Mouvement créé en 1987 par le Cheikh Yassine dans la Bande de Gaza comme une branche autonome des frères musulmans d’Egypte.
Genèse du mouvement
Ahmad Ismail Yassine, paralysé des jambes suite à une mauvaise chute au cours d’une partie de football, adhère en 1955 au mouvement des Frères musulmans et enseigne l’arabe sans avoir fait des études universitaires. C’est en 1967, après la guerre des six jours ,lorsque la Bande de Gaza passe sous la juridiction militaire israélienne, qu’il se consacre à la réorganisation des frères musulmans. Il développe, grâce à des subsides de l’Arabie Saoudite, un réseau d’écoles, de dispensaires, d’associations, de clubs sportifs et d’institutions culturelles et caritatives. Il fonde en 1978 l’université islamique de Gaza. A cette époque, le Fatah de Yasser Arafat multiplie les attentats en Israël et dans le monde. Le gouvernement de Jérusalem voit dans le mouvement du Cheikh Yassine un contre pouvoir à l’OLP et favorise d’autant plus son développement que la lutte armée ne fait pas partie de son idéologie.
La guerre du Liban en 1982, sera un tournant historique dans la genèse du mouvement : le Cheikh Yassine lance le mouvement des Moujahidins Palestiniens pour combattre ‘soldats de l’occupation’. Arrêté en 1984 par Israël et condamné à 13 ans de prisons pour incitation à la haine et port d’armes illégales, il est relâché l’année suivante dans le cadre d’un échange de prisonniers (accord Jibril).
Création du Hamas
En 1987, la première Intifada est déclenché par le Fatah. Le mouvement de Yasser Arafat devient de plus en plus populaire dans le fief du Cheikh Yassine, la Bande de Gaza. Se voyant devancé par son concurrent de toujours, il décide lui aussi de se joindre à la lutte armée. Jouissant d’une structure solide (celle des Frères musulmans), d’un réseau d’institutions et de fonds importants, il fonde le 14 décembre 1987 le Hamas (zèle), acronyme en arabe de Mouvement de la résistance islamique. C’est le 18 août 1988 que le nouveau mouvement publie sa Charte et qui se présente comme islamique avant d’être palestinien :
« Le Mouvement de la Résistance Islamique puise sa ligne directrice de l’islam. De l’Islam il puise ses idées, sa façon de penser et sa compréhension de l’univers : la vie, l’homme. Il y a recours dans ses jugements et sa conduite, il s’en inspire comme guide pour tout acte. » (article 1)
« En adoptant l’islam comme règle de vie, le Mouvement revient au temps de la naissance de l’Islam et du message Islamique et des ancêtres vertueux, car Allah est son objectif, le Prophète son exemple et le Coran sa constitution. Quant à sa dimension dans l’espace, le Mouvement est partout où il y a des musulmans qui embrassent l’Islam comme chemin de vie, partout sur le globe. Ainsi, le mouvement atteint les profondeurs de la terre et monte jusqu’au Ciel. » (article 5)
Le mouvement se décrit lui comme radical aussi bien sur le plan religieux que politique :
« Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf islamique (propriété sainte) consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres. Aucun pays arabe, président arabe ou roi arabe, ni tous les rois et présidents arabes réunis, ni une organisation même palestinienne n’a le droit de le faire. La Palestine est un Waqf musulman consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Qui peut prétendre avoir le droit de représenter les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier ?
Tel est le statut de la terre de Palestine dans la Charia, et il en va de même pour toutes les terres conquises par l’islam et devenues terres de Waqf dès leur conquête, pour être consacrées à toutes les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. » (article 11)
« Les initiatives et les soi-disant solutions de paix et conférences internationales sont en contradiction avec les principes de la Résistance Islamique. Violer n’importe quelle partie de la Palestine est une atteinte à la religion....Il n’existe pas de solution à la question palestinienne, excepté le jihad. Les initiatives, les propositions et les conférences internationales sont une perte de temps et des tentatives vaines. Le peuple palestinien refuse d’accepter que son avenir, ses droits, et son destin soient l’objet de spéculations. »
Ce qui oppose clairement la charte de l’OLP d’avec celle du Hamas est la radicalité religieuse qui ne laisse aucune porte ouverte au dialogue ou à la négociation.
