LA PAIX AU BOUT DU FUSIL ?
Les propos de Shimon Pérès sont ceux d’un homme sage qui a traversé toute l’histoire de son pays.
Mais la véritable question est : peut-on au 21e siècle « faire la paix » en faisant la guerre ? La paix est-elle toujours la « victoire » promise et attendue au terme d’une guerre juste, comme le proclame le président israélien ?
Il semble que cette logique ne fonctionne plus. Et c’est bien tout le malentendu entre Israël et ses alliés occidentaux objectifs, qui aspirent comme lui à la paix pour tous.
Sortir de la logique de guerre ?
L’état d’Israël et ses dirigeants sont marqués par leur histoire. L’état d’Israël a 60 ans. Il est né 1878 ans après la destruction du Temple, 1813 ans après le sac de Jérusalem par Hadrien et la dispersion des Juifs de Judée. L’état d’Israël est né juste après la Seconde guerre mondiale et la Shoah et à l’issue d’une guerre d’indépendance. Israël vit depuis 60 ans avec la menace permanente d’être détruit. Le jeune état a dû lutter contre ses ennemis extérieurs et intérieurs pour survivre, réagir contre des attaques hostiles d’états voisins (guerre des Six jours, guerre de Kippour), ou de factions terroristes hébergées voire soutenues indirectement par des états voisins (Fatah lors de la première guerre du Liban, Hezbollah toujours au Liban en 2006).
Le Hamas installé à Gaza est un cas à part. Soutenu ouvertement par l’Iran d’Ahmadinejad, et logistiquement par d’autres états. Mais sans légitimité politique possible au sens du droit international car fidèle à sa rhétorique terroriste et anti-Israël. Pas d’état à Gaza, statut temporaire d’autonomie dans les territoires et guerre interne palestinienne entre le Fatah et le Hamas. Incompatibilité entre une logique de paix à long terme voulue par Israël malgré les ambiguïtés passées de la politique israélienne et une logique de guerre à long terme contre l’ennemi sioniste et occidental proclamé par les terroristes.
Israël est un état en guerre permanente, sur le qui-vive depuis 60 ans. Son identité en tant qu’état est indissociable de la réalité guerrière et de la logique de guerre, préventive ou défensive. Guerre nécessairement juste puisque justifiée par la survie du peuple, confondue aujourd’hui avec celle de l’état. Personne dans un monde régi par le droit des peuples et l’aspiration à un universalisme des valeurs occidentales ne songerait à contester ce droit, mis à part ses ennemis déclarés : Hamas, Hezbollah, Al Qaïda, Iran, voire Syrie.
Le poids de l’histoire : comment en sortir ?
Israël s’est construit à partir de l’histoire, des idéaux et des valeurs des 19e et 20e siècles. Porté par les idéaux d’un Theodor Herzl et l’héritage du sionisme, sa création fut précipitée par le choc le plus cataclysmique de l’histoire du peuple juif, la Shoah. Et la prise de conscience des nations victorieuses de l’urgence de créer un état juif au lendemain de la guerre. Israël dut aussi proclamer son indépendance et la préserver contre le droit international de l’époque, construire un pays neuf, le protéger et le développer à la force du fusil et avec l’énergie de ses premiers colons.
D’un point de vue symbolique, Israël incarne la force de la vie qui renaît des cendres de la mort. Ce qu’ont mis en scène de façon éloquente les architectes et artistes israéliens au Mémorial de Yad Vashem dans ce délicat travail de relecture de l’histoire et de construction de la mémoire nationale.
Si l’on oublie cette histoire qui marque l’état, la nation et le peuple israéliens, on ne peut comprendre le drame que vit aujourd’hui Israël et le malentendu qui l’oppose au reste du monde.
Selon l’adage "Si vis pacem, para bellum", Israël est un état en lutte pour sa survie. Il lutte contre un ennemi qu’il tente aujourd’hui de circonscrire par tous les moyens : guerres préventives ou défensives à ses frontières, mur de confinement des territoires, sécurisation maximale des points de passage, action antiterroriste concertée avec les autres états en guerre contre un terrorisme globalisé, renseignement intérieur et extérieur…
Quelle guerre pour quelle victoire ?
Le terrorisme résiste à toute guerre classique en l’alimentant
Autre concept du 20e siècle, hérité de la guerre froide, Israël a construit sa sécurité sur sa "force de dissuasion", nucléaire, et sur la puissance de Tsahal, l’un des piliers de la nation auquel chaque israélien est lié par une histoire personnelle. Lequel, on l’a vu durant la guerre « ratée » du Liban en 2006, n’est plus adapté aux méthodes des terroristes. Lesquels infiltrent, pervertissent, déstabilisent, terrorisent et séduisent populations, états, médias, action humanitaire, discours, réseaux politiques, stratégiques, économiques, informationnels, symboles et consciences. Tout en proclamant leur légitimité à vaincre l’état sioniste au nom du Djihad.
