Deux semaines après Rosh Hashana, commémoration de la création du monde et entrée dans la nouvelle année, après la purification du Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon, le 15 de Tishri commence la fête de Souccot, originellement la fête de la Moisson, d’action de grâce pour la récolte d’automne. Dans le quartier juif de Jérusalem, c’est une semaine très festive et particulièrement animée, une semaine qui rappelle celle de Pessah, de la Pâque. Seulement que Souccot a lieu en automne, cette saison au temps incertain et non pas au printemps, même si cette fête veut commémorer aussi l’errance des Israelites dans le désert à la sortie d’Egypte. En automne, parce que c’est l’époque de la moisson mais aussi parce que la Soucca n’est pas faite pour profiter du beau temps. Après la récolte, c’est le moment où Dieu commande à son peuple de quitter ses confortables maisons pour demeurer sous des cabanes fragiles – les souccot - qui nous rappellent que rien n’est permanent.
Dès la fin de Kippour, le quartier juif de la vieille ville de Jérusalem commence à s’activer pour construire des cabanes, les souccot (succa au singulier) qu’il faut reconstruire chaque année car elles sont toujours provisoires, et à les décorer de guirlandes de fruits symbolisant l’abondance de la récolte. Les terrasses et les balcons se transforment. Sur les toits, mais aussi parfois dans les ruelles de la vieille ville, devant la porte de la maison, on voit alors s’élever des huttes au toit à claire-voie à travers lequel on doit apercevoir les étoiles. Toit de rameaux qui doit rappeler qu’Israël n’a d’autre protection que la Nuée divine de la Shekhina, la Présence glorieuse de Dieu qui est la véritable et unique soucca.
« Sous la soucca, on vit comme des anges, on lit la Torah, on chante les psaumes, tout ce qu’on y fait, y compris partager le repas, on le fait pour rendre gloire à l’Eternel » affirme en souriant un juif religieux d’une soixantaine d’année, Benyamin, un français arrivé en Israël il y a plus de trente ans. « La Bible ne cesse de nous raconter la lutte interne de l’homme entre ce qu’il a de bestial et sombre et ce qu’il a d’angélique et lumineux. Et, commencer l’année sous la soucca après le Grand Pardon, c’est commencer l’année dans la bénédiction et l’action de grâce qui naît seulement de la partie noble du cœur de l’homme » ajoute-t-il.
Néanmoins, tous, religieux ou pas, sont les bienvenus dans les deux immenses souccot érigées sur l’esplanade du Kotel (Mur occidental) surtout pour ceux qui n’ont pas pu construire de soucca chez eux, et où il n’est pas difficile de se faire inviter à une table pour partager une assiette…
Le commandement de la soucca exige d’y prendre au moins les repas festifs. Certains, chez eux, y passent même la nuit, à la belle étoile. Tout cela au cœur de Jérusalem, dans un quartier juif qui vit une explosion de joie pendant une semaine. « Vous vous réjouirez devant le Seigneur pendant sept jours » commande le Lévitique au chapitre 23. La Ville Sainte prend les allures d’un festival biblique moderne. Depuis la fin du shabbat, le quartier juif vit au rythme soutenu des mélodies joyeuses, de concerts nocturnes qui réjouissent une foule innombrable qui est montée à Jérusalem pour la fête, Israéliens, juifs des quatre coins du monde ou simples spectateurs. Le ciel brille à travers la soucca tout au long de cette semaine de joie et de convivialité. On est invité d’une soucca à une autre, on savoure, enfants comme adultes et à toute heure toutes sortes de douceurs -barbes à papa, cacahuètes grillées…- Quant aux boutiques et aux galeries d’Art, elles sont ouvertes jusqu’à tard le soir.
Dans les rues principales du quartier, à chaque coin pratiquement, la générosité des cœurs nobles est sollicitée au rythme de paniers de piécettes secoués énergétiquement. Souccot à Jérusalem, dans le quartier juif, c’est un autre monde qui éclot et la joie de la fête fait oublier la situation difficile de la vieille ville. Et pas seulement dans le quartier juif, dès la porte de Jaffa, l’animation et les réjouissances prennent le dessus. Souccot à Jérusalem c’est la joie qui unit un peuple, du plus pauvre au plus riche, du plus petit au plus grand, du plus religieux au plus laïc. Sur l’esplanade du Kotel, les loulav (rameau de quatre branches) agités aux quatre vents manifestent l’unité du peuple en liesse. En effet, le peuple lui-même est composé de quatre espèces : la branche de palmier, fruit sans parfum, représente une partie de la masse qui est croyante mais n’est pas riche en bonnes actions ; la myrte, parfum sans fruit, désigne ceux qui font de bonnes actions mains ne pratiquent pas ; le saule, sans fruit ni parfum symbolise ceux qui n’ont pas la foi et ne font pas de bonnes actions. Et enfin le cédrat, fruit délicieux et parfumé, évoque ceux qui de leur foi font naître de bonnes actions. Ainsi Souccot unit toutes les parties du peuple, et ceci est particulièrement manifeste au Kotel où défile une multitude haute en couleur et en diversité.
Cette semaine, le quartier juif ne parle pas seulement l’hébreu, il chante dans toutes les langues, dans les langues de tous ceux qui sont venus pour vivre cette semaine sous les étoiles. Les chants laisseront bientôt place à la danse autour des saints rouleaux de la Torah pour la fête de la Simhat Tora qui célèbre le don de la Loi et a lieu cette année le shabbat. Quant à la prière qui sera prononcée le huitième jour « faire revenir le vent et descendre la pluie », elle a déjà été exaucée ce mardi à Jérusalem….
Photo : Myriam Ambroselli