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Le piège des fausses symétries

lundi 12 mars 2007, par Michel Remaud


La comparaison entre l’extermination des Juifs par le régime nazi et la souffrance palestinienne est d’une telle indécence qu’on hésite à la dénoncer, puisque les arguments eux-mêmes sont forcément indécents. À ceux qui l’ignoreraient, ou qui ne seraient pas informés sur le nazisme, il faut donc prendre la peine de rappeler qu’Israël n’a jamais planifié la suppression physique des Palestiniens et qu’il n’y a pas en Israël ni en Palestine de chambres à gaz ni de fours crématoires. Mais pourquoi argumenter ? Ceux qui ne comprennent pas tous seuls ne comprendront pas davantage si on leur explique, puisque la fermeture aux arguments n’est pas d’ordre intellectuel, mais idéologique.

Si on veut vraiment trouver des éléments de comparaison, surtout si on est de nationalité française, on pourrait se référer à l’Algérie. C’est plus près de nous à tous points de vue. Mais il est toujours plus facile de crier son indignation devant les crimes des autres que de ne pas refouler ses propres souvenirs.

À la vérité, la seule comparaison ou mise en parallèle qui serait pertinente est celle qui est par nature impossible : il faudrait comparer les conséquences de la clôture de sécurité à ce que cette clôture veut empêcher : les attentats suicides. À ceux qui n’auraient qu’une idée lointaine ou abstraite de la réalité des attentats, on peut conseiller ou recommander quelques lectures : « Zaka : un autre visage du Judaïsme » ; « Les manuels scolaires palestiniens » ; « Le dossier Arafat », et en particulier le compte-rendu du chapitre 2.

Mise en parallèle impossible, parce que les deux éléments à comparer ne peuvent pas être vrais simultanément : quand il n’y avait pas de mur, il y avait des attentats ; et parce qu’il y a un mur, il n’y a plus d’attentats - ou, du moins, il n’y en a presque plus. Pour qu’il y ait quelque chose à comparer, il faudrait - has vehalila ! comme on dit en hébreu, ce qu’à Dieu ne plaise ! - que les visiteurs se trouvent au « bon » moment sur les lieux d’un attentat pour voir ce à quoi un attentat ressemble. ll ne faut pas le souhaiter, mais on pourrait au moins souhaiter que les agences mettent à leur programme des rencontres avec des témoins ou des proches de victimes. Un soir où je parlais à un groupe de pèlerins, j’ai eu droit à l’inévitable question : « Que pensez-vous du mur ? » J’ai répondu : « Si ce mur n’existait pas, vous ne seriez pas là. » Passées les première secondes de stupéfaction, j’ai rappelé que lorsque cette clôture n’existait pas, on ne voyait aucun pèlerin à Jérusalem. Depuis qu’elle existe, les visiteurs reviennent, vont voir « le »mur et le prennent en photo, passent de l’autre côté du mur - ce que les Israéliens ne peuvent pas faire - pour acheter des souvenirs chez les commerçants de Bethléem, qui ne voyaient pas un chat quand le mur n’existait pas, puis rentrent chez eux pour exprimer leur indignation dans la presse locale et les réunions paroissiales.

Ayant vécu sur place la « grande » période des attentats, j’apprécie de pouvoir circuler normalement dans Jérusalem, d’aller faire mes courses au marché et ne pas avoir à emprunter les ruelles désertes en traversant le plus vite possible les grandes artères. M’accusera-t-on de cynisme ou d’indifférence à la souffrance palestinienne ? Je suis aussi informé sur la situation des Palestiniens que ceux qui lisent le journal à trois mille kilomètres d’ici et je souscris sans réserve à tout ce qui est écrit dans ces colonnes sur les injustices dont les Palestiniens sont victimes. Mais il faut avoir l’honnêteté de ne pas voiler la moitié de la réalité.

Lorsqu’on parle de cela, même avec des interlocuteurs qui sont a priori favorables à Israël, on se heurte toujours à une certaine incrédulité lorsqu’on souligne l’efficacité de la clôture. Il faut bien le reconnaître, le travail des infatigables tâcherons de la désinformation n’est pas inefficace. Beaucoup de leurs auditeurs ou de leurs lecteurs, en toute bonne foi, pensent que ce mur ne sert qu’à empoisonner la vie des Palestiniens, et que l’argument de son efficacité n’est qu’un mensonge de la propagande israélienne. Même les grands journaux réputés sérieux osent rarement parler de la clôture de sécurité sans mettre ce mot de sécurité entre guillemets. Un jour où je parlais de cela dans une communauté religieuse en France, la supérieure m’a dit : « Nous vous croyons parce que nous vous connaissons, mais nous ne pourrions pas nous permettre de le répéter. »

Il m’est arrivé d’entendre une variante en apparence plus modérée. L’interlocuteur concédait que cette clôture était une protection efficace contre les attentats, mais se demandait si ses effets pervers ne l’emportaient pas sur les raisons qui justifiaient son existence. Sauver la vie de quelques milliers de Juifs, est-ce que cela pouvait être mis en balance avec la privation de liberté dont les Palestiniens étaient victimes... ? Encore une mise en parallèle... Le problème peut-il être posé dans ces termes ? Oui, apparemment, puisque ça se fait... Est-il immoral, de la part d’un État, de chercher à protéger la vie de ses ressortissants ?

