Les deux corps sont revenus au pays. Les deux cercueils noirs, arrivés du Liban au poste de frontière de Rosh Hanikra, ont été enveloppés du drapeau bleu et blanc comme d’un talith, le châle de prière. Le père de Eldad Reguev récite le Kadish. Le Hazan chante des psaumes, le chant funèbre. Les 2 cercueils sont transportés par deux camions militaires à la base de Cirga. Une cérémonie avec les familles, les proches et le Premier ministre Olmert, le ministre de la défense Barak et le chef d’armée Askénazi. Jeudi matin, Ehud Goldwasser est enterré à Naharia, et, à 14h, Eldad Reguev à Haïfa. Une foule immense venant de partout, et un silence impressionnant. Alors commencera la semaine de deuil, la shiva.
On aimerait surtout se taire. Mais beaucoup parlent. Sur les deux chaînes de Télévision israélienne, de 8h du matin jusque tard dans la nuit, les Israéliens ont pu suivre l’attente, avec encore un espoir fou de voir arriver un otage debout. Puis le déroulement de la transaction à Rosh Hanikra. Mais aussi la liesse du côté libanais à l’arrivée des 5 « héros », les prisonniers libérés dont le criminel Samir Kuntar.
Jérusalem en silence toute cette journée. Devant cette tragédie, à fin tragique, on se tait.
A la TV, plusieurs s’expriment : Les parents remercient le gouvernement d’avoir ramené leur fils au pays. Noam Shalit, le père de Guilad, otage du Hamas, dit son soulagement de savoir que les parents Goldwasser et Reguev ont ramené leurs fils au pays. Pour l’ONU, cette transaction est très importante pour les Israéliens comme pour les Libanais. Pour le Hezbollah, c’est la victoire. Pour le Hamas, une possibilité d’augmenter le « prix » pour la libération de Guilad, et de pouvoir exiger des prisonniers ayant du sang sur les mains.
« Je suis fier. Nos deux fils, nous les avons ramenés aux frontières, au pays. Ils sont chez eux, après 2 ans et 4 jours au loin. Ils reposent enveloppés du drapeau, comme d’un talith, et c’est sous le drapeau d’Israël que les camions les ont transportés. » C’est ainsi que s’exprimait l’ancien grand rabbin de l’armée, dont le visage reflétait la paix du cœur.
Devant certains qui craignent que cette transaction soit interprétée comme un acte de faiblesse par le Hamas et le Hezbollah, et que nous soyons les « perdants » dans cette affaire, « la queue et non la tête », l’ancien chef du Mossad est très clair : « Il ne s’agit pas d’avoir peur de l’avenir. Nous avons fait ce qui nous semblait juste pour honorer nos fils et notre peuple. Nous voilà marchant sur une corde raide, sans crainte. Etre fort, c’est risquer un pareil échange. »
Et que penser avec la famille de la fillette assassinée sauvagement en 1979 par Kuntar emprisonné pour avoir tué 4 personnes, et libéré aujourd’hui ? Avec eux, on hurle de souffrance et l’on crie à l’injustice. Cette transaction n’est-elle pas injuste, immorale ? Pour certains étrangers, cette transaction aurait été valable pour un vivant... mais pour 2 morts, était-ce vraiment utile ?
Ecoutons cette voix juive et israélienne qui pense autrement devant la mort, devant cette importance « vitale » de rendre les morts à leur famille, à leurs amis, à leur ville, à leur pays, à leur peuple. La valeur sacrée de la vie de l’homme et de son corps, à n’importe quel prix.
Dans la presse de ce jeudi 17 juillet, plusieurs s’expriment.
Shimon Pérès : « Aujourd’hui, nous sommes tous de la famille de Goldwasser et de Reguev. Nous avons payé un prix énorme pour ramener Ehoud et Eldad dans notre pays, pour qu’ils demeurent avec nous, avec nous tous, avec les vivants et ceux qui sont tombés. »
Omri Amri (le père de l’épouse de Ehoud.) « Voilà deux ans et quatre jours que nous luttons pour faire revenir nos enfants. Aujourd’hui Udi et Eldad sont revenus. Nous voulions qu’ils reviennent. Merci au Premier ministre qui a pris la bonne décision. Merci au public qui nous a portés pendant ces deux ans de combat et nous a encouragés à poursuivre. Nous remercions la nation toute entière, la nation juive. C’est cette nation qui est notre réponse au Hezbollah. »
Herb Keinon : « Aucun autre pays n’aurait agi ainsi. Mais aucun autre pays ne porte la cicatrice qui est la nôtre, ni le poids de savoir que d’autres guerres nous attendent. Cette transaction ne veut pas dire la paix avec le Hezbollah qui se prépare déjà à la suite.
Depuis des générations, les officiers promettent à leurs soldats qu’aucun ne sera abandonné à l’ennemi. Que tous seront ramenés chez eux, vivants ou morts. »
Puis il continue : « Israël est le pays où vivent des centaines de milliers de survivants de la shoa. Leur expérience, et celle qu’ils ont transmise à leurs enfants et petits enfants, influence toute notre manière de penser et de vivre. Parmi eux, des dizaines de milliers dont la famille a été assassinée et qui n’ont pas eu de sépulture. Des milliers d’Israéliens pour lesquels une tombe, un lieu de sépulture, prend une telle importance. »
La shiva, cette semaine de deuil où les proches parents, les amis, viennent s’asseoir dans la maison de famille du disparu, se vit, dès aujourd’hui, à l’échelon national. La nation très unie vit son deuil dans la dignité.