Avec le P. Marcel Dubois, c’est une figure importante et originale de l’Église de Terre Sainte qui disparaît.
Né en 1920, le P. Dubois, dominicain, était arrivé en Israël en 1962, pour renforcer la communauté de Saint-Isaïe crée deux ans plus tôt par deux de ses confrères, Bruno Hussar et Jacques Fontaine, et dont le but était d’établir une présence chrétienne en milieu israélien. C’est par l’enseignement universitaire qu’il s’intégra dans la société israélienne. Il enseigna la philosophie médiévale à l’Université Hébraïque de Jérusalem, où il exerça même, pendant deux mandats, les fonctions de directeur du département de philosophie à l’intérieur de la faculté des lettres. Citoyen israélien depuis 1973, il était lauréat du Prix d’Israël et citoyen d’honneur de Jérusalem.
De 1989 à 1993, il fut directeur de l’Institut Ratisbonne. Consulteur auprès de la commission du Saint-Siège pour les relations avec le judaïsme, il aura apporté une contribution décisive au progrès des relations judéo-chrétiennes par ses publications, ses conférences, ses émissions de radio et de télévision et ses multiples rencontres. Son dernier ouvrage, Nostalgie d’Israël (2006), souleva des controverses en marquant une distance par rapport aux positions qu’il avait tenues pendant la plus grande partie de sa vie. Lui-même protesta jusqu’à la fin de son amour d’Israël.
Décédé le 14 juin, il a été inhumé le lendemain dans le domaine des Religieuses de Bethléem, à Beth Jamal, près de Beth Shémesh.
Merci de nous annoncer le décès de Marcel Dubois... Il restera pour moi celui qui a Viroflay venait si souvent et a contribué à la formation des Ancelles de l’époque...
Je l’avais rencontré ensuite plusieurs fois lors de mes séjours en Israël... Son évolution, ses prises de positions ces dernières années ont été pour moi , comme pour beaucoup d’autres personnes une souffrance.
Puisse-t-il, maintenant auprès de Dieu intercéder pour que la Paix devienne réalité sur cette Terre qu’il a tellement aimée et à laquelle il a consacré tant d’années.
Ce qui m’a mis mal à l’aise, ce sont moins les propos tenus par le P. Dubois dans « Nostalgie d’Israël » que l’accueil qui a été fait à ce livre. Cet ouvrage a été salué, loué, recensé, encensé, diffusé par des gens qui ne s’étaient jamais distingués auparavant par leur amour d’Israël. Il y avait dans cette satisfaction affichée quelque chose d’indécent. Ceux qui ont applaudi à ce livre n’étaient pas ceux qui avaient recommandé ses précédents ouvrages, et inversement. Les critiques qui se sont efforcés de montrer que Marcel Dubois n’avait pas changé et qu’il était resté fidèle à lui-même n’avaient pas fait un tel tapage autour de ses publications précédentes.
Après la parution de ce livre, l’auteur a été salué comme « un grand témoin de notre temps ». À ma connaissance, il n’avait jamais été décoré de ce titre avant cette publication. Suffit-il de critiquer Israël pour être élevé à cette dignité ?
Le Père Marcel Dubois n’a pas fait que "critiquer Israël", il a aussi consacré sa vie au travail et à l’étude. Libre à chacun de monter qu’il peut en faire autant, plus et mieux. Bon courage. BC
Salut de Gatineau au Québec en ce 17 juin, il est 17.33h. Merci pour l’article et les 3 messages car il me donne le goût de connaître ses textes. J’ai souvent entendu parler de lui chez les OP d’Ottawa et en bien même si tous ne partageaient pas son point de vue. Étant pro-juif sans être sioniste, je suis heureux pour son implication dans son pays d’adoption et très ému à la pensée que son corps reposera en Terre Sainte. fr. Mario, voeux privés à la suite du Christ à cause de l’accueil et du respect du père JMRTillard,op.
J’ai connu le père Marcel Dubois lors d’une année de formation à Jerusalem. Nostalgie d’Israël est un livre courageux car son amour d’Israël y est décrit autant que ses questions. Marcel Dubois me fait penser à ses prophètes de la Bible, pour ne prendre qu’eux, qui témoignaient à la fois d’un amour ardent pour la terre et d’une capacité à la maudir quand cela était nécessaire.
C’est faire preuve d’une grande sagesse que d’oser temoigner de son parcours intellectuel avec ses élans, et ses détours. On ne peut le blâmer pour cela, d’autant qu’il suit le tradition des plus grands philosophes. Je pense à Augustin, à Pascal, à George Steiner qui ont publié sous une forme ou sous une autre les errata de leur pensée.
Effectivement par ce dernier livre il devient un grand témoin car il se fait entendre, par delà les divisions, de ceux qui n’ont jamais voulu l’écouter, et tant mieux.
Quel bonheur se doit être d’avoir vécu toute une vie au service d’une passion. Son message porte aujourd’hui au-delà des nations.
Ne pas oublier ce qu’il a fait.
mais à la fin il a retourné sa veste complètement : difficile à comprendre.
Pour info, l’avis de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, par la voix d’Yves Chevalier
Pour ma part, je ne suis pas tellement convaincu par l’argument du "retour de veste". Ce n’est pas parce qu’on s’appitoie sur le sort des juifs après la Shoah, qu’on réside sur la terre de la Bible et qu’on est professeur à l’université hébraïque que l’on se retrouve de facto dans une position de dialogue avec les juifs.
Personnellement, je trouve des constantes chez le père Marcel Dubois :
son désintérêt pour les sources rabbiniques au profit d’une approche plus historico-critique et archéologique,
son statut de spectateur face à la réalité de l’état d’Israël : dans au début, il exprimait son questionnement, soulignant la complexité de la situation, et dans son livre ultime, il finit par trancher : il est étranger à cette réalité, étant pourtant citoyen israélien.
Je crois qu’on peut parler d’évolution, mais pas de retour de veste.
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