Face à cette logique d’infiltration tous azimuts, la logique militaire ne tient plus. On ne peut gagner une guerre contre un ennemi qui infiltre le tout du Réel.
Faire la guerre militaire, c’est provoquer la violence aveugle en retour. Puisque les terroristes VEULENT la guerre et le chaos, prétendument pour hâter l’apocalypse au nom du Jugement.
Faire la guerre politique a aussi ses limites, puisque tous les états sans exception connaissent l’infiltration de la logique de la terreur. Cette logique est fondée sur une volonté de figer les mécanismes de réflexe sécuritaire, l’usage de la force légitime et donc l’action politique par une fascination et une stérilisation des consciences nationales orchestrées à partir d’attaques ciblées, répétées et surmédiatisées.
Le terrorisme agit au niveau organique pour les états-nations comme le virus HIV par rapport au système immunitaire : il parasite les mécanismes de réplication de l’ADN, s’installe et se développe chez son hôte au cœur du sang, cible les cellules dont la fonction est d’assurer la vigilance immunitaire (lymphocytes T4) et s’établit dans des « sanctuaires » (moelle épinière, cerveau), paralyse la vigilance immunitaire, désorganise le système, affaiblit la conscience identitaire de l’être organique, permettant à d’autres infections dites « opportunistes » de lancer leurs attaques jusqu’à sa destruction finale. L’analogie est totale. Mais contre le terrorisme politique comme pour le sida, point de « vaccin ». Al Qaïda est une hydre protéiforme aux ramifications confuses.
Faire la guerre économique a aussi ses limites en un temps où les réseaux de la finance mondiale sont loin d’être transparents et assainis, où l’avidité mène toujours le monde et non l’éthique, où les enjeux économiques sont tels que les concessions à l’ennemi, avoués où occultes sont légion. Qu’on songe à la politique menée par la dynastie Bush et l’ultra-droite américaine au nom d’une croisade moderne pour le Bien contre le Mal et en vérité au nom d’intérêts pétroliers et économiques, militaro-industriels et géostratégiques servant les seuls intérêt d’une Amérique protectionniste.
Faire la guerre de l’information est peine perdue, tant l’esprit de confusion stérilise les consciences et noie tout discernement critique. Surtout dans un monde où les medias sont soumis aux l’impératifs de la concurrence, de la rentabilité maximale, de l’audimat et donc du sensationnel. Et dans un cyberespace chaotique où l’information circule à plusieurs Gb/s ou Mb/s sans quasiment aucun filtrage.
Alors quelle guerre faire et peut-on « gagner la paix » comme on gagne la guerre ?
Guerre religieuse ? On voit où cela mène. Et Israël a raison de garder ses distances face aux exacerbations du religieux.
Etat démocratique, Israël est aussi fondé sur une dissension du politique et du religieux : l’état est régi par des lois fondamentales annonçant une promesse de constitution.
Son socle juridique est compromis, un mix instable entre lune vision laïque, hérité des valeurs occidentales, et une vision strictement religieuse, héritée d’une lecture littéraliste du Tanakh. Ses fondements sont ceux d’un état toujours « en attente ».
Et Israël se bat pour exister, se développer, vivre au quotidien et porter les valeurs universelles dont le peuple d’Israël est le détenteur.
Le religieux, centre du paradoxe
Son histoire est traversé un paradoxe, où une mythologie sioniste, pragmatisme politique et exacerbation du sentiment religieux se mêlent et font écho au mythe de Josué, aux batailles pour la conquête et la défense de la terre. Terre qui n’en demeure pas moins « promise », jamais définitivement « conquise ».
Israël est porteur de valeurs universelles de paix, ce que rappelle fort justement Shimon Pérès. Mais cette paix n’est jamais durable. Depuis plus de 3000 ans et la fondation de Jérusalem, le peuple d’Israël comme la ville de la paix ont connu maintes périodes d’occupations de dévastation, d’exil, de diaspora, alternées de périodes plus fastes mais toujours précaires. Israël est un peuple au destin par nature tendu. Tendu vers l’ailleurs, tendu vers l’avenir. Tendu vers son destin. Tendu vers l’attente. Tendu par les tentations de compromis avec ce qui ne relève pas de son destin. Tendu par la confrontation avec les nations.
Si la guerre semble nécessaire aux Israéliens à court terme pour répondre à la provocation du Hamas et briser la logique du terrorisme, sa logique apparâit caduque et contra-efficace. Il n’est reste pas moins que résonne dans cette accélération de l’histoire le sentiment d’un combat. Combat éthique ? Combat spirutuel ? Conbat eschatologique ?
Israël, peuple du "combat" ?
Quel combat ? Celui de Josué ? celui de Yeshouah ?