Les premières actions contre Israël
Ce n’est seulement que le 18 février 1989 que le Hamas entreprend sa première action en kidnappant et en tuant un soldat de Tsahal.
En 1991, le Cheikh Yassine est arrêté et condamné à la prison à perpétuité. A cette époque la plupart des actions du Hamas sont dirigées contre l’armée israélienne. 1992 est une année charnière puisque l’organisation arrive à commettre 14 attentats. Le mouvement devient de plus en plus populaire dans la Bande de Gaza et des antennes s’ouvrent un peu partout en Cisjordanie. Le mouvement est une force incontournable pour les Israéliens comme pour Yasser Arafat.
Les années Oslo
En 1993, le Hamas rejette en bloc les accords d’Oslo et le Cheikh Yassine appelle à la poursuite de la lutte armée contre Israël. Yasser Arafat élu président de l’Autorité palestinienne, fait arrêter en janvier 1995 prêt de 170 militants du Hamas impliqués dans des attentats. Cette mesure très impopulaire dans la rue palestinienne, provoquera un début de déstabilisation du nouveau pouvoir qui conduira à une crise ouverte entre les organisations palestiniennes. Finalement, Yasser Arafat sera obligé de les relâcher tous.
Les années d’Oslo seront marquées par une série d’attentats particulièrement sanglants ayant pour but de stopper le processus de paix. Le Hamas et le Jihad islamique seront les deux organisations qui s’opposeront à chaque accord Israélo-palestinien. En 1994, le Hamas utilise une nouvelle arme : l’attentat suicide. Le premier attentat de grande envergure sera le 19 octobre 1994 lorsqu’un terroriste se fait sauter dans un bus en plein centre de Tel Aviv faisant 22 morts et 50 blessés.
En janvier 1996 Yehia Ayache, « l’ingénieur » du Hamas est tué par les Israéliens. Les représailles seront terribles avec une série d’attentat à Tel Aviv, Jérusalem et Ashkelon qui aura pour conséquence plus ou moins direct l’arrivée au pouvoir le 29 mai 1996 de Benyamin Netanyahou et l’arrêt plus ou moins progressif du processus d’Oslo. Sous le gouvernement Netanyahou les attentats diminuent.
L’année suivante, suite à une bavure du Mossad à Amman (l’assassinat manqué du chef du bureau politique du Hamas), le roi Hussein de Jordanie exige la libération du Cheikh Yassine en échange des deux agents du Mossad arrêtés. Le 1er octobre, le leader du Hamas est accueilli dans la bande de Gaza par des dizaines de milliers de personne qui le couronnent ‘roi de l’Intifada’.
Sa présence dans la Bande de Gaza, va très vite faire de l’ombre aux dirigeants de l’Autorité palestinienne qui n’ont aucun contrôle sur les institutions du Hamas et la police palestinienne doit composer avec les différents groupes armés du Hamas qui se multiplient.
En été 2000, lorsque Yasser Arafat s’envole pour Camp David, le Hamas mène une campagne virulente contre l’accord qui se profile.
Le Hamas depuis septembre 2000
Lorsque la seconde Intifada éclate, le Hamas reprend les attentats aussi bien dans les Territoires qu’en Israël. Pour le Cheikh Yassine, Tel Aviv est une implantation au même titre que Qyriat Araba, aucune distinction n’est opérée.
Depuis Septembre 2000, le Hamas a commis 425 attentats dans lesquels 377 personnes ont été tuées et 2076 ont été blessés.
En avril 2002, il permet aux femmes de mener des attentats suicides.
Le lundi 22 mars 2004, le Cheikh Yassine est tué par les Israéliens dans la Bande de Gaza. Un page de l’histoire du Hamas se tourne. Les dirigeants du Hamas proclament une troisième Intifada du nom d’Intifada de Yassine.
