Près de Beit Shemesh, en pleine nature, à Roglit, se dresse un mur très
beau, en pierres de taille, incurvé, sur lequel sont gravés des noms,
encore des noms. Les noms de 80 000 Juifs déportés de France. Sur le
mur, ils sont inscrits par convoi :"Liste alphabétique du convoi 69".
Le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants est précisé sur chaque
convoi ainsi que leur origine. Parfois un petit texte donnant des
détails.
Ainsi, au centre de la terre d’Israël, ces 80 000 Juifs sont
présents, pour toujours. Leurs noms, prénoms, lieux de naissance. Ils
sont là. C’est le Mémorial de la Déportation des Juifs de France,
inauguré le 18 juin 1981. Le texte a été rédigé par Serge Klarsfeld.
Ce mur est actuellement entouré de 80 000 arbres, la Forêt du
Souvenir. Des inscriptions sur le sol, sur une pierre gravée, donnent
le nom
de ceux qui ont planté un arbre ou un bosquet. "Dans la forêt du
Souvenir, un bosquet a été planté par Abraham Rozenblum à la mémoire
de Rodier, Israell Rivka, Lejb Ryvka, Yechiel Menache Rozenblum."-
"Dans la forêt du souvenir, le gouvernement de la République française
a planté 24 000 arbres en hommage à tous les Juifs déportés de France
dont 24 000 de nationalité française."- " A la mémoire de ma mère
assassinée à Auschwitz. De la part de Ida."
Il y a 5 ans, les noms gravés sur le mur étaient devenus par endroit
illisibles. Le vent, la pluie. Cette année tout était refait à neuf.
Devant ce mur, une inscription : Monument élevé par l’association
des Fils et des Filles des déportés juifs de France à la mémoire des
80 000 victimes de la solution finale de la question juive en France.
Cette année, le jour de la Shoa, le 12 avril 2010, deux cérémonies se
sont déroulées à Roglit. A 10h, un commémoration a eu lieu sous la demande et la
présidence de Serge Klarsfeld, en présence de l’ambassadeur de France
Mr Christophe Bigot, des consuls et vice-consuls de France de Tel
Aviv, Haïfa et Jérusalem ainsi que des
associations francophones, les Français à l’étranger, les responsables
des écoles françaises, et tous les Français du pays. Des discours, des
témoignages de rescapés, la lecture de quelques Psaumes... Devant ce
mur, devant ces 80 000 livrés à la mort, que de questions se posent. Par rapport au passé, pour l’avenir...
"Se souvenir de l’avenir".
A 14h, une autre convocation devant ce mémorial. Cette fois c’étaient
les "enfants cachés", ceux qui avaient pu échapper aux rafles, ayant
été cachés par leurs parents dans des institutions laïques ou
chrétiennes, ou chez des particuliers non juifs, souvent des paysans.
Parents, grands parents, arrières grands parents venus de tout le pays,
ces "enfants cachés" et leur famille étaient là, pour honorer ceux
dont les noms étaient inscrits : parents, famille, connaissances,
qu’ils retrouvaient dans l’un ou l’autre convoi. Cette association des
"enfants cachés en France pendant la Shoa du nom de "Aloumim", avait tenu
cette année à inviter des jeunes à cette cérémonie. Le modérateur
Mordekhaï Rodgold insista :" Je suis venu avec mon père, un enfant
caché, et avec mon fils. Il nous faut transmettre la mémoire de
génération en génération."
Il parla de la promulgation des lois antijuives dont la première eut
lieu le 3 octobre 1940, il ya 70 ans. Ces lois se succédèrent, le 9
octobre 40, le 2 juin 41, le 7 février 42, en juillet 42. Cela
permettait au gouvernement de Vichy d’éliminer peu à peu les Juifs de
tous les secteurs de la société civile : professions, liberté de
circuler, d’acheter, limitation dans tous les domaines et … étoile jaune.
Tout était traduit en hébreu pour permettre aux jeunes de se sentir
partie prenante. Deux écoles étaient représentées, et certaines ont
participé par des chants et de poèmes. Il y eut également un
témoignage, le "chant des partisants", le Kaddish, l’hymne national israélien (HaTikva). Puis
chacun pouvait déposer et allumer une bougie au pied du mur.
Les arbres, les pins, dépassant le mur, se balançaient, agitaient
leurs "bras" vers le ciel. Des cyprès aussi, bien droits, bougeaient.
Tout bougeait en ce jour de grand vent. Tout respirait.
Tellement présents ces 80 000 hommes, femmes et enfants. Tellement
avec nous, attendant...
Les voitures et les bus sont repartis. Ils sont restés entourés
par les 80 000 arbres vivants.