Spirituellement autant que militairement, Israël est contraint à un devoir de vigilance permanente, au risque de péricliter. Et à une érection ininterrompue de sa conscience.
Combat contre les tentations régressives, l’infidélité à son élection et à son destin, contre les tentations sécularisantes et assimilatrices, combat contre la tentation de s’approprier son estin et d’en diriger soi-même le cours, en se coupant de Dieu, tentation de se limiter à la littéralité de la Torah ou à des interprétations qui noient la Ruah dans l’épaisseur des textes et des commentaires à propos du Livre... Tentation d’ériger Dieu en étandard guerrier au plan politique au lieu de se soumettre à la nécessité du combat spirituel, lequel n’est pas qu’affaire d’hommes ou de clercs.
Comme le Djihad perverti des islamistes est une transcription fondamentaliste du combat spirituel auquel le Coran appelle les fidèles, non contre un ennemi extérieur à anéantir mais contre l’ennemi intérieur, Israël doit persévérer dans la voie de ce combat éthiqu et spirituel.
Avec pour armature éthique la Torah et le Talmud, pour aiguillon spirituel les Neviim, pour étais symboliques les Khetouvim. Et pour actualité la Ruah.
L’attente du Messiah est saine si elle est attente confiante, sereine et active, et ne vise pas précipiter le cours des événements ou à se substituer à Dieu, seul Juge et seul dépositaire de la clé des temps.
La paix comme victoire ?
Quand bien même le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam célèbrent la Paix comme pinacle de leurs valeurs, aucune logique strictement religieuse n’a jamais permis d’instaurer dans l’histoire des peuples encore moins aujourd’hui une paix définitive. Les ruptures théologiques et les différences identitaires, religieuses, culturelles, resteront toujours des points d’achoppement, de scandale mimétique et de tensions pour les partisans d’une paix justifiée par le seul discours religio-centrique.
Pour atteindre la Paix à laquelle chacun aspire, il faut aussi dépasser le religieux, comme il faut dépasser les discours humanocentriques (ceux des Droits de l ‘homme) et théocentriques (ceux du Droit divin).
C’est à ce changement de paradigme, à ce saut de conscience individuel et collectif que nous sommes tous appelés. Israël en premier lieu.
Les valeurs du judéochristianisme ont fondé l’Occident. Au même titre que la racine gréco-romaine. Même sécularisé, l’Occident vit encore de ces valeurs. Mais comme la civilisation occidentale, comme toutes les civilisations, se dissout dans la globalité, celles-ci aussi sont caduques et en attente d’un aggiornamento spirituel. Débarrassées des voiles grec et romain, débarrassée des régressions débarrassée de sa subordination aux pouvoirs et aux paradigmes précédents, militaire et politique, économique et social, théologique et culturel, ces valeurs apparaîtront dans leur pleine lumière. Comme en sera dévoilée la Source qui les inspire de toute éternité.
N’attendons pas une apocalypse temporelle pour ôter les voiles. Ce travail est personnel et spirituel. Il doit aussi devenir collectif et global. Sinon le monde sombrera de nouveau dans la régression de la violence mimétique et la guerre sera générale.
A chaque vacance du pouvoir américain, Israël a connu des périodes de troubles.
11 jours avant l’investiture d’Obama, Bush soutient toujours cette logique de guerre totale qui fut la pierre d’angle de sa politique et appuie le gouvernement israélien dans sa guerre juste pour éradiquer la gangrène terroriste de la terre et de la population. Mais cette tentative porte en filigrane la tentation d’une épuration totalisante. Ce que les médias stigmatisent en jetant des images insoutenables en pâture aux consciences égarées.
La Paix est possible maintenant. La pacification des consciences précède et appelle la paix des peuples.
Il faut sortir de cette logique et garder l’esprit éveillé, sans se laisser emporter par le seul registre émotionnel. Grave et difficile exercice d’équilibrisme de la conscience. Mais il n’y a pas d’autre alternative : discernement, équanimité, fidélité.
Discernement spirituel avant d’être lucidité factuelle. Car les événements sont trompeurs et sans recul on cède à la tentation du jugement et de la réaction.
Equanimité de conscience pour ne pas vaciller dans la précipitation émotionnelle.
Fidélité à la Vérité ultime, laquelle n’est jamais entièrement révélée.
Fidélité à une exigence éthique et spirituelle qui résume tous les commandements religieux mais que les mots sont imparfaits à traduire : amour, compassion, charité, solidarité, pardon.
Fidélité au principe de responsabilité, sans lequel toute conviction partiale n’est qu’un coin enfoncé dans l’être de l’autre. « Répondre » et « répondre de ». Car nous aurons tous tôt ou tard à répondre de nos actes et de nos choix.
Que la Paix soit en vous et avec vous.
Voir en ligne : http://claudel.over-blog.org/
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