Le lendemain, Abdel Aziz Al-Rantissi devient le nouveau du Hamas. Ce médecin pédiatre fut un des plus fidèles du Cheikh Yassine mais son autorité est loin d’être reconnu par ses pairs.
| Le Journal de l’Intifada d’El Aqsa |
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Jean-Marie Allafort |
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27. 09. 2000 : Le premier attentat de l’Intifada d’El Aqsa :
Deux charges explosives tuent un soldat et en blessent un autre près de l’implantation de Netsarim
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Le Hamas est une des organisations les mieux constituées avec des écoles gratuites, des dispensaires, des clubs et des institutions culturelles. Ils font ce que l’Autorité palestinienne n’est pas capable de faire d’où sa grande popularité. Son budget annuel est estimé entre 30 et 50 millions de dollars par an et il est devenu une véritable puissance financière dont les Palestiniens ne peuvent se passer. Le Cheikh Yassine avait créé la banque Al Aqsa, branche financière du Hamas au Etats-Unis. Depuis que les Etats-Unis et l’Union européenne ont déclaré le Hamas organisation terroriste, il dépend en grande partie du financement venant du monde arabe. De fait, en septembre 2003, l’Union européenne a inclus le Hamas sur la liste noire des organisations terroristes. Les Etats-Unis ont eux aussi classé le Hamas comme une organisation terroriste et refusent toutes négociations.
En mars 2005, le Hamas avait accepté avec une dizaine d’autres organisations une trêve informelle des attentats anti-israéliens à la demande de Mahmoud Abbas, dirigeant du Fatah et président de l’Autorité palestinienne.
En été 2005, le gouvernement d’Ariel Sharon décide le démantèlement de toutes les implantations de la Bande de Gaza. Ce retrait unilatéral d’Israël est vu par le Hamas comme une véritable victoire et une défaite pour l’ennemi sioniste. Le mouvement islamique fait flotter son drapeau vert sur les anciennes implantations israéliennes.
En septembre de la même année, Tsahal se retire de l’axe dit de Philadelphie à la frontière égyptienne. Désormais, les armes pourront entrer plus facilement dans la Bande de Gaza.
Le Hamas au pouvoir
En janvier 2006, le Hamas remporte une large victoire aux élections dans les territoires palestiniens. Mahmoud Abbas nomme un Premier ministre issu du mouvement islamique en la personne de Ismaël Haniyeh.
Les dirigeants du Fatah, sous le choc, excluent tout gouvernement de coalition avec le Hamas. Israël annonce qu’il ne reconnaît pas le gouvernement palestinien et le quartet prône des sanctions économiques contre l’Autorité Palestinienne. Ils exigent la reconnaissance de l’existence d’Israël ainsi que le respect des accords internationaux signés. En Europe, particulièrement en France, on est persuadé que le pragmatisme l’emportera et que le Hamas reconnaître l’existence d’Israël. Cette reconnaissance ne viendra pas.
Les tensions entre le Hamas et le Fatah sont de plus en plus vives. Les premiers combats de rue dans la Bande de Gaza entre les milices inquiètent les dirigeants arabes, particulièrement l’Egypte.
Le Hamas tire régulièrement des roquettes sur la ville de Sdérot et sur le Néguev occidental mais ne programme plus d’attentats suicides en Israël.
Le 25 juin 2006, lors d’une infiltration dirigée par le Hamas dans la zone du kibboutz Kerem Shalom, 2 soldats de Tsahal sont tués, 4 autres blessés et le caporal Guilat Shalit est enlevé. C’est la première victoire militaire contre Israël depuis que le Hamas est au pouvoir.
Les combats entre les milices du Fatah et du Hamas font rage. Le Premier ministre Hanieyh et le président Mahmoud Abbas arrivent à un accord à la Mecque et décident la création d’un gouvernement d’union nationale qui entre en fonction le 15 mars 2006.
Très vite, les combats de rue reprennent et le gouvernement est incapable d’endiguer la violence. L’Union Européenne annonce le retrait partiel des sanctions économiques contre les Palestiniens.
Le 9 juin 2007, les violences reprennent. Les combats entre le Hamas et le Fatah sont d’une extrême violence. Le 14 juin, la Bande de Gaza tombe aux mains du Hamas alors que les dirigeants du Fatah, dont Mohamed Dahlan, ont fuit. Le président Abbas déclare l’état d’urgence et limoge le gouvernement d’union nationale dirigé par Haniyeh.
Dernière mise à jour le 15 juin 2007