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Le jour que le Seigneur a fait...

jeudi 13 novembre 2003, par Michel Remaud


Sur la colline de Kiriat-Yearim, qui domine le village d’Abou-Gosh, là même où l’Arche, au témoignage de l’Écriture, séjourna pendant 20 ans avant de monter à Jérusalem, la basilique Notre-Dame-Arche-d’Alliance était trop petite, en ce 9 novembre 2003, pour accueillir les 750 participants à l’ordination épiscopale du Frère Jean-Baptiste Gourion. Une centaine d’entre eux durent suivre la cérémonie de l’extérieur, grâce à un écran installé sous les arcades. Foule où se mêlaient catholiques israéliens, chrétiens de différentes confessions, juifs et palestiniens, personnalités politiques et religieuses israéliennes, diplomates venus d’Israël, de France et d’autres pays. Une joie unanime se lisait sur les visages, et même l’averse qui se mit à tomber à l’heure précise où le cortège se mettait en marche fut interprétée spontanément par certains comme une pluie de bénédiction, guechem berakha.

Le patriarche latin de Jérusalem, Sa Béatitude Monseigneur Michel Sabbah, présidait la célébration, assisté du Cardinal Roger Etchegaray et du nonce apostolique en Israël, Monseigneur Pietro Sambi. Cette double présence témoignait de l’engagement personnel du pape dans la décision de confier à Monseigneur Jean-Baptiste Gourion la responsabilité pastorale des catholiques hébréophones. Parmi les autres évêques présents, Monseigneur Gaston Poulain, évêque de Périgueux et ancien président du Comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme, avait été spécialement délégué par ses collègues rassemblés à Lourdes pour représenter à l’ordination la conférence des évêques de France.

Il n’est guère possible de traduire par des mots l’atmosphère de ces deux heures et demie de célébration, où l’on vit même de dignes rabbins scander discrètement de la main le rythme des chants liturgiques. L’un d’entre eux confiait à un prêtre, à l’issue de la célébration, les sentiments complexes qu’il avait éprouvés en entendant des textes bibliques bien connus prendre dans la liturgie catholique une autre signification que celle qui lui était familière.

Particulièrement émouvant fut le témoignage rendu à Monseigneur Gourion, au début de la célébration, par un chrétien palestinien de Bethléem :
« Comme nous parlions en famille de l’ordination de Monseigneur Gourion, mon fils Karim, de 14 ans, nous a suggéré de faire le commentaire que voici : Abouna, c’est ainsi que tout le monde l’appelle, ici, en France, ou à Abou Gosh. Abouna, notre père, c’est ce qu’il a été pour nous. Il nous a accompagnés lors des moments heureux [...] et il nous soutient à travers cette épreuve difficile, en nous encourageant à lutter pour la paix, en tant que chrétiens palestiniens. Même lorsque nous étions tous désespérés, Abouna était là pour nous aider. Nous espérons qu’ensemble, Abouna et Monseigneur Sabbah réussiront à fortifier les racines de cette Église, mère de la chrétienté. [...] Pour ma part, je voudrais ajouter quelque chose qui nous a toujours beaucoup marqués chez Abouna. C’est quelqu’un qui, sans jamais renier ses origines, est toujours resté proche de nous, il souffre profondément de la situation dans laquelle nous sommes. Nous nous sommes d’ailleurs toujours sentis soutenus par l’ensemble de la communauté d’Abou Gosh, que nous voyons comme un lieu de rencontre et d’ouverture [...]. »

Un tonnerre d’applaudissements répondit aux paroles de conclusion du nouvel évêque, lorsqu’il dit en substance, en hébreu : « Je suis habité depuis quelque temps par cette phrase, que je vous livre sans être certain d’en saisir moi-même toute la signification : “Sof sof hazarnu habbaita” . » Ce qu’on peut traduire : « Enfin, nous sommes revenus chez nous. » Jour attendu depuis plus de cinquante ans, où il était difficile de ne pas penser à tous ceux qui avaient rejoint leur maison d’éternité sans avoir vu leur communauté rentrer enfin « à la maison » sur cette terre. Tous le sentaient plus ou moins confusément et beaucoup le disaient explicitement : autant que l’élection d’un nouveau pasteur, cette ordination était aussi une nouvelle naissance pour l’Église de langue hébraïque. En offrant nos vœux à Monseigneur Gourion, nous saluons un événement qui marque le début d’un nouveau chapitre de l’histoire de l’Église, fragile et plein d’espoir comme toute naissance, sur la terre où furent prononcés, il y a vingt siècles, les premiers mots de la foi chrétienne.

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