Qu’on me permette d’ajouter ici une question et une réflexion. Où sont passées les sommes reçues de la communauté internationale par l’Autorité palestinienne depuis quatorze ans ? Il est permis de penser que si cet argent avait été investi dans les territoires au lieu de servir à financer le terrorisme et la corruption ou à alimenter le compte personnel de Madame Arafat, les Palestiniens auraient moins besoin de venir chercher du travail en Israël. Je n’ignore pas que cet argument pourra être « récupéré » par ceux qui disent que les Palestiniens sont les seuls responsables de leur malheur. On sait bien, malheusement, que lorsqu’on essaie d’être équilibré, on court le risque inévitable que le lecteur ne retienne que les arguments qui confortent sa bonne conscience et escamote les autres.

Il ne faut pas se faire d’illusion : plus le temps passera, et plus le souvenir des attentats sera lointain et abstrait, et plus l’existence du mur sera intolérable, justement parce qu’il est efficace. On aimerait que les donneurs de leçons proposent des solutions concrètes et réalistes, et non des incantations du genre : « Que les Israéliens deviennent gentils, et les Palestiniens le seront aussi. » C’est un peu plus compliqué que ça.

Mis en ligne le 12 mars 07

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4 Messages de forum

  • Il y a beaucoup de vrai dans ce que vous écrivez. Mais aussi il y des situations d’injustice et des excés dénoncés par des associations israéliennes elles-mêmes. Tout en tenant votre ligne, il faut en parler aussi. C’est même une façon de protéger Israël des vieux démons de toutes raisons d’état. Défendre et dénoncer, pour protéger ceux que l’on aime, tous ceux que l’on aime. C’est un rôle ingrat et souvent dangereux. Les coup pleuvent des deux côtés à la fois. Et pour avoir rappelé l’Algérie, rappelez que les hommes de bonnes volonté de chaque camp on été les premiers à être assassinés, par un côté comme par l’autre. Dans toutes ces divisions et ces folies, il n’y a pas que l’homme en jeu, il y a aussi une signature. Et celle là se négocie au prix du sang. BC

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  • > Le piège des fausses symétries 16 mars 2007 11:06, par Christophe

    Votre argumentation est bonne concernant la mise en parallèle entre la Shoah et l’agonie des Palestiniens. Mais justement parce que c’est une euthanasie lente que le drame Palestinien est insupportable. Je suis allé en Terre Sainte en 1975 et 1977. A l’époque l’espérance était encore dans le coeur des Palestiniens. Il y avait des heures d’attente, pour les seuls Palestiniens, au Pont Allenby, mais c’était les seuls barrages humiliants pour les Palestiniens. J’ai cru comprendre qu’aujourd’hui il y en a un tout petit peu plus ! Quand des parents incitent leurs enfants pour qu’ils provoquent la police afin d’aller en prison pour qu’ils ne meurent pas de faim, quand des jeunes préfèrent se tuer, certes pour tuer des Israéliens innocents, en se transformant en bombe humaine, il faut commencer à se poser des questions que la grande majorité des Israéliens refusent obstinément de se poser. Les Israéliens ont peur de la fécondité des femmes Palestiniennes. En retour devant le déséquilibre patent des victimes (Cf. le site très bien fait : http://www.ifamericansknew.org/ où la froideur des chiffres, non mis à jour, est gage d’objectivité !), les Palestiniens veulent au travers de leurs gestes désespérés, clamer au Monde leur situation sans issue. Quand on lit sur le site de "la Paix maintenant" qu’un tiers des implantations ont été effectuées sur des terrains possédés par des particuliers Palestiniens, on ne peux que constater une volonté d’humilier qui provoque la même réaction que celles des résistants Français face à l’occupant nazi ! C’est à dire des assassinats d’officiers allemands dans le métro ou dans des embuscades. La différence est dans le fait que les Israéliens ont quitté leur terre, certes contre leur gré, durant 1878 ans (1948 - 70) et qu’en droit, au terme d’un bail emphytéotique de 99 ans, le locataire peut raisonnablement se considérer comme propriétaire du bien ou du territoire. Alors au bout de 1 878 ans, on ne se pose même plus la question ! Dieu, dans la Bible, parle d’un peuple à la nuque raide ! On constate que 1 878 d’exil n’a pas réussi à assouplir sa nuque. Malgré tout il faut espérer qu’à l’image de Jean-Paul II, le peuple hébreu se repentira un jour prochain de son orgueil et de l’arrogance qu’elle a importé des USA. C’est entre autres, le but des apparitions de Marie à Medjugorje, puisqu’elle s’est présentée dans un petit village catholique noyé dans un pays à 98% musulman, comme : "Je suis la Reine de la Paix et de la Réconciliation". Cela vise bien évidemment, d’abord les Orthodoxes Serbes et les Musulmans, mais je pense que Marie ne pourra jamais oublier ses frères et soeurs qui vivent dans le pays où est né son Fils. La mort (naturelle) de la génération des juifs qui ont connu la Shoah est sans doute nécessaire pour que les Sabras qui sont nés en Israël, prennent conscience que ce qu’ont fait leurs parents, fondateur de l’Etat d’Israël, vis à vis des Palestiniens, leurs frères, était le fruit amer des drames inouïes qu’ils avaient vécus en Europe durant 5 ans. Je pense en particulier que la petite communauté catholique hébraïque de Terre Sainte, aidée et soutenue par leur frères Palestiniens Catholiques, et dans la prière, par tous les Catholiques du Monde entier, a un rôle éminent à jouer en lançant des ponts à l’image de ceux qu’a lancé Jean-Paul II en 2000. Le titre de Pontife : « Ponti fex », i.e. faiseur de ponts, n’est il pas le plus titre que pourrait revendiquer et donc ambitionner cette petite communauté ?

