Enfants et petits-enfants des premiers colons envoyés par les gouvernements israéliens dans les territoires palestiniens pour s’y implanter après la guerre des Six Jours de 1967, les « jeunes des collines », souvent anarchistes et visionnaires, sont en première ligne pour s’opposer au « gel » des nouvelles constructions et sont prêts à tout pour défendre la cause du « Grand Israël ».
Toutes générations confondues, les habitants juifs des implantations en Judée et Samarie sont environ 300 000. Les trois quart d’entre eux vivent à proximité de la Ligne Verte, à l’Est de Jérusalem dans des grandes implantations comme Ariel, Ma’aleh Adumim, Guivat Zeev... Mais il y a les autres, 50 000 personnes qui vivent dans de petites implantations de quelques centaines ou dizaines d’habitants, ou dans les Mahazim, les avant-postes. Situés dans les endroits les plus inaccessibles et les plus perdus, ces avant-postes constituent la nouvelle forme d’implantation qui s’est multipliée ces dernières années avec la "jeunesse des collines" comme on l’appelle ici en Israël. Aujourd’hui, on compte plus d’une centaine d’avant-postes dans les territoires palestiniens. Toutes ces mini-implantations sans exception sont illégales pour le gouvernement d’Israël.
Dans un rituel désormais établi, les jeunes, qui sont souvent des adolescents, les construisent. L’armée israélienne les détruit. Pourtant, il en ressurgit sans cesse de nouvelles car les jeunes en question sont téméraires et sont prêts à braver les interdits gouvernementaux aussi bien que l’hostilité des Palestiniens et même de leurs parents. Les avant-postes, considérés comme l’un des obstacles à l’avancée des pourparlers de paix, sont aussi au cœur des tractations entre le Premier ministre israélien Netanyahu et le président Obama.
« Mélange de culture hippie et de racisme violent » (Claire Snegaroff, Michaël Blum Qui sont les Colons ?), la « jeunesse des collines » est perçue en Israël comme une minorité idéaliste dont la radicalité inquiète.
« La Terre d’Israël appartient au peuple d’Israël », « Nous sommes revenus à la maison ». Tels sont les slogans des jeunes colons. A Guivat Assaf, avant-poste qui porte le nom d’un juif tué par un Palestinien, le leader de la communauté Benny Gal, interrogé en août 2009 par le quotidien italien Il Foglio, qui a mené une enquête sur cette question, explique : "A cet endroit précis, il y a 3 800 ans, la terre d’Israël a été promise au peuple juif. Si on nous chasse d’ici, l’aéroport international Ben Gourion sera en danger". Guivat Assaf est un des bastions de la "jeunesse des collines" où est organisée la résistance à l’évacuation des implantations jugées illégales.
Ces avant-postes ne sont pas tous considérés par le gouvernement comme des enclaves rebelles si l’on en juge par les importantes forces de sécurité consacrées à leur protection. Certaines ont des routes pavées, des arrêts d’autobus, des synagogues et même des terrains de sport. Les installations vont du simple container placé en haut d’une colline ou de quelques rangées de baraques ou de caravanes, jusqu’à de véritables installations en préfabriqué, du type après-séisme. Il y a comme des « implantations de pointe » en Cisjordanie, qui sont bel et bien « implantées ». Certains avancent l’argument réaliste de la croissance naturelle pour expliquer et justifier leur développement.
Les « jeunes des collines », très souvent religieux, sont entiers dans leurs conceptions idéologiques. Certains ont même décidé d’abandonner leur toit paternel dans les grandes agglomérations pour aller s’installer au sommet des collines et habiter "la terre de leurs ancêtres". Les synagogues où ils prient sont souvent bâties en terre séchée. Ils construisent leur maison de leurs propres mains, sont célibataires ou jeunes mariés, ou parents depuis très peu de temps. Ils se considèrent comme la nouvelle avant-garde des colons. Après l’annonce du « gel des nouvelles constructions » adopté par le gouvernement suite à la pression internationale, révoltés, ils ont pris pour devise : "Construisons et le permis viendra".
