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Organisations palestiniennes : le Fatah

samedi 10 mars 2007, par Franck Olivier


Le Fatah dont l’acronyme signifie « Mouvement de Libération de la Palestine » est aussi appelé Al-Assifa ou la Tempête (nom de sa branche armée). Ce nom a été choisi en raison du rapprochement avec le terme « Fath » qui signifie « conquête ». Le mouvement a été créé en 1958 et il est membre consultatif de l’Internationale socialiste.

C’est un jeune ingénieur palestinien né au Caire et travaillant au Koweït du nom de Abou Amar (Yasser Arafat) qui, avec deux camarades, Abou Jihad (Khalil al-Wazir) et Abou Ayad (Salah Khalaf) fondent le Fatah. Le mouvement a pour but premier de réveiller les consciences endormies qui n’ont que faire de la cause palestinienne surtout dans le monde. Le deuxième objectif défini par les trois fondateurs est la lutte armée contre l’Etat d’Israël en vue de « libérer tout le territoire de l’entité sioniste. » Pour arriver à atteindre cet objectif, Yasser Arafat va s’appuyer sur les jeunes générations de palestiniens en exil depuis 1948.

Jusqu’en 1964, le Fatah est presque inconnu du grand public. L’organisation se contente de diffuser son idéologie auprès des Palestiniens et s’efforce de récolter un large soutien auprès des nations arabes. Ce soutien en fait ne viendra que très difficilement. En effet, face au Fatah qui propose l’idée d’un Etat palestinien, le président égyptien prône l’unification arabe. C’est encore l’époque où la Cisjordanie et Jérusalem-Est sont sous occupation jordanienne, et le roi de Jordanie n’envisage pas d’accorder l’autonomie politique aux Palestiniens. Pour manifester sa détermination, le Fatah décide de franchir le pas de la lutte armée contre Israël.

Le 1er janvier 1965, le Fatah mène sa première opération contre des infrastructures israéliennes. Si les dégâts sont mineurs, cette action reste symbolique et elle est encore commémorée chaque année à cette même date. Ce sont des hommes armés et entraînés en Syrie qui font cette opération. Ils mènent également dans les semaines suivantes des sabotages contre des canalisations d’eau. Dès lors, des opérations de guérilla se multiplient depuis le Liban, la Jordanie et Gaza qui est alors sous occupation égyptienne. Les pays arabes ne soutiennent pas les actions du Fatah. Yasser Arafat lui-même doit faire un bref séjour en prison à Damas.

La Guerre des Six Jours marque un tournant important pour l’organisation, et l’occupation militaire des Territoires Palestiniens entraîne une multiplication des actions contre les cibles israéliennes. En janvier 1968, le Fatah intègre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), puis en prend le contrôle en 1969 à la suite de l’élection de Yasser Arafat à la présidence du Comité exécutif de l’OLP. Le 21 mars 1968, le Fatah mène une opération d’envergure contre l’armée israélienne à partir de la frontière jordanienne. Une centaine de Palestiniens sont tués, mais malgré cette défaite, le nom de « Karamé » (honneur) est donné à cette bataille.

Les fedayin (commandos de combattants palestiniens) multiplient les attaques contre Israël à partir de plusieurs Etats arabes (Jordanie, Liban et Syrie). Les tensions entre les gouvernements arabes (soumis à des représailles israéliennes) et l’OLP s’intensifient. En 1970, le Fatah est débordé par des groupes radicaux, membres de l’OLP (notamment le Front populaire de libération de la Palestine), ce qui conduit à l’expulsion des forces palestiniennes du royaume de Jordanie vers le Liban au terme de combats particulièrement sanglants avec l’armée jordanienne. C’est le fameux Septembre noir. Suite à l’assassinat de onze athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich en 1972 et à de nombreuses attaques contre des cibles israéliennes, le Fatah et l’OLP réorientent peu à peu leur politique et se consacrent à la reconnaissance internationale de la cause palestinienne. En 1983, le Fatah connaît une crise interne suite à l’invasion par Israël du Liban. Une scission au sein du mouvement a lieu à cause de profonds désaccords sur la politique de dialogue menée par Yasser Arafat. Arafat en sort finalement renforcé et son mouvement consolide sa domination dans l’OLP.

Au sein de l’OLP, les principaux postes passent aux mains du Fatah, du comité exécutif de l’OLP aux finances jusqu’au bureau étranger de l’OLP dirigé par des sympathisants du Fatah.

En 1985, la direction de l’OLP est bombardée par les forces israéliennes. Dans les années qui suivent l’influence du Fatah diminue quelque peu au profit d’autres organisations palestiniennes. C’est grâce à la première Intifada lancée dans les territoires occupés en 1987 que le Fatah retrouve son premier élan. Le Conseil National Palestinien prévoit en 1988 la reconnaissance de l’État d’Israël, tout en proclamant un État palestinien ayant comme capitale Jérusalem.

Après la conférence de Madrid, les contacts secrets se multiplient entre les Israéliens et les membres du Fatah. En 1993, les négociations secrètes entre Israël et l’OLP aboutissent à un accord de reconnaissance mutuelle, ainsi qu’à une déclaration ouvrant la voie à la future Autorité palestinienne. La période des accords d’Oslo ouvre une nouvelle ère des rapports entre Israël et le Fatah.

Lors des premières élections générales dans les Territoires Palestiniens, le Fatah obtient 55 sièges sur 58 au Conseil Législatif Palestinien. Yasser Arafat est lui-même élu Président de l’Autorité Palestinienne et jouit d’une reconnaissance officielle auprès de la communauté internationale. Le Fatah est la cheville ouvrière de l’Autorité Palestinienne. Les fonctionnaires sont issus de ses rangs ainsi que les forces de sécurité.
Lorsqu’éclate la seconde Intifada, le Fatah prends part à nouveau à la lutte armée contre Israël et déterre la hache de guerre. La Force 17, les Tanzim et les Brigades des Martyrs d’El-Aqsa, tous rattachés au Fatah, mènent des opérations et des attentats aussi bien dans les Territoires qu’en Israël.

La mort de Yasser Arafat entraîne un renforcement du Hamas, la principale force d’opposition au Fatah. La population palestinienne particulièrement éprouvée par six ans d’Intifada et fatiguée de la corruption des gens de Fatah accorde une large victoire au Hamas en janvier 2006. Suite à l’arrivée au pouvoir du Hamas qui refuse de reconnaître Israël et d’accepter les accords internationaux signés entre les deux parties, la communauté internationale décide un embargo économique. Les tensions et les rivalités entre le Fatah et le Hamas se multiplient et tournent à l’affrontement. Au bord de la guerre civile, en février 2007, le Hamas et le Fatah se mettent d’accord en vue de la création d’un gouvernement d’union nationale.

Le Fatah est un mouvement politique laïc, contrairement au Hamas qui est une organisation islamiste. Proche du socialisme, le Fatah est moins marqué politiquement que le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine d’obédience marxiste). Même s’il a souvent participé et encouragé les actes terroristes, il reste le mouvement le plus pragmatique.

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