Les télévisions du monde nous montrent en ce moment le retour des réfugiés libanais du nord vers le sud et le spectacle de désolation qui les attend à leur arrivée sur ce qui était encore leur lieu de vie il y a un mois. Il n’y a guère que la télévision israélienne qui fasse assister au mouvement symétrique du retour des réfugiés du sud vers le nord. Parler de symétrie fera sans doute crier d’indignation plus d’un lecteur : l’aviation libanaise n’a pas détruit d’immeubles dans les villes israéliennes, et la balance du chiffre des victimes penche sans discussion du côté libanais. Certes. Mais l’opinion (on serait tenté de dire : « le public », puisque les moyens de communication transforment tout en spectacle) est sans doute peu consciente, dans son ensemble, du mouvement de population provoqué en Israël par la pluie de missiles qui s’est abattue sur le territoire. Des villes ont été évacuées, d’autres se sont vidées spontanément de la plupart de leurs habitants. Aujourd’hui, ce sont des centaines de milliers de réfugiés qui retrouvent ou essaient de retrouver leurs maisons. Certaines sont totalement détruites, d’autres sont devenues inhabitables. Tous les corps de métier sont sollicités en même temps : agents d’assurances, plombiers, électriciens, maçons, couvreurs, menuisiers, vitriers...
Phénomène sans doute peu connu : beaucoup de ces réfugiés avaient trouvé asile dans des communautés religieuses chrétiennes, dont beaucoup disposaient de structures d’accueil destinées aux pèlerins. Une de ces communautés a même été sollicitée d’accueillir... six cents réfugiés du nord ! La religieuse de permanence au téléphone a dû faire répéter deux fois, pensant qu’il y avait erreur et que l’interlocuteur voulait dire : soixante. Ce mois de convivialité a été l’occasion de fraternisation entre réfugiés juifs - dont certains affectés directement par les nouvelles tragiques venues du lieu des combats -, religieuses catholiques et personnel musulman des communautés. Un aspect des événements dont il y a peu de chances que l’on entende parler dans le journal de 20 heures.