Le nom de Siloé est familier aux lecteurs de l’Évangile. Luc (13,4) fait allusion à une « tour de Siloé » dont l’effondrement aurait causé la mort de dix-huit personnes, et Jean (9,7.11) nous rapporte la guérison d’un aveugle recouvrant la vue après s’être lavé à la piscine de Siloé. Cependant, l’allusion la plus intéressante à la piscine de Siloé se trouve peut-être dans un passage où le nom lui-même n’apparaît pas, et qui n’est pleinement compréhensible qu’en faisant la détour par la tradition juive.
Le Talmud de Jérusalem et d’autres sources nous racontent comment, lors de la fête de Succot, on descendait chaque jour puiser de l’eau à la piscine de Siloé au son des instruments de musique. Le cortège accompagnant le prêtre qui portait la cruche d’eau remontait solennellement vers le temple, puis l’eau était répandue en libation dans le temple lui-même. Peut-être s’agissait-il d’une prière en acte, une « imploration mimée », selon la formule d’une exégète, destinée à demander l’arrivée de la pluie, à une période de l’année où la pénurie d’eau commençait à se faire sentir. « C’était une fête dont on ne pouvait se faire une idée, dit le Talmud, si on ne l’avait pas vu et dont rien n’approchait en fait de réunion joyeuse. »
Cette joie, qui caractérise la fête de Succot d’après la Bible elle-même (Dt 16,11.14), est, selon le même passage du Talmud, le fruit de l’Esprit saint, « l’esprit de la sainteté ». En puisant l’eau à Siloé, dit Rabbi Yehoshua ben Lévi, on puisait l’Esprit saint. Le Talmud cite à ce sujet le verset d’Isaïe : « Dans la joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut » (12,3), et poursuit en disant que l’Esprit saint ne peut résider que dans un cœur joyeux.
Selon l’évangile de Jean, « le dernier jour de la fête, qui est aussi le plus solennel - le texte vient de préciser qu’il s’agit de la fête de Succot -, Jésus se tint dans le Temple et se mit à proclamer : ‘Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et que boive celui qui croit en moi. Comme l’a dit l’Écriture : de son sein couleront des fleuves d’eau vive.’ Il désignait l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (7,37-38). La formule ne révèle toute sa portée que replacée dans son contexte : le Temple et la fête de Succot.
Les fouilles récentes ont mis au jour une partie de la piscine de Siloé, ainsi que le départ d’une rue, vraisemblablement celle qu’empruntait le prêtre portant la cruche d’eau pour remonter au Temple.