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    • > Le piège des fausses symétries 16 mars 2007 15:43, par Elie Gérard

      Euthanasie lente des palestiniens dites-vous ? je n’ai guère l’impression que les palestiniens soient euthanasiés ! ils sont capables de voter pour les terroristes du Hamas sachant que celui-ci refuse fondamentalement de reconnaitre Israel. Ce faisant ils prennent le parti de continuer dans la voix du terrorisme jusque non pas la paix avec Israel mais jusqu’à la destruction de cet état. Les mères palestiniennes pourront continuer à se réjouir de voir leurs enfants grimper au ciel après s’être fait exploser au milieu de civils innocents.

      Il ne faut pas dénaturer l’histoire : bien avant la création de l’état d’Israel, bien avant 1939 les palestiniens s’attaquaient aux juifs, les kibbouts devaient se protéger, c’était l’opération Tour et Palissades. Les juifs construisaient le système de défense avant même de construire les maisons. Cela se passait sur des terres achetées très régulièrement à leurs propriétaires arabes. Actuellement les implantations ont toulours lieu sur des terres achetées ou domaniales et si il peut y avoir des expropriations elles ne sont pas gratuites. Et dans notre pays, la France , on exproprie aussi pour construire.

      Durant la guerre 39/45 les palestiniens furent les alliés des nazis : Amin Husseini mufti de Jérusalem fréquentait Hitler et Himmler. Husseini créa la légion SS musulmane croate. Le jour où Israel proclama son indépendance comme le voulaient les nations unies, ce pays à peine né fut envahi par les nations arabes : Egypte, Syrie, Jordanie etc...

      A propos du pont Allenby, c’est Moshé Dayan qui instaura la politique des ponts ouverts. Fallait-il le faire sans controle au risque de voir des terrosristes s’introduire en israel ?

      Faut-il aussi rappeler le « triple non de Karthoum« pas de reconnaissance d’Israel, pas de paiux avec Israel ?

      Non les juifs n’ont pas quitté leur terre il y a deux mille ans : ils en ont ete expulsés ! et depuis chaque année les juifs répètent : l’an prochain à Jérusalem. Il n’y eu jamais de renoncement juif au retour au pays des douze tribus. Et ce retour n’est pas le fruit amer de la Shoah mais le fruit d’une volonté de retour deux fois millénaire

      Elie Gérard

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  • > Le piège des fausses symétries 16 mars 2007 14:26, par ARBEZ Alain René

    On en reparlera quand les Palestiniens seront capables de reconnaître Israël sans arrière-pensée du genre "taqqiya" et qu’ils arrêteront de soutenir des partis islamistes à l’idéologie nazie du "judenrein". Alors de véritables accords de paix contrôlables par les Nations Unies deviendront possibles...pour autant qu’un illuminé ne relance pas le djihad. Car des négociations existent depuis 1948 et n’ont jamais rien donné parce que des arabo-musulmans soutenus par la grande Oumma estiment qu’Israël ne doit pas exister sur ses propres terres ancestrales, où pourtant même les villages "arabes" ont encore des noms hébraïques. L’amnésie historique additionnée à une démographie intensive ne crée pas automatiquement une légitimité exclusive et sans limites. Par ailleurs, je m’interroge sur la sincérité de ceux qui manifestent chaque semaine contre Israël et pour la Palestine au nom des "droits de l’homme" mais que le crime génocidaire qui se déroule actuellement au Darfour laisse indifférents, malgré ses 300’000 victimes en deux ans et son million 1/2 de déplacés.... Abbé Alain René Arbez, prêtre, Genève (CH)

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