David Ha’ivri, originaire de Long Island est l’un des leaders de la "jeunesse des collines". Il vit avec sa femme et ses enfants dans une implantation de Cisjordanie, à Kfar Tapouah, village célèbre pour le miel qui y est produit mais surtout parce qu’il est cité dans la Bible, au chapitre 12 du livre de Josué. C’est l’une des trente villes conquises par les fils d’Israël à leur entrée en Terre Promise. David fait partie de cette nouvelle génération dont le nationalisme mystique s’associe à l’esprit pionnier et à l’ascétisme qui rejette la société de consommation des grandes villes israéliennes de la côte pour une vie idyllique proche de la nature. Les hommes ont les cheveux au vent, des anglaises sur les côtés du visage et des chemises à carreaux ; les femmes portent le foulard, la mitpahat. Ils ont pour but « d’incarner l’idéologie de la Tora et le sacrifice de soi" souligne-t-il. "Le salut d’Israël et du peuple juif ne peut pas venir de politiciens qui pensent que la lutte pour la terre est un jeu tactique. Il y a dix ans, nous avons commencé à créer des avant-postes. Ce sont de très jeunes couples qui ont décidé d’être des pionniers comme leurs parents. Ils croient au sionisme, ils sont idéalistes, prêts à renoncer à l’existence confortable des grandes villes ou des grandes colonies. Ils veulent être autosuffisants, avec toutes les limites que cela comporte".
Vie idyllique mais aussi dangereuse : l’année dernière, l’un d’entre eux a été tué à coups de hache par un Palestinien. Mais les « jeunes des collines » en sont conscients, le prix de la terre est pour eux parfois celui du sang – ils sont en quelques sortes les héros défenseurs de la cause du Grand Israël biblique. Il semblerait que cette deuxième génération de colons soit encore plus attachée à la terre que la première : ces jeunes sont nés ici, leur sang vient d’ici. Certains sont même plus religieux que leurs parents. Agriculteurs ou bergers, étudiants ou jeunes en quête existentielle ou mystique, ils vivent dans des zones désertiques, vides, inhabitées. Ils plantent des arbres, cultivent la terre, font venir l’eau, les vivres, l’électricité. Pour la prière du shabbat il faut un minyan, le quorum nécessaire de dix hommes : cela suffit pour créer un avant-poste.
L’armée israélienne intervient parce que ces petites implantations sont « illégales ». Les avant-postes nuisent à la sécurité du pays, ou plutôt les « jeunes des collines » se mettent eux-mêmes dans l’insécurité, et ce, avec ténacité. Ramat Migron par exemple, avant-poste en contrebas de la « Route 60 » a déjà été détruit quatre fois par l’armée, mais renaît toujours de ses cendres. « Si les soldats reviennent, on prendra des coups, parce que nous ne sommes pas assez nombreux pour résister. Ce n’est pas grave, on reconstruira » disait un jeune colon, interviewé il y a quelques mois par Le Monde. Ces adolescents qui n’hésitent pas à employer des moyens violents contre les forces de l’ordre sont aussi parfois des jeunes révoltés, sans point de repères ou même délinquants.
A l’entrée de Ramat Migron, un barrage de pacotille est dressé symboliquement contre les bulldozers de l’armée israélienne. Une dizaine de garçons et de filles campent là, sans eau ni électricité, à quelques centaines de mètres de la colonie de Migron où vivent 54 familles, sur un terrain entouré de barbelés revendiqué par les Palestiniens. Ces familles ont passé un accord avec le Conseil des Implantations de Judée-Samarie pour évacuer les lieux et être relogés dans l’implantation d’Adam, plus au sud. Ulcérés par ce qu’ils considèrent comme une « capitulation », les « jeunes des collines » ont créé en réaction Ramat Migron. Là, ce n’est pas le drapeau israélien qui flotte mais le drapeau jaune à l’effigie de Meir Kahana, rabbin extrémiste assassiné à New York qui prônait l’expulsion des Palestiniens d’Israël. Profondément et radicalement idéalistes, les « jeunes des collines » sont aussi révoltés contre le gouvernement. Et lorsqu’ils refusent de quitter les lieux, que l’intervention répétée de la police et de Tsahal n’a pas suffi à les décourager, on se heurte à un autre problème : les « jeunes » ne reconnaissent pas la juridiction de la Cour Suprême qu’ils considèrent comme une institution ne respectant la loi divine.
Ces jeunes, ne sont pas seulement à la marge de la société israélienne, ils ne trouvent pas non plus leur place dans les organisations érigées par les habitants des implantations de Judée-Samarie.