Oui, se souvenir de ce génocide où, entre 1915 et 1916, sous l’Empire ottoman, le gouvernement des « Jeunes Turcs » fit périr un million et demi d’Arméniens sur une population arménienne de deux millions dans l’Empire.
Pour marquer cet anniversaire, puisque tout commença le 15 avril 1915, l’Université Hébraïque de Jérusalem organisa, le 29 avril, au campus Guivat Ram, une conférence en mémoire du génocide arménien. Deux orateurs : le professeur d’Université de Tel Aviv, Israël Charny, éditeur principal de l’« Encyclopedia of genocide » et Kevork Kahvedjian, le fils de Elia Kahvedian, photographe réputé, survivant de ce génocide.
« Oublier ce génocide, c’est en permettre d’autres ». Charny est certain que l’indifférence mondiale au génocide de 1915, l’oubli, encouragea Hitler dans son projet monstrueux.
Kevork témoigne, se souvenant des récits de son père défunt qui avait 5 ans en 1915. Des soldats turcs entrant dans les maisons, tuant, chassant. Des cadavres partout. La marche pendant des semaines à travers le désert de Deir Zor, entourés de soldats, sans nourriture ni boisson. La mère d’Elia, n’en pouvant plus, déposa son bébé de 6 mois sous un arbre..espérant. Lorsqu’ils arrivèrent dans un wadi, sa mère cria : « C’est là qu’ils vont tous nous fusiller ! » Comme un Kurde passait tout près, elle lui confia Elia. « Arrivé au sommet de la colline, je me suis retourné et j’ai vu les soldats tuer tout le monde. » raconta Elia à son fils Kevork. Finalement abandonné par le Kurde il chercha refuge dans un couvent syrien. En 1918, à la fin de la guerre, une Fondation humanitaire américaine rassembla tous les orphelins arméniens et les répartit dans des orphelinats du Moyen Orient. Elia, d’abord au Liban, fut ensuite envoyé à Nazareth en 1920. C’est là qu’il reçut une formation de photographe.
Ce génocide est-il reconnu ?
Jusqu’à maintenant les autorités turques refusent de reconnaître les faits confirmés pourtant par de nombreux témoignages tel que celui d’Elia ou d’Henri Morgenthan, ambassadeur DES Etats-Unis dans l’Empire ottoman. D’autre part, Charny pense que l’élément religieux a joué un rôle fondamental dans la persécution des Arméniens chrétiens. En effet, l’Empire arménien avait adopté le christianisme comme religion d’Etat dès l’an 301, 25 ans avant l’Empire romain. « Certains voudraient que l’on parle du « génocide chrétien » de cette période, les victimes des Turcs étant aussi des Assyriens et des Grecs chrétiens. Mais cela risquerait de causer du tort aux Arméniens en faisant un peu plus oublier la réalité de ce million et demi d’Arméniens massacrés. »
De toutes façons, le gouvernement turc continue à faire tout pour nier ce génocide. Il dépense des millions pour convaincre le monde qu’il n’y a pas eu de génocide. Il menace les USA d’interdire à l’aviation américaine de survoler l’espace aérien turc s’il reconnaît ce génocide ; plusieurs pays dont la France sont sujets à des menaces économiques, pour les empêcher de prendre position.
Et Israël ?
Chaque année les médias honorent l’anniversaire de ce génocide, alors que le gouvernement ne le reconnaît pas encore officiellement, paralysé par les menaces turques....comme les USA d’ailleurs.
En mars 08, le député, actuel leader du parti Méretz, Haïm Oron propose à la Knesset de nommer une commission chargée de travailler sur la reconnaissance du génocide arménien : « C’est inacceptable que le peuple juif ne puisse pas se faire entendre ! ». Par contre le député Shalom Simhon (travailliste) prend une autre position : « C’est une affaire à connotation politique entre les Arméniens et les Turcs, Israël n’a pas à s’en mêler. »
Pour beaucoup d’Israéliens, reconnaître le génocide arménien est une priorité, et ne pas le faire est une honte. Pour Kevork (nommé du nom du petit frère d’Elia abandonné sous un arbre), le temps viendra... « Un jour, ils diront : oui, c’est arrivé. Si ce n’est pas maintenant, ce sera dans 50 ans ».
Sources : Jérusalem Post du 25 avril 08. Voir aussi : Qui se souvient des Arméniens ?
Mis en ligne le 3 juin 08