latine du vendredi saint contient une « adoration de la croix » (et non du crucifié) lors de laquelle les fidèles viennent vénérer une croix nue.
Si la reconnaissance de la croix comme instrument du salut remonte aux origines même du christianisme, il faut attendre le quatrième siècle pour en trouver des représentations. Sans doute parce que les premières générations chrétiennes répugnaient à représenter un instrument de supplice encore en usage. Certains textes patristiques disent d’ailleurs que la croix n’a pas besoin d’être représentée, puisque le chrétien sait la découvrir partout dans la nature, comme par exemple dans l’oiseau qui vole. Une représentation déguisée de la croix, bien attestée dans les catacombes de Rome, est celle de l’ancre marine : le croyant peut discerner la croix dans la barre verticale et la barre horizontale supérieure. C’est en même temps une allusion au passage de l’épître aux Hébreux qui fait de l’ancre le symbole de l’espérance (He 6,19-20) : Jésus ressuscité est pour les chrétiens une ancre jetée « au-delà du voile » et qui nous arrime déjà à l’éternité glorieuse.
Avant les représentations de la croix - et la découverte de Mégiddo semble bien le confirmer - un des symboles iconographiques du christianisme était le poisson. Le symbole est double.

- Mosaïque de Mégiddo
Le poisson vit dans l’eau. Il est le symbole du chrétien, qui est parvenu à la vie nouvelle par les eaux du baptême. Les peintures des catacombes confirment cette interprétation, attestée aussi chez les Pères de l’Église. « Nous, petits poissons, nous naissons dans l’eau, écrit Tertullien au IIIe siècle. « Il t’a été réservé que les eaux te régénèrent par la grâce, comme elles ont engendré les autres êtres vivants à la vie terrestre. », écrit de son côté saint Ambroise, qui fut le maître de saint Augustin. Les eaux du baptême évoquent elles-mêmes un symbolisme très riche, qui est développé par exemple dans la formule liturgique de bénédiction de l’eau dans la nuit de Pâques, depuis les eaux du déluge jusqu’à celles qui jaillissent sous le seuil du temple, dans la vision du prophète Ézéchiel, et qui donnent naissance à un fleuve où foisonne le poisson, et sur les rives duquel croissent des arbres de vie - sans oublier, bien entendu, les eaux de la Mer Rouge, dont le passage marque la rupture entre la terre d’esclavage et l’accès à la liberté.
Symbole du chrétien, le poisson est aussi, et peut-être d’abord, celui du Christ. En grec, poisson se dit Ichtus. La tradition chrétienne voit dans ce terme les initiales des mots grecs : Ièsous Christos Théou Uios Sôter, Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur. Cette orthographe a donné lieu à des spéculations reposant sur le fait que le mot Sôter, sauveur, comporte cinq lettres, comme le poisson (ictus) qui a été crée le cinquième jour. Indépendamment de ces subtilités, la tradition chrétienne ancienne n’est pas en peine pour relier ce symbole à des antécédents bibliques, par exemple le poisson dont il est question dans le livre de Tobie, et qui est source de guérison et de vie. On pourrait évoquer aussi la présence du poisson dans les récits des rencontre entre Jésus ressuscité et ses disciples, dans les Évangile de Luc (24,42-43) et Jean 21,1-14).
Benoît XVI a voulu que l’abrégé du Catéchisme de l’Église Catholique, publié récemment, comporte des illustrations. Alors que la culture religieuse de nos contemporains est dramatiquement indigente, il faut souhaiter que les chrétiens, par la connaissance des symboles traditionnels de leur religion, redécouvrent la richesse de leur patrimoine.