Les Églises protestantes (où “protestant” évoque moins une “protestation” contre quelque chose, qu’une “protestation” ou témoignage en faveur de l’Évangile) forment une nébuleuse de communautés chrétiennes qui sont, en gros, nées de la Réforme du XVIe siècle en Europe sous l’impulsion de Martin Luther en Allemagne, Ulrich Zwingli en Suisse, Jean Calvin et d’autres en France et en Suisse, John Knox en Écosse. À ces mouvements de réforme s’est en partie jointe l’Église d’Angleterre, connue sous le nom d’Église anglicane (ou épiscopalienne).
Les Églises luthériennes
- Données historiques
Au sortir du Moyen Âge une réforme de l’Église en Occident était inéluctable : des abus s’étaient répandus, mais surtout les bouleversements culturels confrontaient la chrétienté à des défis auxquels il n’était plus possible de faire face de façon adéquate en se contentant de défendre ce qui existait. De toutes parts - et même de la bouche de saints, tel s. Bernard - on appelait cette Église à se réformer. Martin Luther (1483-1546), devenu moine augustin en 1501 à Erfurt, prêtre en 1507 et professeur d’Écriture à Wittenberg à partir de 1513, précipita le mouvement par la publication des Thèses de 1517 où il s’en prenait à la pratique (mais non à l’idée elle-même) des indulgences. Il y développait l’intuition qui s’était forgée en lui à partir de sa lecture des Écritures selon laquelle l’homme est justifié par la seule grâce de Dieu et non par les mérites de l’homme. Les polémiques qui s’ensuivirent provoquèrent des durcissements de part et d’autre qui aboutirent à l’excommunication de Luther en janvier 1521. Il échappa à une mort presque certaine grâce à l’intervention de Frédéric le Sage, duc de Saxe, qui, pour le mettre à l’abri, simula une attaque contre lui. Dès lors, protégé par une autorité politique, il se mit à poser les fondements du mouvement né de lui et devenu, malgré lui, une Église distincte de celle qui existait jusqu’alors en Europe.
Depuis, les Églises luthériennes se sont développées surtout en Allemagne et dans le nord de l’Europe où vivent environ la moitié des luthériens, puis, par émigration et par les développements missionnaires, en Amérique du Nord et dans les autres continents. Avec près de 70 millions de membres formant environ 140 Églises, cette famille confessionnelle, réunie dans la “Fédération luthérienne mondiale”, constitue par sa taille la troisième confession chrétienne, après l’Église catholique et les Églises orthodoxes de rite byzantin. Elle fait partie des Églises fondatrices du Conseil Œcuménique des Églises (1948) et est en pleine communion, depuis 1973 (Concorde de Leuenberg), avec la famille des Églises réformées (ou presbytériennes).
Caractéristiques particulières
Les éléments constitutifs des Églises luthériennes sont résumés dans les 21 articles principaux de la Confession d’Augsbourg (1530) rédigée par Melanchton. Elle affirme son accord avec l’Église ancienne sur la foi en Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, sur la justification par la foi, sur l’autorité de l’Écriture sainte, sur l’Église, sur les sacrements du baptême et de la Sainte Cène et, dans une certaine mesure, de la pénitence, sur la relation nécessaire existant entre foi et œuvres bonnes et sur le culte des saints. Elle dénonce par ailleurs des abus tels que le refus de la communion au calice pour les laïcs, l’obligation du célibat des prêtres, les vœux monastiques, les préceptes relatifs aux jeûnes, le pouvoir séculier des évêques, etc.
La plupart des Églises luthériennes ont conservé une liturgie proche de la liturgie catholique ainsi que l’épiscopat, même si l’autorité effective appartient aux Synodes nationaux ou régionaux et, sur le plan local, aux Assemblées de paroisse, tous organismes où se trouvent réunis, dans des proportions variables, évêques, pasteurs et laïcs, et qui nomment un conseil chargé de l’exécution des décisions prises en assemblée.
Les luthériens en Israël
La première présence protestante officielle dans la région fut une présence “œcuménique” avant la lettre. Les protestants de Prusse étant luthériens et réformés - et alors ils n’étaient pas en communion les uns avec les autres -, le roi Frédéric Guillaume IV souhaita pour son royaume une Église dans laquelle les uns et les autres seraient unis. Pour ce faire, et en guise d’essai, il imagina d’ériger un “évêché protestant” à Jérusalem, ce qui lui permettait, par la même occasion, de mettre pied en Orient. Seul il ne pouvait y parvenir ; c’est pourquoi il sollicita l’aide de l’Angleterre qui cherchait, elle aussi, à s’implanter au Proche-Orient, face aux autres puissances européennes qui toutes entendaient exercer leur influence dans la région. C’est ainsi que fut créé, en 1842, un évêché anglo-prussien à Jérusalem avec pour but officiel d’assurer la protection des protestants (commerçants, aventuriers, naturalistes, etc., mais aussi colporteurs bibliques et missionnaires). Le premier évêque, Michael Salomon Alexander, un rabbin converti à l’anglicanisme, fonda le diocèse de s. Jacques, mais son œuvre resta minime, sa mission étant limitée par ses propres autorités à la prédication parmi les Juifs et les Druzes ; il parvint toutefois à construire un hôpital pour les Juifs (1843). C’est surtout son successeur, Samuel Gobat, qui implanta le protestantisme en Terre sainte. Durant son long ministère (1846-1879) surgirent de nombreuses œuvres : deux églises (la Christ Church à la porte de Jaffa, en 1849, et S. Paul en dehors des murs, pour les arabes, en 1874), une maison d’apprentissage, diverses écoles, un hospice, un orphelinat, une léproserie, un cimetière. Il s’adonna en particulier à l’enseignement biblique parmi les chrétiens de Terre sainte (essentiellement les orthodoxes), ce qui donna lieu à la première communauté protestante arabe, mais aussi à des conflits avec le patriarcat orthodoxe grec. L’épiscopat anglo-luthérien s’est dissout après le successeur de Gobat, J. Barclay, qui mourut une année après son arrivée à Jérusalem.
La présence luthérienne continua pourtant, distincte dès lors de la présence anglicane. Ayant reçu un terrain proche du S. Sépulcre, appelé “Muristan”, ainsi qu’un autre sur le mont des Oliviers, les luthériens édifièrent sur le premier l’église du Rédempteur (1898) et un orphelinat, et sur le second un Institut d’étude de l’Antiquité, l’église de l’Ascension et un hôpital. D’autres institutions virent le jour par la suite.
En 1979, la communauté luthérienne arabe devint autonome de l’institution allemande. Se constitua ainsi l’“Église évangélique luthérienne de Jordanie”, avec son évêque, son synode et quelques paroisses à Jérusalem, dans les Territoires palestiniens et en Jordanie. Les autres communautés luthériennes sont : l’allemande bien sûr, mais aussi une anglophone, une danoise, une suédoise, une norvégienne, toutes dépendantes directement de leur Église d’origine et non de l’évêque arabe local ; la communauté norvégienne collabore étroitement avec les juifs messianiques. On estime le nombre des luthériens (toute origine confondue) à quelques centaines.